La rentrée 2025 ne sera pas seulement marquée par les retours de vacances et la reprise des cours. Cette année, deux dates s’annoncent comme de véritables épreuves pour les voyageurs français : le 10 septembre et le 18 septembre. Trains, métros, avions… les perturbations promettent d’être massives, avec des appels à la grève émanant d’une multitude d’acteurs du secteur des transports. Si les raisons de ces mobilisations diffèrent, elles convergent vers une même conséquence : un pays qui pourrait tourner au ralenti, voire s’arrêter.
Entre un mouvement citoyen d’ampleur baptisé « Bloquons tout », soutenu par plusieurs syndicats combatifs, et une mobilisation intersyndicale nationale une semaine plus tard, l’Hexagone se prépare à une rentrée sociale à haut risque. Les témoignages recueillis dans les gares, les dépôts de bus et même dans les couloirs des aéroports montrent un mélange d’inquiétude, de résignation et, parfois, de soutien aux revendications.
Le 10 septembre : « Bloquons tout », un appel qui monte en puissance
Le 10 septembre, c’est un mouvement atypique qui va ouvrir le bal : « Bloquons tout ». Né sur les réseaux sociaux, sans structure syndicale officielle derrière, il a rapidement gagné en visibilité. L’idée : une paralysie massive du pays, en réponse à ce que ses initiateurs considèrent comme une accumulation d’injustices économiques et sociales.
Si l’appel a d’abord semblé marginal, il a été rejoint par des organisations structurées. Sud-Rail, syndicat connu pour ses positions radicales, a annoncé une grève massive à la SNCF. Des sections de la CGT-Cheminots se sont également jointes au mouvement. À la RATP, le syndicat La Base, influent chez les conducteurs de RER, appelle à suivre le mouvement. Dans les airs, Sud Aérien et la CGT Air France veulent aller plus loin : au-delà de simples arrêts de travail, ils évoquent le blocage des aéroports.
Des agents au sol d’Air France racontent déjà les discussions animées dans les salles de repos. « On sent que ça bouillonne », confie un bagagiste de Roissy. « Ce n’est pas seulement une histoire de salaire, c’est aussi une question de conditions de travail, de respect. Les équipes sont épuisées depuis des mois. »
SNCF : le cœur du réseau en grève
À la SNCF, l’appel de Sud-Rail pourrait avoir des conséquences spectaculaires. Les précédents mouvements où ce syndicat s’est engagé sans retenue ont souvent entraîné des taux de grévistes élevés, en particulier sur les lignes TER et Intercités. Si la CGT-Cheminots confirme un engagement massif, les perturbations pourraient toucher aussi bien le trafic régional que national.
Un conducteur de TGV de la région lyonnaise explique : « On ne se lance pas dans une grève légère. On sait que les voyageurs vont être pénalisés, mais on estime que c’est maintenant qu’il faut se faire entendre. » Ce ton déterminé laisse présager un 10 septembre particulièrement compliqué pour les usagers.
Métro et RER : perturbations ciblées mais marquées
À la RATP, la situation est plus nuancée. Les grands syndicats comme la CGT, FO ou UNSA Mobilité ne participent pas officiellement au mouvement du 10 septembre. Mais la mobilisation du syndicat La Base, qui a une forte implantation dans certaines lignes de RER, pourrait tout de même créer des perturbations, notamment aux heures de pointe.
Un conducteur de la ligne B résume : « On n’a pas l’appui de toute la maison, mais on sait que sur nos tronçons, ça peut vite se sentir. Un train sur deux, ça change la journée de milliers de personnes. »
Secteur aérien : menace de blocage
Dans les aéroports, la tension monte aussi. Sud Aérien et la CGT Air France ont clairement annoncé la couleur : ils veulent un impact fort, quitte à provoquer la colère des voyageurs. Les syndicats de pilotes comme le SNPL hésitent encore, tout comme FO Air France, tandis que la CFDT Air France ne participera pas au 10 septembre.
