Crash du Boeing 787 d’Air India : entre sabotage, panne rare et mystère technique, l’enquête piétine dans le flou

Plus de deux semaines après le crash du vol AI171 d’Air India, les enquêteurs peinent toujours à comprendre les causes exactes de cette tragédie aérienne. Les boîtes noires sont en cours d’analyse, toutes les pistes restent ouvertes, et l’émotion demeure vive en Inde comme à l’international.


Un vol qui vire au cauchemar

Le 12 juin 2025, le Boeing 787‑8 Dreamliner du vol AI171 décolle d’Ahmedabad à destination de Londres‑Gatwick avec 278 personnes à bord. Moins de dix minutes plus tard, l’appareil s’écrase dans la région rurale de Mehsana. Le choc est d’une violence extrême : seules quelques débris reconnaissables subsistent. Miraculeusement, un seul passager survit, un étudiant de 22 ans, Vishwash Ramesh, qui a été éjecté de la cabine lors de l’impact. Il est aujourd’hui toujours hospitalisé.

La catastrophe marque l’histoire de l’aviation indienne : il s’agit du pire crash aérien en Inde depuis plus de 40 ans, et du tout premier accident mortel impliquant un Boeing 787 Dreamliner depuis sa mise en service en 2011.


Une enquête sous haute tension

Dès les premières heures, les autorités indiennes, appuyées par le NTSB américain (Bureau national de la sécurité des transports), lancent une enquête d’envergure. Les deux enregistreurs de vol sont retrouvés et acheminés vers Delhi, où des experts spécialisés en aéronautique civile en analysent les données.

Mais très vite, l’enquête se heurte à des anomalies inexpliquées. En cause : des signaux inhabituels captés quelques secondes avant le crash, une absence de communication claire du cockpit et surtout, la perte simultanée des deux moteurs, une défaillance que les spécialistes qualifient de quasiment impossible.


Quatre hypothèses majeures à l’étude

1. Panne technique rarissime

Selon plusieurs experts, le Boeing aurait subi une perte de puissance des deux moteurs, ce qui aurait entraîné une chute rapide de l’appareil. Or, ce genre d’incident est pratiquement inexistant sur les avions modernes. Le déploiement visible du RAT (Ram Air Turbine), un système d’urgence destiné à fournir de l’électricité en cas de panne totale, semble confirmer cette piste.

2. Défaillance du train d’atterrissage ou des volets

Des rapports non confirmés font état d’un train d’atterrissage qui ne se serait pas rétracté. Cela aurait pu causer une surcharge aérodynamique ou interférer avec les systèmes de vol. D’autres sources évoquent un court-circuit majeur, possiblement provoqué par un défaut de conception ou un mauvais entretien.

3. Sabotage ou carburant contaminé

Le ministre indien de l’Aviation, Ajit Mohol, a lui-même déclaré que la piste du sabotage n’était pas exclue. Des tests sont en cours sur le carburant utilisé à Ahmedabad pour détecter toute trace d’altération. Des enquêteurs n’écartent pas non plus une action malveillante ayant visé les moteurs ou les capteurs.

4. Facteurs externes ou attaque ciblée

Plus spéculative, cette hypothèse évoque un possible piratage des systèmes de bord, une interférence volontaire, voire un acte terroriste. Aucun élément probant ne confirme cette piste pour l’instant, mais les autorités veulent couvrir tous les scénarios possibles avant de conclure.


Le silence des boîtes noires

Alors que les enregistreurs ont été récupérés rapidement, les autorités indiennes n’ont publié aucun extrait officiel des conversations dans le cockpit ou des paramètres de vol. Cette opacité commence à nourrir la frustration des familles de victimes, qui demandent des réponses claires. Des fuites dans la presse indienne indiquent toutefois que l’équipage aurait lancé un appel de détresse bref, évoquant une perte de propulsion, mais ces informations restent à vérifier.


Un traumatisme national et une onde de choc internationale

En Inde, l’émotion reste vive. Des cérémonies d’hommage se sont tenues à Ahmedabad, Delhi et Londres, où se rendaient de nombreux passagers. Air India, propriété du groupe Tata, traverse une tempête médiatique et opérationnelle sans précédent. Plusieurs vols long-courriers sont cloués au sol le temps de nouvelles vérifications techniques.

Boeing, déjà fragilisé par d’anciens scandales (737 MAX, problèmes de production), se retrouve à nouveau dans l’œil du cyclone. Des sénateurs américains ont demandé l’ouverture d’un audit sur la fabrication des moteurs Trent 1000, produits par Rolls-Royce.


Un rapport attendu pour septembre

Selon le ministère indien des Transports, un rapport intermédiaire sera rendu public d’ici juillet, avec une première synthèse des données techniques. Le rapport final, lui, est attendu à la fin septembre 2025.

En attendant, les familles endeuillées, les experts et le public restent suspendus à une question : comment un avion parmi les plus modernes au monde a-t-il pu s’écraser dans des circonstances aussi floues ?

carle
carle