Le mercredi 10 septembre 2025 s’annonce comme une date clé dans le calendrier social français. Alors que le mouvement baptisé « Bloquons tout » s’apprête à paralyser une partie du pays, les Franciliens se préparent à affronter une journée de perturbations plus ou moins marquées sur les réseaux de transport. Contrairement à certaines grèves massives du passé où l’arrêt était quasi total, la situation prévue pour ce 10 septembre montre un tableau contrasté : forte mobilisation sur certaines lignes de la SNCF, mais quasi-normalité côté RATP.
Si l’Île-de-France ne sera pas complètement paralysée, les voyageurs devront tout de même anticiper retards, suppressions et trains bondés. Retour sur les prévisions, les enjeux et le contexte de ce mouvement atypique.
Un mouvement social inédit dans sa forme
Contrairement aux mobilisations orchestrées par de grandes centrales syndicales comme la CGT ou la CFDT, le mouvement « Bloquons tout » se présente comme citoyen, horizontal et sans affiliation politique ou syndicale officielle. Né sur les réseaux sociaux au printemps 2025, il s’est nourri d’une série de frustrations accumulées autour de la politique économique et budgétaire du gouvernement Bayrou.
L’élément déclencheur ? Les mesures d’austérité budgétaire annoncées cet été, perçues comme une attaque directe contre les services publics, les aides sociales et les conditions de travail. Les initiateurs du mouvement appellent à « bloquer le pays » par des actions simultanées : grèves, barrages filtrants, manifestations spontanées, et même opérations « ville morte » dans certaines communes.
Si cette absence de structure formelle rend le mouvement plus imprévisible, elle lui confère aussi un pouvoir d’attraction inédit. Des cheminots aux enseignants, des soignants aux étudiants, chacun est invité à se mobiliser selon ses moyens, dans une sorte de coalition informelle mais déterminée.
SNCF : un trafic en dents de scie
TGV épargnés, Intercités en difficulté
Les prévisions transmises par la SNCF sont claires : les TGV devraient circuler normalement sur l’ensemble du réseau. Une décision stratégique, visant à limiter l’impact économique sur les déplacements longue distance et à éviter un scénario de paralysie nationale.
En revanche, les trains Intercités – souvent empruntés par les voyageurs des villes moyennes – seront fortement perturbés. Même constat pour les trains de nuit, dont certains devraient être purement annulés. Les liaisons comme Paris–Clermont-Ferrand, POLT (Paris–Orléans–Limoges–Toulouse) ou Bordeaux–Marseille risquent d’être fortement affectées.
RER et TER : perturbations ciblées
En Île-de-France, les lignes RER gérées par la SNCF seront touchées, à commencer par le RER B, déjà annoncé comme perturbé. Toutefois, l’interconnexion avec la RATP à Gare du Nord sera maintenue, ce qui devrait éviter une rupture totale du service entre les deux réseaux.
Les autres lignes régionales (TER et Transilien) devraient elles aussi subir des suppressions et une baisse de fréquence. Des trains bondés et des temps d’attente rallongés sont donc à prévoir, notamment aux heures de pointe.
RATP : un calme relatif
Sur le réseau RATP, le contraste est frappant. Le métro parisien devrait circuler normalement, tout comme les tramways et le RER A. Les bus, eux, ne sont pas concernés par le mouvement.
La direction de la RATP a indiqué ne pas anticiper de perturbations majeures, signe que les agents du réseau parisien sont soit moins impliqués dans cette mobilisation, soit qu’une stratégie interne a été adoptée pour maintenir le service et éviter de mettre la capitale à l’arrêt complet.
Pour les usagers parisiens intra-muros, cela signifie que la journée du 10 septembre pourrait ressembler à une journée ordinaire… sauf pour ceux qui dépendent de correspondances avec le réseau SNCF.
Des impacts différenciés selon les profils de voyageurs
Pour les habitants de la grande couronne, la situation risque d’être plus compliquée. Les trajets domicile-travail passant par des lignes SNCF perturbées pourraient se transformer en parcours du combattant. Les retards, trains supprimés et quais surchargés devraient pousser certains voyageurs à télétravailler ou à chercher des alternatives comme le covoiturage.
À l’inverse, les Parisiens et habitants proches des lignes RATP seront relativement épargnés. Les trajets intra-muros devraient rester fluides, même si l’afflux de voyageurs supplémentaires – venant compenser la perte d’offres SNCF – pourrait engorger certaines lignes de métro.
L’ombre des précédentes grandes grèves
Historiquement, l’Île-de-France a connu des paralysies bien plus lourdes. On se souvient encore des mouvements contre la réforme des retraites en 2019 et 2023, où certaines lignes étaient totalement arrêtées pendant plusieurs jours.
La particularité de ce 10 septembre 2025 est que la grève est ciblée sur certaines catégories de trains et non sur la totalité du réseau. Cela pourrait s’expliquer par une volonté des organisateurs de frapper fort tout en minimisant la colère des usagers – un équilibre toujours délicat lors des mouvements sociaux.
Les stratégies des usagers pour s’adapter
Face à l’annonce de ces perturbations, de nombreux voyageurs ont déjà pris les devants. Télétravail, aménagement des horaires, recours aux mobilités douces (vélo, trottinette électrique), covoiturage… Les plateformes de partage de trajets comme BlaBlaCar ou Karos constatent déjà une hausse significative des réservations sur les trajets courts en Île-de-France.
Les municipalités et Île-de-France Mobilités incitent également à l’usage du Vélib’ et des pistes cyclables, tout en rappelant les règles de sécurité pour éviter l’engorgement et les accidents.
Un test pour la mobilisation citoyenne
La journée du 10 septembre sera aussi un test politique. Le mouvement « Bloquons tout » cherche à montrer sa capacité de nuisance sans le soutien des grandes structures syndicales. Si l’impact est visible et ressenti par une majorité de Français, il pourrait marquer un tournant dans la façon dont les mobilisations sociales se structurent à l’avenir.
À l’inverse, si la journée se déroule sans heurts majeurs et avec un impact limité, le gouvernement pourrait en tirer argument pour minimiser l’importance de cette colère citoyenne.
Conclusion : une journée à surveiller de près
Le 10 septembre 2025 ne devrait pas être une journée noire pour les transports parisiens, mais plutôt une journée grise : des perturbations significatives mais ciblées, un métro fonctionnel, et un impact plus fort en grande couronne qu’à Paris intra-muros.
Pour les voyageurs réguliers, l’essentiel sera de bien vérifier les horaires et de prévoir des solutions alternatives. Pour les observateurs de la vie politique et sociale, ce sera l’occasion d’analyser la portée réelle d’un mouvement qui, même sans l’appui des grandes centrales, entend marquer les esprits.

















