Alors que la saison estivale constitue normalement un moment fort pour le secteur de la restauration dans les régions touristiques françaises, l’été 2025 s’annonce comme un véritable désastre pour de nombreux restaurateurs du Var. Les témoignages s’accumulent, les chiffres sont alarmants, et l’inquiétude grandit chez les professionnels qui peinent à remplir leurs terrasses malgré le soleil et l’affluence touristique attendue.
Une baisse de fréquentation inédite dans le Sud
Jean-Pierre Ghiribelli, président de l’Union des Métiers et des Industries de l’Hôtellerie (UMIH) du Var, a tiré la sonnette d’alarme dans la presse locale : la fréquentation des restaurants dans la région accuse une baisse de 15 à 35 % en juillet 2025 comparé à l’été précédent. Cette chute n’est pas isolée, elle s’observe dans plusieurs communes côtières, y compris dans des villes réputées comme Toulon, Sanary-sur-Mer ou encore Bandol.
« Ce qui est perdu ne se rattrape pas », déplore Ghiribelli, qui évoque une situation « plus inquiétante qu’en 2020 », l’année marquée par les restrictions sanitaires liées à la pandémie de Covid-19.
Des témoignages édifiants sur le terrain
À Toulon, dans le restaurant O’Beach, la situation est qualifiée de « catastrophique » par le co-directeur, Jean‑Luc Coudert. En plein mois de juillet, il ne remplit qu’un tiers de ses tables. Sur 160 couverts disponibles en salle et en terrasse, seulement 66 étaient occupés un midi, avec un ticket moyen de 45 euros. En dépit de ses efforts pour proposer une offre gastronomique compétitive, Coudert constate une explosion des charges salariales : la masse salariale dépasse désormais 30 % du chiffre d’affaires, un seuil critique pour la rentabilité du restaurant.
D’autres restaurateurs, parfois installés depuis plusieurs décennies, évoquent un climat “horrible” et une incertitude totale sur les mois à venir. Certains envisagent déjà des fermetures anticipées pour l’automne.
Une conjonction de facteurs défavorables
Plusieurs éléments semblent expliquer cette baisse brutale de la fréquentation :
- L’inflation persistante : Les Français, confrontés à une hausse continue des prix de l’alimentation, de l’énergie et des carburants, limitent de plus en plus leurs sorties au restaurant.
- Le contexte politique et économique instable : La dissolution de l’Assemblée nationale en juin et les élections anticipées ont semé l’inquiétude, incitant une partie de la population à reporter ou limiter ses vacances.
- La météo capricieuse : Les premiers jours de juillet ont été marqués par un temps maussade dans le sud de la France, dissuadant de nombreux touristes de s’installer en terrasse.
- La concurrence des destinations étrangères : L’Espagne, la Tunisie ou encore la Grèce attirent de nombreux vacanciers français avec des prix souvent plus attractifs qu’en France.
- La montée des alternatives low-cost : Les plateformes de livraison, les fast-foods et la vente à emporter captent une part croissante de la clientèle, notamment parmi les jeunes.
Des adaptations nécessaires, mais parfois insuffisantes
Face à cette crise, certains restaurateurs tentent de s’adapter :
- Menus à prix réduits, menus enfants offerts, formules « midi express » à moins de 20€…
- Communication locale renforcée sur les réseaux sociaux, via des campagnes de fidélisation ou des soirées événementielles.
- Réduction des effectifs pour limiter les coûts, parfois au détriment de la qualité de service.
- Utilisation de doggy bags, incitant les clients à consommer plus sereinement sans gaspiller.
Malgré cela, beaucoup peinent à maintenir leur équilibre économique. Certains établissements, notamment les plus récents ou endettés, pourraient ne pas survivre à une deuxième saison difficile.
Des chiffres nationaux qui confirment la tendance
Selon une enquête réalisée par TF1 Info, la baisse de fréquentation des restaurants serait généralisée dans l’Hexagone, oscillant entre 15 et 20 %. La restauration traditionnelle est la plus touchée, contrairement à la restauration rapide ou aux food trucks, qui semblent mieux résister grâce à des prix attractifs.
Une saison pas totalement perdue ?
Si juillet fut difficile, certains espèrent un rebond en août. À Sanary-sur-Mer, le taux d’occupation hôtelier frôle les 70 %, et les réservations pour la seconde quinzaine du mois sont en progression. Certains professionnels espèrent que le bouche-à-oreille et le retour du soleil joueront en leur faveur pour sauver ce qu’il reste de la saison estivale.
Néanmoins, comme le rappelle Jean-Pierre Ghiribelli :
« Un restaurant ne peut pas vivre avec deux bons mois dans l’année. Si août ne sauve pas la saison, beaucoup jetteront l’éponge à la rentrée. »
Conclusion : une alerte pour tout le secteur touristique
L’été 2025 restera probablement dans les mémoires comme un été noir pour de nombreux restaurateurs du Var. La baisse de fréquentation, aggravée par un contexte économique morose et une météo imprévisible, remet en cause le modèle économique de la restauration saisonnière dans les zones touristiques. Si aucune action n’est prise rapidement — soutien fiscal, baisse des charges, relance ciblée du tourisme national —, une vague de fermetures pourrait suivre dès la fin de l’été.













