Un climat social électrique dès la rentrée
La rentrée 2025 n’aura laissé aucun répit au gouvernement ni aux directions des entreprises du secteur énergétique. Le 2 septembre au matin, les premières alertes circulent : dans de nombreuses centrales, chez Enedis, GRDF, RTE, EDF ou encore dans des sites de production d’énergies renouvelables, les équipes se sont mises en grève. Cette mobilisation n’est pas une surprise — la Fédération Mines-Énergie de la CGT (FNME-CGT) avait annoncé la couleur dès la fin août — mais son ampleur, elle, impressionne.
Dès le premier jour, plus de 200 piquets de grève sont recensés sur le territoire, et 157 entreprises du secteur sont entrées dans le mouvement ou ont reçu un préavis. Pour les militants syndicaux, c’est clair : la grève ne doit pas être un simple coup d’éclat de rentrée, mais bien un rapport de force durable qui pourrait marquer l’automne.
Les revendications : salaires, fiscalité, retraites
Le cœur des demandes portées par la CGT Énergie se résume en trois points, mais chacun reflète des enjeux de société bien plus larges.
- Hausse des salaires :
La CGT exige une augmentation de 9 % sur la grille salariale, avec l’instauration d’une échelle mobile. L’idée est que les salaires soient indexés sur l’inflation afin d’éviter l’érosion du pouvoir d’achat, qui frappe durement les travailleurs depuis la flambée des prix de l’énergie et de l’alimentation. - Baisse de la TVA sur les factures :
Aujourd’hui, l’électricité et le gaz sont taxés au taux plein de 20 %, alors qu’il s’agit de biens de première nécessité. Les grévistes réclament une TVA à 5,5 %, alignée sur d’autres produits essentiels. - Abrogation de la réforme des retraites :
Le secteur de l’énergie a été particulièrement touché par la réforme de 2023, qui a mis fin au régime spécial des Industries Électriques et Gazières (IEG). Pour les agents, cette suppression est vécue comme une double peine : plus d’années de travail et perte d’avantages historiques.
Un mouvement organisé et réfléchi
La CGT Énergie n’a pas improvisé cette rentrée sociale. En amont, une grande réunion en ligne a réuni plus de 4 000 participants le 1er septembre. L’objectif : informer, coordonner et préparer les équipes à entrer dans une grève reconductible.
Dès le 2 septembre, des assemblées générales se tiennent partout en France. À Vannes, par exemple, les agents de la centrale hydroélectrique de Guerlédan et de la marémotrice de la Rance ont décidé d’arrêter la production. Un salarié raconte :
« On ne fait pas ça pour embêter les gens. On le fait pour rappeler que sans nous, rien ne fonctionne. »
Dans certaines zones, des coupures ciblées ont été réalisées — notamment sur des bâtiments administratifs ou des sites industriels — afin de mettre la pression sur les décideurs, tout en évitant de pénaliser directement les foyers.
Une stratégie tournée vers le 10 septembre
La FNME-CGT parle déjà du 10 septembre comme d’un “point d’étape”. Ce jour-là, plusieurs syndicats et collectifs citoyens appellent à des mobilisations interprofessionnelles. L’idée est claire : converger les luttes et faire du 10 septembre une démonstration nationale de force.
Un militant de Marseille résume :
« Si on est seuls, on peut gêner. Mais si on s’unit avec les transports, la santé, l’éducation, alors on peut vraiment bloquer le pays. »
Sur le terrain : récits et images fortes
Les images des premiers jours de grève montrent des scènes qui parlent d’elles-mêmes.
- À Toulouse, les électriciens ont improvisé un barbecue sur le piquet, attirant des riverains venus discuter de leurs propres difficultés à payer leurs factures.
- À Lyon, une banderole accrochée devant un site de RTE affichait : « Nos salaires dans le rouge, vos factures dans le vert ».
- En Bretagne, des marins-pêcheurs sont venus saluer les agents en grève à la centrale marémotrice, expliquant qu’ils subissent eux aussi la hausse des prix du carburant et de l’électricité.
Ces gestes de solidarité rappellent que le combat de la CGT Énergie dépasse largement le cadre professionnel : il touche à la question du droit à l’énergie pour tous.
Des usagers partagés entre soutien et inquiétude
Sur les réseaux sociaux, les réactions sont contrastées.
- Certains expriment un soutien sans réserve : « Ils se battent aussi pour nous, pour qu’on ne paie pas l’électricité au prix fort. »
- D’autres craignent des perturbations ou une coupure du courant : « Je comprends la cause, mais si je perds mes produits au frigo, qui me rembourse ? »
La CGT insiste sur le fait que les coupures sauvages visant les particuliers ne font pas partie de la stratégie. Les actions sont dites “ciblées” pour éviter les conséquences directes sur les foyers.
Un contexte national tendu
Cette grève survient dans un contexte où la question du pouvoir d’achat est au centre du débat public. L’inflation, bien que ralentie depuis son pic de 2023, continue de frapper les ménages. Les dépenses contraintes, comme l’énergie, représentent une part croissante du budget des foyers modestes.
De plus, la hausse des prix de l’électricité liée à la réouverture des marchés et à la fin du bouclier tarifaire accentue la colère. Pour beaucoup, cette grève incarne un refus de laisser l’énergie devenir un produit de luxe.
Le poids stratégique du secteur énergie
L’énergie est un secteur clé : aucune activité économique ne peut fonctionner sans électricité ni gaz. Cela donne aux salariés un pouvoir de blocage considérable. Historiquement, les grèves dans l’énergie ont souvent obtenu des concessions importantes, comme en 2019 lors des mobilisations contre la réforme des retraites.
Un ancien délégué se souvient :
« En 2010, on a baissé la production de plusieurs centrales thermiques, et en trois jours, on a eu un rendez-vous au ministère. »
C’est cette mémoire collective qui alimente aujourd’hui la détermination des grévistes.
Vers une convergence des luttes ?
Au-delà du secteur énergie, la rentrée sociale voit déjà d’autres secteurs s’agiter : cheminots, enseignants, soignants, salariés de la grande distribution. Le 10 septembre pourrait devenir une journée de mobilisation interprofessionnelle majeure.
Certains parlent même de reconduire après le 10 si les revendications ne sont pas entendues. La FNME-CGT laisse la porte ouverte à une “grève de l’automne” qui pourrait durer plusieurs semaines.
Conclusion : un bras de fer qui pourrait durer
La grève lancée par la CGT Énergie n’est pas un simple mouvement de rentrée : c’est une offensive sociale stratégique qui vise à imposer un rapport de force dès septembre. Le 10 septembre est vu comme un jalon décisif, mais tout porte à croire que, sans réponse rapide du gouvernement, le conflit pourrait se prolonger et impacter l’économie nationale.
Pour les grévistes, la bataille est autant économique que symbolique : défendre un service public fort, garantir l’accès à l’énergie pour tous et protéger le pouvoir d’achat des travailleurs.
Et dans un contexte où chaque hausse de facture pèse sur les ménages, il est fort probable que ce mouvement trouve un écho bien au-delà des seuls murs des centrales électriques.

















