Après plus de 230 ans de circulation ininterrompue, la pièce de 1 centime américaine, le fameux penny, tire sa révérence. La Monnaie des États‑Unis a frappé sa dernière pièce le 12 novembre 2025 à l’usine de Philadelphie, marquant la fin d’une ère emblématique. Cette décision, portée par l’administration Trump sous l’argument de « l’élimination du gaspillage budgétaire », n’est pas qu’une simple mesure symbolique : elle illustre une transformation profonde dans la façon dont les sociétés modernes gèrent la monnaie physique, et pourrait inspirer des initiatives similaires en Europe.
Le penny, une pièce historique mais coûteuse
La pièce d’1 centime a une histoire riche, profondément ancrée dans la culture américaine. Depuis son introduction à la fin du XVIIIe siècle, elle a accompagné chaque génération, des achats quotidiens aux économies personnelles les plus modestes. Elle est devenue un symbole, à la fois économique et culturel, reflétant l’importance du moindre sou dans la vie quotidienne.
Pourtant, malgré son symbolisme, le penny est devenu un poids pour les finances publiques. Produire une seule pièce coûte désormais environ 3,6 cents, soit presque quatre fois sa valeur nominale. Cette disproportion met en évidence un problème simple : la pièce coûte plus à fabriquer qu’elle ne rapporte réellement, et sa circulation n’est plus essentielle dans un monde où les paiements électroniques dominent.
Donald Trump n’a pas hésité à souligner cet aspect : il considère le penny comme un exemple de gaspillage budgétaire et a défendu son élimination comme un moyen concret de réduire les dépenses inutiles, même à l’échelle microscopique.
Un processus de transition réfléchi
Contrairement à une suppression brutale, l’arrêt de la production des pièces d’1 centime a été pensé pour minimiser l’impact sur le public et les commerçants. Plusieurs mesures sont prévues :
- Les pièces existantes restent légalement valides, et continueront de circuler pendant plusieurs années.
- Les commerces, particulièrement ceux qui dépendent des transactions en espèces, adapteront progressivement leurs systèmes pour arrondir les montants au nickel (5 cents) plutôt qu’au centime.
- Les institutions financières et les caisses automatiques seront mises à jour pour gérer la transition, évitant ainsi tout blocage lors des paiements.
Cette approche permet d’éviter les désagréments liés à la suppression instantanée de la pièce, tout en envoyant un signal clair : la monnaie physique évolue, et les petites valeurs sont de moins en moins utiles.
Un impact sur les consommateurs et commerçants
Pour le grand public, la disparition de la pièce de 1 centime est relativement indolore : la majorité des paiements se font désormais par carte, mobile ou via des applications de paiement instantané. Les transactions en espèces, déjà en déclin, seront ajustées avec des arrondis automatiques, garantissant que le coût final pour le consommateur reste équitable.
Pour les commerçants, le changement implique quelques ajustements :
- Adaptation des caisses et des systèmes de point de vente pour arrondir les montants.
- Gestion des stocks de pièces existantes pour éviter les ruptures et les surcharges dans les caisses.
- Communication aux clients pour expliquer les nouvelles règles d’arrondi et éviter toute confusion.
Au-delà de ces aspects pratiques, la suppression du penny représente une économie directe pour l’État américain, estimée à environ 56 millions de dollars par an. Ce montant, bien que modeste à l’échelle nationale, symbolise une volonté de rationaliser les dépenses et de moderniser le système monétaire.
Pourquoi l’Europe pourrait suivre l’exemple américain
L’annonce américaine résonne au-delà de l’Atlantique. Plusieurs pays européens ont déjà commencé à questionner l’utilité de leurs pièces de 1 et 2 cents : elles coûtent cher à produire, sont peu utilisées et finissent souvent stockées ou oubliées par les consommateurs.
En plus de l’aspect économique, les paiements numériques en Europe sont massifs, rendant ces petites pièces presque obsolètes. Certaines banques et commerces européens expérimentent déjà des arrondis automatiques similaires à ceux envisagés aux États‑Unis.
La décision américaine pourrait donc servir de catalyseur : si l’expérience est jugée réussie aux États‑Unis, d’autres pays envisageront sérieusement la suppression de leurs petites valeurs nominales, à la fois pour réduire les coûts et pour simplifier les transactions quotidiennes.
