Canada : Ubisoft annonce la fermeture de son studio à Halifax, 71 emplois supprimés

Ubisoft, l’un des plus grands éditeurs de jeux vidéo au monde, a secoué l’industrie cette semaine en annonçant la fermeture de son studio de développement situé à Halifax, au Canada. Une décision qui touche 71 salariés et qui intervient dans un contexte déjà tendu pour le secteur, entre restructurations, baisse des revenus et mouvements en faveur de la syndicalisation.

Ubisoft Halifax, présent depuis plus d’une décennie et impliqué dans des projets mobiles liés à des franchises emblématiques telles que Assassin’s Creed et Rainbow Six, voit soudainement sa page tournée. Le géant français affirme que ce choix n’est pas lié à d’éventuelles revendications syndicales, mais plutôt à une stratégie globale de rationalisation engagée depuis plusieurs années.

Une décision qui intervient quelques semaines après un vote historique

Ce qui rend cette annonce particulièrement marquante, c’est le calendrier serré entre deux événements décisifs. À la fin de décembre 2025, les employés d’Ubisoft Halifax ont voté à près de 74 % en faveur de la création d’un syndicat, rejoignant ainsi la Game & Media Workers Guild of Canada, affiliée au syndicat Communications Workers of America — une première historique chez Ubisoft en Amérique du Nord.

Moins d’un mois plus tard, la société a indiqué qu’elle fermait définitivement le studio. Pour beaucoup, ce soudain revirement soulève des questions — et même des suspicions. Ubisoft a toutefois tenu à préciser que la décision de fermeture faisait partie d’un plan de réduction des coûts et de restructuration globale mis en place bien avant la syndicalisation.

Sur le terrain, les réactions ne se sont pas fait attendre.

Une onde de choc dans la communauté

Sur les réseaux sociaux spécialisés et dans les forums de discussion, de nombreux internautes ont exprimé leur solidarité avec les développeurs licenciés, tout en critiquant Ubisoft pour le timing très rapproché entre la syndicalisation et la fermeture du studio.

Sur Reddit, par exemple, plusieurs utilisateurs estiment que la fermeture est une réponse punitive déguisée, insinuant que la société cherche à décourager d’autres mouvements de ce type dans ses rangs. Certains commentaires dénoncent ce qu’ils perçoivent comme un message envoyé aux travailleurs partout dans le monde : créer un syndicat pourrait mettre votre emploi en danger.

D’autres voix, plus nuancées, rappellent que l’industrie du jeu vidéo traverse une période difficile depuis plusieurs années, avec des vagues de licenciements et des restructurations fréquentes. Selon eux, Ubisoft n’est pas la seule grande entreprise à réduire ses effectifs ou à fermer des studios pour optimiser ses opérations.

« Toujours difficile de voir des gens perdre leur emploi. Je souhaite le meilleur à tous ceux qui ont été touchés. » — commentaire d’un internaute.
« La plus grande perte pour notre économie locale. Ce studio était probablement le plus important de la province. » — un autre internaute.

Certains commentaires vont jusqu’à envisager la création d’un nouveau studio indépendant par les anciens employés, espérant ainsi conserver leurs emplois collectivement et continuer à travailler ensemble.

Ubisoft invoque la nécessité de réduire les coûts

Dans un communiqué officiel, Ubisoft a expliqué que la décision de fermer Halifax était liée à une stratégie de long terme visant à améliorer l’efficacité, rationaliser les opérations et réduire les coûts à l’échelle mondiale. Cette stratégie ferait partie d’un plan mis en place depuis environ deux ans, en réponse à des défis financiers et à la nécessité d’allouer des ressources de manière plus stratégique.

L’entreprise a déclaré qu’elle fournirait des indemnités de départ complètes et un soutien pour la transition de carrière aux employés concernés, une mesure destinée à atténuer l’impact social de cette fermeture.

Malgré ces assurances, la perception publique reste largement influencée par le calendrier de l’annonce. Beaucoup d’observateurs estiment qu’il est difficile de dissocier la fermeture du contexte de syndicalisation récente.

