Guerre au Moyen-Orient : les Français se ruent vers les stations-service, redoutant une flambée des prix du carburant

Les tensions croissantes au Moyen-Orient commencent déjà à se faire ressentir sur le territoire français. Alors que les États-Unis et l’Iran échangent des frappes militaires et que le détroit d’Ormuz est sous la menace d’un blocus, des automobilistes, particulièrement nombreux sur la Côte d’Azur, affluent dans les stations-service pour faire le plein par précaution. Craignant une hausse brutale des prix ou même une rupture de l’approvisionnement, ils adoptent des comportements de panique rarement observés depuis les grandes grèves pétrolières ou les confinements de 2020.


Une affluence exceptionnelle sur la Côte d’Azur

Dès les premières heures du matin, les files se sont allongées devant les pompes dans des villes comme Nice, Cannes, Antibes ou Menton. Les témoignages d’automobilistes, venus parfois avec des jerricans supplémentaires, reflètent une inquiétude grandissante.

« Je ne veux pas revivre ce qu’on a vu pendant les grèves, alors j’anticipe. On sait comment ça commence, mais jamais comment ça finit », explique Françoise, retraitée venue remplir les deux véhicules de son foyer.

Certaines stations ont signalé des hausses de fréquentation de plus de 80 % par rapport à un lundi ordinaire. Des véhicules attendaient même en double file à certains endroits, provoquant des embouteillages ponctuels.


L’effet d’annonce des frappes américaines

Le point de départ de cette vague d’inquiétude remonte à l’annonce, dimanche soir, d’une série de frappes ciblées menées par l’armée américaine contre des infrastructures militaires iraniennes. Quelques heures plus tard, l’Iran menaçait de bloquer le détroit d’Ormuz, par où transitent près de 20 % du pétrole mondial.

L’information a immédiatement eu un impact sur les marchés mondiaux. Le baril de Brent, référence en Europe, est monté à 96 dollars lundi matin, contre 88 en fin de semaine précédente. La perspective d’un blocage prolongé, même partiel, du détroit a suffi à déclencher une vague d’achats spéculatifs et à perturber la chaîne logistique pétrolière.


Une inquiétude amplifiée par les réseaux sociaux

Sur les réseaux sociaux, les messages alarmants et les vidéos de files devant les pompes se sont multipliés. Certains internautes évoquent un « effet domino » similaire à celui observé lors des pénuries d’essence de 2022. Des appels à la prudence, voire à stocker du carburant, circulent librement, renforçant le sentiment d’urgence.

Des stations ont commencé à limiter les volumes : certaines enseignes plafonnent à 30 litres par véhicule et interdisent le remplissage de bidons. À Nice-Ouest, un panneau « rupture temporaire de SP95 » a été affiché en fin de matinée dans une grande station.

À Nice, Cannes ou Antibes, les files s’allongent depuis lundi matin devant plusieurs stations-service, parfois dès l’aube. Certains automobilistes ont été alertés par les médias, d’autres par les réseaux sociaux ou simplement par la rumeur.

« Je suis venu à 7 heures ce matin faire le plein. Avec ce qui se passe en Iran, on ne sait pas où ça peut mener. Je préfère anticiper. »
— Alain, 48 ans, agent immobilier à Nice

« Hier, il y avait encore des pompes vides, aujourd’hui elles sont toutes prises. Même le gasoil commence à manquer dans certaines stations. »
— Souad, infirmière à Grasse


Les prix à la pompe s’ajustent déjà

Même si aucune rupture d’approvisionnement n’est officiellement déclarée, les prix commencent déjà à refléter la situation géopolitique. En quelques heures, plusieurs enseignes ont augmenté leurs tarifs de quelques centimes :

  • SP95-E10 : 1,87 €/L (+2 centimes)
  • SP98 : 1,94 €/L (+3 centimes)
  • Gazole : 1,78 €/L (+2 centimes)

Le ministère de l’Économie rappelle toutefois que la France dispose de plus de 90 jours de stocks stratégiques et qu’il n’y a pour l’instant « aucun risque de pénurie à court terme ». Mais dans un contexte de nervosité, la perception du risque suffit à modifier les comportements.

Mais dans les faits, certains distributeurs limitent déjà les volumes par véhicule, notamment dans les zones très fréquentées comme la Côte d’Azur ou la région parisienne.

« Ce n’est pas une pénurie, c’est une sur-demande. On double nos livraisons pour l’instant, mais les dépôts sont sous tension. »
— Responsable régional d’un réseau pétrolier


Un précédent dans la mémoire collective

Les Français ont encore en tête les longues files de 2022, lorsque des mouvements de grève dans les raffineries avaient causé plusieurs jours de chaos. La mémoire de ces épisodes rend la population plus sensible aux signaux de rupture, qu’ils soient fondés ou non.

Les économistes notent qu’un simple sentiment de rareté peut créer un déséquilibre temporaire dans les chaînes d’approvisionnement. Si la demande explose sur quelques jours, les dépôts régionaux peuvent se retrouver à court, indépendamment de l’approvisionnement national.


Appels au calme et réponses gouvernementales

Face à la situation, le gouvernement appelle à la responsabilité collective. Le ministre de l’Énergie s’est exprimé lundi après-midi, assurant qu’aucune difficulté réelle n’est anticipée pour les livraisons de carburant, et qu’un « plan de surveillance renforcé » est activé dans les zones touristiques.

Parallèlement, plusieurs groupes pétroliers comme TotalEnergies ou Esso affirment avoir renforcé leurs capacités de livraison dans les régions tendues pour éviter toute rupture de distribution.


Une dépendance énergétique exposée

Cet épisode rappelle à quel point la France, comme la plupart des pays européens, reste fortement dépendante des marchés internationaux du pétrole. Bien que des stratégies de diversification soient engagées, notamment vers l’électrique, la volatilité géopolitique continue d’impacter directement les consommateurs.

carle
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