Le retrait des alcools américains par la SAQ : une décision coûteuse aux multiples impacts

Le 4 mars 2025, la Société des alcools du Québec (SAQ), à la demande du gouvernement provincial, a procédé au retrait de tous les produits alcoolisés en provenance des États-Unis de ses étagères et de son site en ligne. Cette décision, prise en réponse à l’imposition de tarifs douaniers par l’administration Trump, a eu des répercussions notables sur les finances de la SAQ, le marché québécois de l’alcool et les relations commerciales entre le Québec et les États-Unis.


I. Contexte de la décision

A. Les tensions commerciales avec les États-Unis

L’administration Trump a imposé des droits de douane de 25 % sur une série de produits canadiens, dont les produits alcoolisés. En réaction, le gouvernement du Québec a ordonné à la SAQ de retirer tous les produits américains de ses points de vente et de son site web, y compris les vins, spiritueux, bières et autres boissons alcooliques. Cette mesure visait à manifester la solidarité du Québec envers les producteurs locaux et à exercer une pression économique sur les États-Unis.

B. Produits concernés

Parmi les produits retirés figuraient des marques emblématiques telles que :

  • Vins : Ménage à Trois, Apothic Red, Barefoot, Beringer, Francis Coppola, Liberty School, Three Thieves, Woodbridge, Napa Valley.
  • Spiritueux : Whisky Jack Daniel’s, Rabbit Hole, Maker’s Mark, Wild Turkey, Jim Beam.
  • Autres : Rhums Bacardi aromatisés, The Kraken, Captain Morgan Private Stock, Vodka Smirnoff aromatisée, White Claw Premium, Liqueurs Sour Puss, Southern Comfort.

Cette décision a affecté plus de 1 000 produits américains disponibles en succursale et en ligne.


II. Impacts financiers sur la SAQ

A. Coûts directs liés au retrait

Selon un rapport de Radio-Canada, l’entreposage et les opérations liées au retrait des produits américains ont coûté plus de 500 000 $ à la SAQ entre le 4 mars et le 21 juin 2025. Ces coûts incluent :

  • Les heures supplémentaires pour le personnel en raison du retrait des produits.
  • Le transport des produits vers les entrepôts.
  • La remise en entrepôt des produits.
  • Le coût de financement des stocks, car la SAQ a déjà payé ces produits, mais ils ne sont pas vendus.

La porte-parole de la SAQ, Laurianne Tardif, a précisé que l’argent immobilisé dans ces stocks ne peut être investi ailleurs pendant ce temps, ce qui représente une perte d’opportunités d’investissement ou de liquidités.

B. Immobilisation de capital

La valeur comptable actuelle des stocks américains immobilisés est estimée à 27,2 millions de dollars. Ces produits ont été payés par la SAQ, mais ne sont ni vendus ni intégrés dans les activités opérationnelles normales, d’où une immobilisation importante de capital.

C. Conséquences à long terme

La SAQ a indiqué qu’il faudra attendre un retour à la normale pour calculer les réels impacts financiers de cette décision. Le véritable impact financier complet ne pourra être évalué qu’en cas de retour à une situation normale, permettant soit la remise en vente de ces produits, soit leur utilisation alternative ou leur dévalorisation.


III. Réactions du marché québécois

A. Augmentation des ventes de produits locaux

Depuis le retrait des produits américains, les ventes de produits québécois ont connu une croissance remarquable. Une augmentation de 60 % des ventes de vins locaux a été enregistrée, comparativement à 25 % pour l’ensemble des produits alcoolisés disponibles. Le nombre de vins québécois proposés est passé de 228 en avril à 250 en juillet, auxquels s’ajoutent plus de 1 500 produits locaux accessibles également en ligne. Cette tendance a été saluée par le président du Conseil des vins du Québec, Matthieu Beauchemin, qui a souligné l’intérêt croissant des consommateurs pour l’achat local.

B. Adaptation de l’offre de la SAQ

La SAQ a saisi cette occasion pour intégrer de nouveaux producteurs locaux et de nouveaux vins québécois dans son offre, proposant ainsi une plus grande diversité aux consommateurs. Cette stratégie visait à compenser le vide laissé par les produits américains et à soutenir l’industrie locale.


IV. Implications politiques et diplomatiques

A. Réactions des autorités américaines

La décision du Québec a été perçue comme une mesure symbolique dans la guerre commerciale entre le Canada et les États-Unis. Cependant, elle a également exacerbé les tensions diplomatiques, certains observateurs estimant que cette action risquait de nuire aux relations bilatérales.

B. Position du gouvernement du Québec

Le gouvernement Legault a défendu sa décision en soulignant la nécessité de protéger les intérêts économiques du Québec face aux mesures protectionnistes américaines. Le Premier ministre a rappelé l’importance de développer de nouveaux marchés et de diversifier les partenariats commerciaux pour réduire la dépendance vis-à-vis des États-Unis.

C. Réactions des autres provinces canadiennes

Le Québec n’a pas été le seul à retirer les produits américains de ses étagères. L’Ontario, la Colombie-Britannique, la Nouvelle-Écosse et Terre-Neuve-et-Labrador ont également pris des mesures similaires en réponse aux tarifs douaniers américains. Cependant, l’Alberta a réintégré les alcools américains en juin 2025, soulignant les divergences de stratégies au sein du Canada.


V. Perspectives d’avenir

A. Retour des produits américains

Le gouvernement du Québec n’a pas indiqué de calendrier précis pour la réintroduction des produits américains dans les points de vente de la SAQ. La décision dépendra de l’évolution des relations commerciales entre le Canada et les États-Unis et de la levée des tarifs douaniers.

B. Maintien du soutien aux produits locaux

Indépendamment de la situation avec les États-Unis, le Québec semble déterminé à soutenir ses producteurs locaux. La croissance des ventes de produits québécois et l’élargissement de leur offre dans les succursales de la SAQ témoignent de cet engagement.

C. Réflexion sur la diversification des marchés

L’incident a mis en lumière la vulnérabilité du Québec face à la dépendance commerciale vis-à-vis des États-Unis. Il pourrait inciter le gouvernement à explorer de nouveaux partenariats commerciaux, notamment avec des pays européens, asiatiques ou d’autres régions du monde, afin de diversifier ses sources d’approvisionnement et de réduire les risques liés aux tensions commerciales.


Conclusion

Le retrait des alcools américains par la SAQ en 2025 a eu des répercussions financières significatives, avec des coûts directs dépassant les 500 000 $ et une immobilisation de capital de 27,2 millions de dollars. Cependant, cette décision a également stimulé la demande pour les produits locaux, offrant une opportunité de renforcer l’industrie québécoise. Les implications politiques et diplomatiques de cette mesure soulignent la complexité des relations commerciales internationales et la nécessité pour le Québec de diversifier ses partenariats économiques. L’avenir de cette situation dépendra de l’évolution des relations entre le Canada et les États-Unis et des stratégies adoptées par le gouvernement québécois pour soutenir ses producteurs locaux et diversifier ses marchés.

carle
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