Mais même sans les pilotes, une grève des personnels au sol et des contrôleurs pourrait suffire à clouer de nombreux vols au sol. « Un avion, ce n’est pas seulement un pilote et un copilote, rappelle un mécanicien d’Orly. Si les bagagistes, les agents de piste et les équipes de maintenance ne sont pas là, il ne décolle pas. »
Le 18 septembre : une intersyndicale pour une journée « choc »
Huit jours plus tard, le 18 septembre, c’est une toute autre configuration qui se dessine. Cette fois, l’appel vient d’une intersyndicale nationale regroupant la CFDT, la CGT, FO, l’UNSA, la CFE-CGC, la CFTC, Solidaires et la FSU. Objectif : protester contre un projet de budget jugé « antisocial », avec pour mots d’ordre le pouvoir d’achat, la protection des services publics et la redistribution des richesses.
L’ampleur de cet appel laisse présager une mobilisation beaucoup plus homogène et coordonnée que celle du 10 septembre.
SNCF : participation large attendue
Si le 10 septembre est porté par les plus combatifs, le 18 devrait voir une participation plus large des cheminots. L’UNSA appelle déjà à la grève, et la CFDT Cheminots, sans annoncer un arrêt systématique du travail, encourage à rejoindre la mobilisation. Des perturbations importantes sont attendues, y compris sur les lignes à grande vitesse.
Un responsable syndical en interne explique : « On sait que cette date peut être plus fédératrice. Les cheminots qui hésitaient le 10 vont probablement s’engager le 18. »
RATP : unité syndicale
À la RATP, l’intersyndicale change complètement la donne. CGT, FO, UNSA Mobilité et CFE-CGC se sont entendus pour un appel unitaire à la grève. De quoi bloquer une partie du réseau métropolitain et des RER. Les syndicats misent sur une forte mobilisation des conducteurs, mais aussi des agents de maintenance et des personnels de stations.
Un agent de contrôle en station confie : « Quand tous les syndicats sont ensemble, les gens suivent plus facilement. On se dit qu’on ne sera pas seuls à porter le mouvement. »
Dans les airs : double pression
Le 18 septembre pourrait être encore plus compliqué dans les aéroports. D’abord, le SNCTA, syndicat majoritaire des contrôleurs aériens, a déposé un préavis national. La moindre mobilisation de cette catégorie professionnelle entraîne immédiatement des suppressions massives de vols pour des raisons de sécurité.
En parallèle, la CGT Air France reconduit son engagement. La CFDT Air France parle d’un dépôt d’appel « probable », et FO Air France laisse entendre qu’une décision favorable est possible. Dans ces conditions, les perturbations aériennes pourraient atteindre un niveau rarement vu depuis plusieurs années.
Des voyageurs partagés entre colère et compréhension
Pour les usagers, ces deux journées s’annoncent comme un casse-tête. Dans les gares parisiennes, certains expriment leur exaspération. « C’est toujours quand on reprend le boulot qu’ils font grève, peste un employé de bureau qui voyage quotidiennement entre Chartres et Paris. On a l’impression d’être pris en otage. »
Mais d’autres adoptent un ton plus conciliant. « Je comprends qu’ils se battent, confie une infirmière de Seine-et-Marne. Quand on voit l’augmentation du coût de la vie, les salaires qui stagnent, on se dit qu’il faut bien que quelqu’un tape du poing sur la table. »
Impact économique et politique
Les deux journées devraient avoir un impact économique notable, en particulier sur le commerce, le tourisme et la logistique. Les chambres de commerce locales craignent des pertes pour les entreprises, notamment dans les zones dépendantes des flux de voyageurs, comme les centres-villes et les aéroports.
Politiquement, la double mobilisation place le gouvernement face à un défi délicat. Ignorer le 10 septembre pourrait être perçu comme un mépris des syndicats combatifs, mais céder sur le 18 risquerait de renforcer la pression sociale. Plusieurs observateurs estiment que le pouvoir pourrait chercher à négocier en amont pour éviter un blocage prolongé.
Deux dates, deux stratégies… un même objectif
Si les modalités et les initiateurs diffèrent entre le 10 et le 18 septembre, le fond reste le même : exprimer un ras-le-bol face à des politiques économiques jugées injustes et à une détérioration des conditions de travail.
Le 10 mise sur la radicalité et l’effet de surprise, le 18 sur la puissance de l’unité syndicale.
Dans les deux cas, les transports seront au centre de la contestation, et les Français devront s’organiser pour limiter les désagréments.

















