Le Relais en crise : pourquoi vos vêtements ne sont plus collectés aux bornes de dons

Depuis juillet 2025, une situation inédite frappe des centaines de communes françaises : les bornes de collecte de vêtements du réseau Le Relais sont saturées, débordantes ou temporairement condamnées. Loin d’être un simple dysfonctionnement logistique, cette suspension généralisée de la collecte textile révèle une crise profonde du modèle de recyclage des vêtements en France.


Le Relais : un acteur historique de l’économie solidaire en panne

Le Relais, membre du mouvement Emmaüs, collecte chaque année plus de 100 000 tonnes de textiles usagés à travers un maillage dense de bornes réparties sur tout le territoire. L’association emploie près de 2 300 salariés, dont une large partie en insertion professionnelle. En transformant vos vêtements usagés en emploi local, en textile recyclé ou en seconde main, Le Relais a longtemps été présenté comme un modèle vertueux de l’économie circulaire.

Mais en juillet 2025, le modèle s’est brutalement enrayé. Les collectes sont suspendues dans toute la France. Dans certaines communes comme Angoulême, Niort, Goven ou Saint-Étienne, les bennes débordent, les habitants sont priés de ne plus y déposer aucun sac, et des panneaux d’avertissement ont fleuri sur les sites.


Un financement insuffisant de la filière textile

À l’origine de cette paralysie : un désaccord financier entre Le Relais et l’éco-organisme Refashion, chargé de redistribuer les contributions perçues auprès des fabricants de vêtements. Chaque vêtement vendu en France est théoriquement soumis à une contribution environnementale (principe du « pollueur-payeur »), reversée ensuite à des acteurs du tri comme Le Relais.

Or, selon l’association, les montants reversés sont largement insuffisants : entre 50 et 80 euros par tonne, alors que le coût réel du tri varie entre 150 et 300 euros la tonne. Le manque de soutien financier empêche aujourd’hui Le Relais de poursuivre l’activité de tri, de gestion logistique, et de maintenance de son parc de bornes.

Le Relais a donc pris une décision radicale : arrêter les collectes jusqu’à ce qu’un financement viable soit garanti.


Fast fashion et explosion des volumes : la filière submergée

Un autre facteur aggrave la crise : l’explosion du volume de vêtements jetés chaque année, conséquence directe de la fast fashion. Le textile représente désormais plus de 700 000 tonnes de déchets annuels en France, dont seulement 30 % sont collectés.

De plus, 90 % des vêtements déposés sont invendables ou inutilisables, soit parce qu’ils sont abîmés, soit parce qu’ils sont de piètre qualité. Cela rend le travail de tri plus complexe, moins rentable, et réduit les possibilités de revente en friperie ou de recyclage. La surabondance de textile bas de gamme, couplée à un modèle économique non réformé, pousse toute la filière au bord de l’asphyxie.


Des conséquences sociales majeures

La suspension des collectes ne concerne pas que l’environnement. Elle touche également des milliers d’emplois dans l’insertion, soit l’un des piliers du modèle du Relais. Plus de 2 000 salariés pourraient être impactés si la situation perdure. Les structures locales, souvent sous contrat avec les collectivités, sont elles aussi plongées dans une incertitude économique totale.

Le modèle solidaire porté par Le Relais, mêlant économie circulaire et réinsertion sociale, est aujourd’hui fragilisé au point de rupture.


Que doivent faire les citoyens ?

Face à cette situation, les collectivités appellent à la responsabilité des usagers :

  • Ne pas déposer de sacs à côté des bornes, même si elles sont pleines ou condamnées.
  • Stocker les vêtements usagés à domicile temporairement.
  • Se tourner vers d’autres acteurs encore opérationnels localement, comme certaines antennes d’Emmaüs, les ressourceries, ou les associations caritatives.
  • Ne pas déposer les vêtements en déchèterie, sauf si elle est spécifiquement équipée pour les textiles (ce qui est rarement le cas).

Déposer des sacs à l’extérieur des bornes est considéré comme un dépôt sauvage, passible d’une amende pouvant aller jusqu’à 1 500 €.


Le cri d’alerte d’Emmaüs et des acteurs du secteur

Devant l’ampleur du blocage, Emmaüs France a pris publiquement la parole pour alerter sur l’urgence d’un changement de modèle. Elle appelle :

  • À une révision immédiate du barème de soutien de Refashion.
  • À une gouvernance démocratisée des éco-organismes, où les acteurs du terrain (et pas seulement les industriels du textile) aient leur mot à dire.
  • À réduire la production de vêtements, en taxant davantage la fast fashion et en favorisant la qualité et la durabilité.

Un courrier a été adressé à la ministre de la Transition écologique, mais à ce jour, aucune réponse concrète n’a été apportée.


Une crise révélatrice de failles structurelles

Ce blocage révèle plus largement les limites d’un système de recyclage encore trop dépendant :

  • D’un financement opaque et insuffisant ;
  • D’un modèle de production effréné ;
  • De débouchés à l’étranger de plus en plus restreints (les pays d’Afrique ferment progressivement leurs frontières aux vêtements usagés européens).

La mode circulaire, tant vantée, reste aujourd’hui un idéal loin de la réalité, sans refonte structurelle de toute la chaîne, du producteur au consommateur.


Une crise qui pourrait durer ?

Sans changement rapide, la crise pourrait durer des mois, voire s’étendre à d’autres acteurs de la collecte. Certaines collectivités locales envisagent déjà de rompre leurs partenariats avec Le Relais, faute de visibilité sur le redémarrage de la filière.

En attendant, ce sont des tonnes de textiles qui s’accumulent dans les foyers… ou, pire, finissent à la poubelle, alors qu’ils pourraient encore servir. Une tragédie à la fois sociale, écologique et économique.

carle
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