Syndicat et contestation juridique

Face à la décision, le syndicat CWA Canada a demandé à Ubisoft de fournir des documents internes pour justifier sa position, arguant que fermer un studio peu après la formation d’un syndicat pourrait constituer une atteinte aux droits des travailleurs. Au Canada, les lois sur le travail imposent que des décisions de cette ampleur ne puissent pas être motivées par des représailles envers des employés qui s’organisent collectivement.

La présidente du syndicat, Carmel Smyth, a qualifié la situation de dévastatrice, rappelant que non seulement les employés perdent leur emploi, mais que la communauté locale et l’ensemble de l’industrie vidéoludique canadienne sont également touchés. Elle a insisté pour qu’Ubisoft explique clairement sa décision et envisage même des actions légales si nécessaire.

Le syndicat veut notamment obtenir des preuves que la fermeture était programmée bien avant la syndicalisation, comme l’affirme Ubisoft, et non une réaction aux efforts des travailleurs pour s’organiser.

Ubisoft Halifax : un acteur de longue date

Le studio d’Halifax n’était pas un projet récent. Fondé sous le nom de Longtail Studios en 2010, il a été acquis par Ubisoft quelques années plus tard et a contribué à plusieurs projets mobile free-to-play, incluant Assassin’s Creed: Rebellion et des éléments pour Rainbow Six Mobile.

Bien que ces jeux ne soient pas toujours au cœur des débats culturels autour des grandes franchises Ubisoft, ils représentaient une tradition locale de création vidéoludique qui venait enrichir la scène technologique de la Nouvelle‑Écosse.

L’impact de cette fermeture va bien au-delà des simples postes supprimés. Pour la communauté d’Halifax, il s’agit d’une perte significative dans un secteur où les opportunités dans le développement de jeux vidéo restent limitées.

Incertitudes sur l’avenir des projets en cours

La fermeture du studio soulève également des questions sur l’avenir de certains projets sur lesquels l’équipe travaillait, notamment des titres très attendus comme Rainbow Six Mobile, prévu pour sortir prochainement. Certains analystes estiment que ces projets pourraient être repris par d’autres studios Ubisoft, tandis que d’autres pensent qu’ils pourraient simplement être abandonnés ou transformés.

Pour les fans et les joueurs, ces incertitudes alimentent un sentiment d’inquiétude. Des commentaires en ligne reflètent cette anxiété, certains exprimant leur crainte de voir leurs jeux préférés laissés en suspens, tandis que d’autres craignent une dégradation globale de la qualité des jeux produits à l’avenir.

Un phénomène plus large dans l’industrie

La fermeture d’Halifax s’inscrit dans une tendance plus vaste observée dans l’industrie du jeu vidéo depuis plusieurs années. Des studios parfois renommés ferment leurs portes, des équipes sont déplacées ou restructurées, et de nombreux développeurs se retrouvent sur le marché du travail.

Cette dynamique est amplifiée par des défis économiques, la montée des coûts de développement et un marché qui change rapidement avec l’essor des jeux mobile, du cloud gaming et des modèles économiques basés sur le free-to-play ou les abonnements.

Même si Ubisoft reste l’un des éditeurs les plus reconnus au monde, cette décision rappelle que aucun acteur n’est à l’abri des remaniements stratégiques, surtout dans un secteur aussi concurrentiel et volatile.

Réactions croisées du public

Parmi les internautes, les réactions sont profondes et variées. Certains voient dans cette fermeture un symbole de la fragilité des droits des travailleurs, d’autres y perçoivent un exemple des risques liés à l’organisation syndicale dans des secteurs dominés par de grandes entreprises.

D’autres commentaires plus pragmatiques rappellent que la décision d’Ubisoft, bien qu’atypique, pourrait simplement refléter des contraintes économiques réelles. Pour ces observateurs, les studios mobiles comme celui d’Halifax étaient peut-être les premiers sur la liste des opérations à optimiser pour une entreprise en quête d’efficience.

Quoi qu’il en soit, la fermeture du studio Ubisoft Halifax laisse une empreinte durable dans l’actualité vidéoludique. Elle soulève des questions importantes sur les relations de travail, l’avenir de la création de jeux au Canada et la manière dont les grandes entreprises gèrent leurs talents dans un secteur en constante évolution.

carle
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