Grève nationale chez Ikea France : l’intersyndicale dénonce une « augmentation collective à 0 % » et exige une revalorisation salariale immédiate

Le climat social se tend chez Ikea France, où un mouvement de grève a été lancé ce 1er juillet 2025 à l’appel d’une intersyndicale unie regroupant la CGT, la CFDT, FO et la CFE-CGC. En cause : une absence totale d’augmentation générale des salaires pour l’exercice en cours, une décision qualifiée de « méprisante » par les syndicats, qui dénoncent un décalage insupportable entre les résultats financiers solides du groupe suédois et le gel de la rémunération de ses 12 000 salariés français.

« Zéro pour tous » : une proposition vécue comme une provocation

La direction d’Ikea aurait, selon les syndicats, proposé 0 % d’augmentation collective lors des négociations annuelles obligatoires (NAO), misant uniquement sur des primes individuelles et des mesures ciblées. Une posture qui a fait bondir l’intersyndicale : « Ikea a fait des bénéfices record, mais refuse de partager équitablement la valeur créée. Une augmentation à zéro, c’est une claque pour les salariés. »

Le choc est d’autant plus grand que le groupe a communiqué en interne sur une croissance à deux chiffres, dopée par la bonne tenue du marché de l’ameublement et par ses ventes en ligne. Les syndicats réclament à l’inverse une augmentation générale de 5 % pour compenser la hausse du coût de la vie et permettre aux salariés de « vivre dignement de leur travail ».

Une mobilisation rare par son ampleur et son unité

Dès l’ouverture, plusieurs dizaines de magasins à travers la France ont été perturbés : piquets de grève à l’entrée, ralentissements dans les dépôts logistiques, files d’attente en caisse, rayons partiellement vides. Parmi les sites mobilisés figurent notamment les magasins de Thiais, Franconville, Toulouse, Lyon Saint-Priest, Strasbourg, Marseille et Bordeaux. Des salariés du service client et du e-commerce ont également suivi le mouvement.

L’unité syndicale, souvent fragile dans la grande distribution, est cette fois exceptionnelle. L’ensemble des syndicats représentatifs appelle à poursuivre la grève tant que la direction ne reviendra pas sur sa proposition salariale. Des assemblées générales sont organisées sur chaque site pour décider de la reconduction ou de l’amplification du mouvement.

Témoignages : une colère qui couve depuis des mois

Pour de nombreux salariés, cette mobilisation ne tombe pas du ciel. Elle reflète un malaise social profond, alimenté par des salaires proches du SMIC, des conditions de travail de plus en plus tendues, et un sentiment croissant d’injustice. « On nous demande d’être toujours plus flexibles, de faire plus avec moins, mais notre fiche de paie ne bouge pas. Ikea nous vend un modèle suédois bienveillant, mais en magasin, on est juste des numéros », dénonce un employé en logistique à Lille.

Une autre salariée, en poste depuis 11 ans à Toulouse, ajoute : « Avec l’inflation, les charges, les enfants… Mon salaire ne me permet plus de vivre normalement. Je ne parle même pas de partir en vacances. Et quand on ose demander une hausse collective, on nous oppose une fin de non-recevoir. »

Une direction sur la défensive

Dans un communiqué officiel, la direction d’Ikea France a affirmé « entendre les préoccupations exprimées » et se dit « engagée dans le dialogue social ». Elle rappelle avoir investi « plus de 50 millions d’euros dans les dispositifs de reconnaissance individuelle » et souligne son engagement sur la formation, l’inclusion et les avantages sociaux.

Mais les syndicats dénoncent une communication creuse : « L’entreprise met en avant des primes variables, versées à la discrétion des managers, et réservées à une minorité. Ce que nous demandons, c’est une revalorisation pérenne, pour tous. Pas une aumône ponctuelle », précise un représentant CFDT.

Un conflit emblématique des tensions dans la grande distribution

Le cas d’Ikea n’est pas isolé. Depuis plusieurs mois, les tensions sociales se multiplient dans le secteur de la distribution, particulièrement touché par l’inflation et la restructuration des modèles économiques. Fnac-Darty, Carrefour, Leroy Merlin, Auchan… Tous ont connu des mouvements similaires. La demande est simple : partager la richesse créée avec ceux qui la produisent.

Chez Ikea, l’enjeu est d’autant plus symbolique que le groupe communique régulièrement sur ses valeurs sociales, son attachement au bien-être des salariés et son modèle « humain et responsable ». Pour les syndicats, il est temps que les actes rejoignent enfin les paroles.


Conclusion : un bras de fer qui pourrait durer

L’intersyndicale n’exclut pas de durcir le mouvement si la direction ne revient pas rapidement avec des propositions concrètes. Elle appelle également à un rassemblement national à Paris dans les prochains jours, avec un mot d’ordre clair : zéro augmentation, zéro résignation.

Dans un contexte économique difficile, où les ménages comptent chaque centime, cette grève illustre la montée d’une exigence de justice salariale que de plus en plus d’entreprises ne peuvent plus ignorer.

carle
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