En quête de puissance technologique et d’avantage stratégique global, Donald Trump, de retour à la présidence en 2025, vient de dévoiler un plan massif et controversé pour faire des États-Unis le leader incontesté de l’intelligence artificielle. En s’appuyant directement sur les grandes figures de la Silicon Valley, le président américain entend « libérer tout le potentiel de l’IA » et positionner les États-Unis comme la nation dominante dans ce domaine-clé du XXIe siècle.
Un virage assumé vers l’ultra-libéralisme technologique
Le 23 juillet 2025, à l’occasion du sommet « Hill & Valley » réunissant entrepreneurs et décideurs politiques, Trump a officialisé son « AI Action Plan », un programme fédéral orienté pro-industrie, axé sur la déréglementation, les infrastructures énergétiques, et un encadrement idéologique très clair de l’intelligence artificielle utilisée par l’État. Ce plan est directement inspiré des recommandations émises dans le podcast influent All-In, animé par plusieurs capital-risqueurs et figures majeures du monde tech.
Trois décrets exécutifs pour remodeler l’écosystème
Au cœur de ce plan se trouvent trois ordres exécutifs qui traduisent une vision résolument tournée vers la compétitivité et le court-circuitage des régulations existantes :
- Allègement massif des normes environnementales pour la construction de centres de données : ces installations, souvent énergivores, pourront désormais être alimentées par du gaz ou du charbon, contournant les réglementations écologiques trop contraignantes selon l’administration Trump.
- Harmonisation fédérale des règles d’implantation IA : les entreprises ne seront plus soumises à une mosaïque de lois étatiques, jugées paralysantes. L’objectif est d’établir un cadre unique, fédéral, rapide et favorable à l’investissement.
- Filtrage idéologique des IA gouvernementales : tout système IA utilisé par l’administration devra être « neutre et objectif ». Le plan bannit explicitement les contenus promouvant la DEI (diversité, équité, inclusion) ou la Critical Race Theory, ciblant ce que Trump qualifie de « woke AI ».
Une alliance sans précédent avec la Silicon Valley
Le nouveau conseiller spécial à l’intelligence artificielle, David Sacks – investisseur tech proche d’Elon Musk et Peter Thiel – incarne ce rapprochement spectaculaire entre la Maison-Blanche et les milieux techno-libertariens californiens. L’influence de la Silicon Valley est désormais assumée au plus haut niveau de l’État.
En témoigne également le soutien apporté par Trump au méga-projet Stargate LLC, une joint-venture entre OpenAI, Oracle et SoftBank, visant à investir jusqu’à 500 milliards de dollars dans les infrastructures IA américaines d’ici 2030. Une dizaine de centres de données géants sont déjà en construction au Texas et dans l’Arizona, accompagnés de promesses de création de plus de 100 000 emplois directs.
Le retour assumé d’un techno-nationalisme offensif
À travers cette stratégie, Trump cherche à faire de l’IA un outil de reconquête industrielle et géopolitique. La politique « America First » version 2025 inclut désormais une doctrine technologique : relocalisation des puces, souveraineté numérique, et fin de la dépendance vis-à-vis des plateformes étrangères, notamment chinoises.
Le président a également indiqué vouloir conditionner les exportations de technologies IA américaines à des critères de loyauté stratégique, restreignant potentiellement l’accès aux outils de pointe pour les pays jugés concurrents ou hostiles.
Un plan applaudi par l’industrie… mais critiqué de toutes parts
Les réactions dans le monde économique ont été enthousiastes. Les titres boursiers des géants de l’IA ont bondi à l’annonce du plan. Des entreprises comme Nvidia, Palantir, Oracle et OpenAI voient dans cette politique une opportunité historique pour croître à un rythme accéléré, sans les freins de la bureaucratie.
Mais du côté des ONG, des chercheurs, des défenseurs de l’environnement et des libertés civiles, l’alarme est tirée. Le démantèlement des garde-fous environnementaux est jugé irresponsable au vu de l’urgence climatique. Par ailleurs, la chasse à l’idéologie « woke » dans les algorithmes publics fait craindre une censure insidieuse et un encadrement idéologique de la technologie.
Une coalition de 95 organisations a publié un contre-projet nommé « People’s AI Action Plan », prônant une IA éthique, durable, inclusive et gouvernée par des principes démocratiques. Les universitaires et les syndicats appellent à une commission indépendante sur les risques systémiques du développement accéléré de l’IA.
Le pari risqué de Trump
En donnant carte blanche aux géants technologiques et en taillant dans les régulations, Donald Trump joue une partie double : reconquête industrielle d’un côté, mise à l’écart des contre-pouvoirs de l’autre. Ce pari peut faire des États-Unis une puissance IA dominante, mais au prix de tensions internes croissantes.
La Silicon Valley, longtemps en opposition avec la droite conservatrice, semble aujourd’hui prête à faire alliance si cela lui garantit des conditions d’expansion optimales. Cette convergence d’intérêts, autrefois improbable, est désormais au cœur de la stratégie américaine pour imposer sa suprématie technologique sur le reste du monde.

















