Hydrogène en détresse : le retrait de Stellantis fragilise gravement l’industrie française

Le secteur de l’hydrogène en France traverse une période critique. La décision de Stellantis de se retirer de plusieurs projets stratégiques dans la filière suscite de vives inquiétudes quant à l’avenir de cette énergie dite « propre » dans l’Hexagone. Alors que le gouvernement avait fait de l’hydrogène un pilier central de sa transition énergétique, ce retrait sonne comme un coup dur pour les ambitions industrielles françaises.

Un désengagement lourd de conséquences

Stellantis, né de la fusion entre PSA et Fiat-Chrysler, avait investi dans différents projets liés à l’hydrogène, notamment avec Hyvia (coentreprise avec Renault) et Symbio (partenariat avec Michelin et Faurecia). Ces engagements visaient à développer des utilitaires à pile à combustible et une chaîne de production franco-européenne. Or, le groupe a décidé de réduire fortement sa participation dans ce segment, invoquant des coûts de développement élevés et une demande encore marginale par rapport aux véhicules électriques à batterie.

Cette décision est d’autant plus symbolique qu’elle émane d’un acteur industriel de poids, censé jouer un rôle moteur dans la décarbonation du transport léger et lourd. Le retrait de Stellantis pourrait également refroidir d’autres investisseurs privés, et mettre en péril la viabilité financière de certains projets émergents.

Une filière stratégique menacée

L’hydrogène vert, produit à partir d’électricité renouvelable, est considéré comme l’un des vecteurs clés pour atteindre la neutralité carbone, notamment dans les secteurs difficiles à électrifier comme l’industrie lourde ou le transport de marchandises. Le plan France Hydrogène 2030 prévoyait plus de 9 milliards d’euros d’investissements publics pour créer un écosystème solide, depuis la production jusqu’à l’usage final.

Mais sans le soutien massif des industriels et la démonstration d’une rentabilité à moyen terme, les ambitions risquent de rester lettres mortes. Le départ d’un acteur comme Stellantis affaiblit non seulement la chaîne de valeur mais compromet aussi la confiance des territoires et des partenaires européens.

La réaction des acteurs de la filière

De nombreuses entreprises et organisations ont réagi avec inquiétude à cette annonce. France Hydrogène, qui fédère les professionnels du secteur, a appelé l’État à renforcer son soutien, notamment à travers une politique d’achats publics favorisant les véhicules à hydrogène et en accélérant le déploiement d’infrastructures.

Certaines PME françaises spécialisées dans les électrolyseurs ou les réservoirs haute pression craignent désormais un gel de certains contrats ou une baisse des commandes. Cette instabilité remet en cause des centaines d’emplois et freine les investissements dans la R&D.

Quelle réponse politique ?

Le gouvernement français n’a pas encore officiellement commenté le retrait de Stellantis, mais selon des sources proches du dossier, des réunions d’urgence ont été organisées avec Bercy et le ministère de la Transition écologique. Plusieurs pistes sont à l’étude : création d’un fonds d’urgence, élargissement des aides à l’investissement pour les industriels de l’hydrogène, et pression politique sur les grands groupes pour maintenir leur engagement environnemental.

La Commission européenne, également impliquée via ses programmes de soutien à l’hydrogène vert (notamment Important Projects of Common European Interest – IPCEI), pourrait elle aussi revoir sa stratégie si d’autres grands industriels venaient à se désengager.

Conclusion

Le retrait de Stellantis constitue un signal d’alarme pour la filière hydrogène française. Alors que le pays espérait devenir un leader européen, voire mondial, de cette technologie d’avenir, les fragilités du modèle économique apparaissent au grand jour. Il est urgent que l’État, les collectivités et les industriels redéfinissent ensemble une trajectoire réaliste et ambitieuse pour éviter le naufrage d’un secteur crucial pour la transition énergétique.

carle
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