Coup de théâtre dans l’affaire du plan social engagé par Gifi en avril 2025. Le géant français de la distribution à bas prix, dont le siège est basé à Villeneuve-sur-Lot dans le Lot-et-Garonne, a finalement décidé de retirer le plan de sauvegarde de l’emploi (PSE) qui prévoyait la suppression de 186 postes sur les 750 que compte son siège social. Une annonce inattendue mais qui intervient à l’issue d’une période de fortes tensions sociales et de vives négociations entre direction et syndicats.
Un plan social massif qui avait secoué la ville
C’est le 3 avril 2025 que l’entreprise Gifi avait officiellement annoncé un plan social drastique. Le PSE visait initialement 186 postes au siège, soit près d’un quart de l’effectif administratif. Une onde de choc à Villeneuve-sur-Lot, où Gifi est un acteur économique et social majeur depuis plus de 40 ans. Les salariés, syndicats et élus locaux avaient immédiatement manifesté leur incompréhension et leur inquiétude, face à cette coupe jugée brutale, dans une ville qui reste fortement dépendante de l’emploi fourni par l’enseigne fondée par Philippe Ginestet.
Mais très vite, les chiffres ont évolué : à la suite des discussions, il a été révélé que ce ne sont pas 186 mais jusqu’à 198 postes qui pourraient être concernés par le plan, selon les syndicats. L’opposition s’est alors intensifiée.
Des syndicats unis contre la direction
Face à la détermination de la direction, les syndicats (CFDT, FO et CFTC) ont adopté une posture offensive. Le 25 juin, lors d’une réunion décisive, les trois syndicats ont rejeté à l’unanimité les conditions proposées, jugeant le plan « trop déséquilibré », sans garanties suffisantes de reclassement interne ni de mesures d’accompagnement dignes.
Alors que FO semblait ouvert à une négociation encadrée, la CFDT, syndicat majoritaire au sein du siège, a pris une position de blocage claire. Ce fut un tournant décisif.
« Ce plan n’était pas négocié sérieusement. Il était présenté comme une fatalité alors que nous pouvions proposer d’autres options, moins destructrices pour l’emploi », dénonçait un représentant CFDT.
Un retrait stratégique à la veille d’un changement de gouvernance
Le 23 juillet, coup de théâtre : le PSE est abandonné. Ce retrait n’est pas dû à une volonté soudaine de la direction, mais plutôt à un blocage total du processus. En effet, sans l’accord de la CFDT, aucune validation finale du plan social ne pouvait être obtenue.
Face à l’impasse, et alors qu’un changement de gouvernance est imminent (Christophe Mistou prendra la tête du directoire le 1er septembre), la direction a décidé de geler le processus. Objectif : laisser le futur président du directoire repenser l’organisation globale et redéfinir une stratégie plus cohérente à long terme.
Ce retrait est donc temporaire mais significatif : il constitue une victoire pour les salariés et les syndicats, même si le spectre d’un futur plan révisé n’est pas totalement écarté.
Une entreprise en difficulté structurelle
Derrière ce plan avorté, c’est toute la fragilité du modèle Gifi qui est en jeu. Confrontée à une baisse de fréquentation en magasin, à l’inflation, à la concurrence féroce de géants comme Action ou Amazon, l’entreprise traverse une crise de croissance profonde.
Depuis début 2025, Gifi est engagé dans une vaste restructuration. Plusieurs enseignes du groupe (dont Tati) ont été mises en difficulté. Un plan de redressement a été signé avec les banques pour garantir les liquidités du groupe. L’ancien PDG a dû laisser place à une nouvelle gouvernance collégiale, censée apporter une vision plus pragmatique de la relance.
Quelles perspectives pour les salariés ?
Pour les salariés du siège, l’abandon du plan social représente un sursis salutaire, mais non une victoire définitive. L’inquiétude persiste : des licenciements ciblés pourraient toujours être envisagés dans les mois à venir, sous une autre forme ou dans un nouveau cadre légal.
La CFDT a toutefois réaffirmé qu’elle resterait vigilante : elle exigera que toute réforme organisationnelle s’appuie sur un dialogue social réel, incluant des solutions de formation, reclassement et mobilité pour éviter la casse sociale.
Conclusion : un répit provisoire, un signal fort
L’annulation du PSE chez Gifi est une victoire syndicale incontestable, et un signal fort envoyé par les salariés d’un territoire rural où l’emploi industriel se fait rare. Mais l’histoire est loin d’être terminée. Le futur de Gifi reste incertain, et la rentrée de septembre, avec l’arrivée de Christophe Mistou à la présidence, sera sans doute décisive. Une nouvelle stratégie plus humaine et plus durable émergera-t-elle ? C’est tout l’enjeu pour Gifi, ses salariés et Villeneuve-sur-Lot.

















