Pendant plus d’un siècle, Kodak a incarné la photographie dans l’imaginaire collectif mondial. Symbole de moments capturés en famille, de pellicules jaunes omniprésentes dans les supermarchés et d’innovations marquantes, l’entreprise américaine fut un véritable titan industriel. Pourtant, en 2025, tout semble indiquer que la marque vit ses derniers instants. Entre difficultés financières chroniques, perte de parts de marché et incapacité à s’adapter aux nouvelles tendances technologiques, Kodak se retrouve à nouveau au bord de la faillite, après avoir déjà évité le naufrage en 2012 grâce à une restructuration radicale.
Dans cet article, nous reviendrons sur l’histoire glorieuse de Kodak, sur les raisons profondes de sa chute, et sur ce que cette disparition pourrait signifier pour le marché mondial de l’imagerie et la mémoire collective.
1. Les origines glorieuses : Kodak, l’inventeur de la photographie populaire
Kodak a été fondé en 1888 par George Eastman, un visionnaire qui voulait démocratiser la photographie. Son slogan mythique, « You press the button, we do the rest » (Vous appuyez sur le bouton, nous faisons le reste), résumait à la perfection sa mission : rendre la capture d’images accessible à tous.
L’entreprise a inventé l’appareil photo portable, rendu la pellicule bon marché, et permis à des millions de familles d’immortaliser mariages, anniversaires, voyages et événements du quotidien. Durant tout le XXe siècle, Kodak a été le roi incontesté du marché, avec plus de 90 % de parts aux États-Unis dans les années 1970.
2. Une révolution manquée : l’erreur stratégique fatale
Le plus ironique dans la chute de Kodak, c’est que l’entreprise a inventé l’appareil photo numérique… en 1975. Un ingénieur maison, Steven Sasson, a présenté un prototype fonctionnel à la direction. Mais, craignant que cette innovation ne cannibalise son lucratif marché de la pellicule, Kodak a choisi de mettre ce projet de côté.
Cette décision, dictée par la peur de perdre des revenus à court terme, s’est avérée catastrophique. Dans les années 2000, l’explosion du numérique, menée par Canon, Sony et Nikon, a laissé Kodak sur le bas-côté.
3. La descente aux enfers : faillite, restructuration et survie artificielle
En 2012, Kodak s’est placé sous la protection du Chapitre 11 de la loi américaine sur les faillites, un dispositif permettant aux entreprises de se restructurer. Elle a alors vendu une grande partie de ses brevets, abandonné la fabrication d’appareils photo grand public et recentré ses activités sur l’impression professionnelle, la chimie et quelques licences de marque.
Mais cette restructuration n’a pas suffi. La concurrence asiatique, notamment chinoise, a envahi le marché de l’impression et du matériel professionnel. Kodak a survécu grâce à des accords ponctuels et à la nostalgie d’une partie du public, mais n’a jamais retrouvé sa grandeur passée.
4. Les signes d’une fin imminente en 2025
En ce milieu d’année 2025, plusieurs indicateurs laissent penser que Kodak n’a plus les moyens de se relancer :
- Chute des revenus : les ventes d’imprimantes et de produits chimiques pour la photographie argentique sont en baisse constante.
- Dette insoutenable : les créanciers pressent pour récupérer leurs fonds.
- Perte d’image de marque : pour les nouvelles générations, Kodak ne signifie plus grand-chose, éclipsé par les géants du numérique comme Apple, Samsung ou même Instagram.
- Licenciements massifs : depuis janvier, plus de 35 % des effectifs restants ont été supprimés.
5. L’héritage culturel de Kodak
Même si l’entreprise venait à disparaître, son empreinte sur l’histoire de la photographie resterait indélébile. Kodak a façonné notre manière de capturer et de partager les souvenirs. Ses couleurs vives, ses pellicules argentiques et ses publicités iconiques font partie de la culture visuelle mondiale.
De nombreux photographes professionnels continuent d’utiliser les pellicules Kodak, notamment la Portra et la Tri-X, pour leur rendu unique. Mais ces produits pourraient bientôt devenir des objets de collection, comme les vinyles dans la musique.
6. Que restera-t-il si Kodak disparaît ?
La disparition de Kodak aurait plusieurs conséquences :
- Pour les photographes argentiques : hausse des prix et raréfaction des pellicules.
- Pour les industries spécialisées : certaines entreprises d’impression ou de cinéma dépendant encore des films Kodak devraient trouver des alternatives.
- Pour la mémoire collective : la marque deviendrait un symbole nostalgique, comparable à Polaroid avant sa renaissance.
Conclusion : la fin d’une ère
Kodak a eu plus d’un siècle pour écrire l’une des plus belles histoires industrielles et culturelles du monde moderne. Mais, prisonnière de ses choix stratégiques passés, incapable de se réinventer à temps, la société risque aujourd’hui de disparaître pour de bon.
Si la marque devait s’éteindre, elle laisserait derrière elle un héritage d’images, de couleurs et de moments qui continueront de vivre dans les albums photo, les archives et la mémoire collective. Kodak ne serait alors plus qu’un nom inscrit dans l’histoire… mais un nom gravé en lettres d’or.

