Les enjeux économiques et sociaux
L’arrêt de la production des pièces de 1 centime soulève plusieurs questions importantes :
- Économie de production : la suppression du penny réduit le coût de fabrication pour la Monnaie américaine, libérant des ressources qui peuvent être redéployées ailleurs.
- Gestion des transactions en espèces : les arrondis doivent être justes pour éviter de pénaliser certains consommateurs, et des mécanismes clairs doivent être mis en place pour garantir la transparence.
- Impact symbolique et culturel : le penny est un symbole historique, présent dans la culture populaire, les expressions idiomatiques et même les souvenirs d’enfance. Sa disparition représente une perte culturelle qui dépasse la simple valeur monétaire.
- Transition progressive : bien que les pièces restent légales, leur disparition progressive pourrait modifier les habitudes de paiement et nécessiter une adaptation de la part des commerçants et des consommateurs.
En résumé, l’enjeu n’est pas seulement économique : c’est un changement de paradigme dans la façon dont une société considère sa monnaie physique.
Une histoire marquée par l’évolution technologique
Le penny a survécu à plusieurs siècles de changements économiques, technologiques et sociaux :
- De l’époque où chaque centime comptait pour les petites transactions, aux années modernes où les cartes bancaires et les paiements mobiles sont omniprésents.
- À travers les guerres, les crises économiques, et les périodes de forte inflation, le penny est resté un symbole de stabilité et de tradition.
- La transition actuelle reflète donc une évolution logique, où la monnaie doit s’adapter aux nouvelles habitudes de consommation et aux technologies émergentes.
Avec la montée des paiements numériques, de l’euro numérique ou du dollar électronique envisagé par certaines institutions, les pièces physiques de faible valeur deviennent progressivement obsolètes, tout comme le sont les billets de faible valeur dans plusieurs pays.
Les implications pour l’avenir
Cette décision pourrait avoir plusieurs conséquences à long terme :
- Pour la monnaie américaine, la suppression du penny simplifie la production et la gestion des pièces.
- Pour les consommateurs, elle encourage la transition vers des paiements électroniques, plus rapides et plus pratiques.
- Pour les commerçants, elle nécessite des adaptations logistiques mais offre aussi une simplification dans la gestion de la caisse et de la monnaie.
- Pour l’Europe, le modèle américain pourrait inspirer une réflexion sur la suppression des petites pièces, en particulier celles dont le coût de production dépasse la valeur nominale.
Les débats se concentreront sur l’équité des arrondis, la préservation de symboles culturels et l’adaptation des systèmes financiers aux nouvelles réalités numériques.
Une décision politique et symbolique
Le choix de Trump de mettre fin à la production du penny n’est pas seulement économique : il s’agit aussi d’une affirmation politique et symbolique. En parlant d’« élimination du gaspillage budgétaire », il envoie un message fort sur l’efficacité et la modernisation des institutions.
Dans un pays où chaque dépense est scrutée par l’opinion publique, réduire le coût de fabrication de la plus petite pièce devient un symbole de rationalité et de responsabilité financière. Cette décision illustre aussi comment des mesures apparemment mineures peuvent refléter une vision plus large de gestion budgétaire et monétaire.
Conclusion : la fin d’une ère et le début d’une nouvelle
L’arrêt de la production des pièces d’1 centime aux États‑Unis marque la fin d’une longue tradition, mais aussi le début d’une transition vers un système monétaire plus moderne et efficace. Les implications sont multiples : économiques, culturelles, pratiques et symboliques.
Pour les Américains, c’est la fin d’un symbole historique. Pour l’Europe, c’est un signal que la suppression des petites valeurs pourrait devenir nécessaire et bénéfique. Et pour le monde entier, c’est une leçon claire : la monnaie doit évoluer avec les habitudes et la technologie, même si cela signifie dire adieu à des traditions centenaires.
La disparition du penny n’est pas seulement la fin d’une pièce : c’est le début d’une réflexion sur la modernité de la monnaie physique et l’avenir des transactions dans un monde numérique.

















