La Croix-Rouge flamande est au cœur d’une vive polémique après le lancement d’une campagne visant à attirer de nouveaux donneurs de plasma, en offrant deux canettes de bière – dont une sans alcool – aux participants âgés de 18 à 25 ans. Cette initiative, menée en partenariat avec la marque « Tout Bien » et l’influenceur Average Rob, avait pour objectif de recruter davantage de jeunes donneurs afin d’améliorer l’autosuffisance de la Belgique en plasma. Mais la méthode employée a été largement critiquée, certains qualifiant la démarche « d’absurde » et « d’hallucinante ».
Un objectif de santé publique : recruter des donneurs de plasma
La Belgique ne produit que 46 % du plasma nécessaire à la fabrication de médicaments vitaux utilisés notamment pour traiter les déficits immunitaires, certaines maladies hématologiques ou encore les suites de chimiothérapie. En 2024, environ 25 000 patients belges ont eu besoin de ces traitements, et la demande ne cesse de croître.
Pour répondre à ce besoin, la Croix-Rouge flamande vise à recruter 25 000 donneurs supplémentaires d’ici 2029. Les jeunes de 18 à 25 ans constituent une cible privilégiée : lorsqu’ils donnent une première fois, ils ont plus de chances de devenir des donneurs réguliers. En 2024, près de 19 000 jeunes avaient déjà donné du plasma, mais l’organisation souhaite aller encore plus loin.
Une campagne originale, mais controversée
Afin de séduire cette tranche d’âge, la Croix-Rouge flamande a imaginé une campagne festive : tout jeune donnant son plasma en août ou septembre 2025 recevait deux canettes de bière « Tout Bien », dont une sans alcool. La marque, connue pour son image décalée et positive, avait été choisie pour toucher la jeunesse via les réseaux sociaux, avec l’appui de l’influenceur Average Rob.
Cette démarche avait pour but de valoriser l’acte citoyen tout en remerciant les participants par un geste symbolique. Cependant, la campagne a rapidement suscité de nombreuses critiques.
Des réactions indignées : « Une récompense absurde »
Le VAD (centre flamand de prévention des addictions) a vivement dénoncé cette opération. Dans une lettre adressée à la Croix-Rouge, sa directrice Katleen Peleman a estimé que cette campagne banalise la consommation d’alcool et envoie un message contradictoire avec les missions de santé publique.
Elle a qualifié cette idée « d’absurde » et « d’hallucinante », rappelant qu’aucun niveau de consommation d’alcool n’est sans risque pour la santé. Selon elle, utiliser une boisson alcoolisée comme récompense crée un dangereux précédent, en liant un geste citoyen à une consommation potentiellement nocive.
La défense de la Croix-Rouge et de la marque
Face à la polémique, la Croix-Rouge flamande a rappelé que la bière n’était pas l’objet principal de la campagne, mais un simple geste de remerciement. La boisson offerte pouvait être alcoolisée ou non, et l’objectif était avant tout de recruter de nouveaux donneurs pour sauver des vies.
La marque « Tout Bien » a également défendu son implication, expliquant qu’elle ne cherchait pas à inciter à la consommation d’alcool, mais à associer son image à une action solidaire et utile pour la société.
Un débat éthique sur les moyens d’inciter au don
Cette controverse soulève une question de fond : jusqu’où peut-on aller pour inciter les jeunes à donner leur plasma ?
Dans plusieurs pays, les donneurs sont parfois remerciés par de petits cadeaux ou des compensations symboliques, mais offrir de l’alcool reste inhabituel et pose un problème de cohérence éthique.
Les opposants estiment que d’autres incitations, comme des bons pour des activités culturelles, des réductions de transport ou des cadeaux santé, seraient plus appropriées et mieux alignées avec les objectifs de santé publique.
Une initiative qui met en lumière un besoin urgent
Malgré la polémique, cette campagne a le mérite de rappeler l’importance cruciale du don de plasma. La Belgique reste dépendante de l’étranger pour ses réserves, et l’augmentation du nombre de donneurs est un enjeu vital pour l’autonomie du pays dans la production de médicaments dérivés du plasma.
La Croix-Rouge flamande doit désormais réfléchir à d’autres moyens de sensibiliser les jeunes sans heurter les principes de santé publique, tout en maintenant l’élan nécessaire pour sauver des vies.

















