C’est un coup de théâtre dans le monde de l’automobile et du luxe : Luca de Meo, l’actuel directeur général de Renault, quitte le constructeur français pour rejoindre Kering, géant du luxe propriétaire de Gucci, Yves Saint Laurent et Balenciaga. Cette annonce marque un tournant surprenant dans la carrière de ce dirigeant charismatique, qui avait été salué pour avoir redressé Renault après des années de turbulences.
Un départ inattendu de Renault
Arrivé à la tête de Renault en juillet 2020, Luca de Meo a profondément transformé l’entreprise. Sous sa direction, le groupe a lancé le plan stratégique “Renaulution”, visant à passer d’une logique de volume à une logique de valeur. Résultat : une meilleure rentabilité, une montée en gamme de la marque, un recentrage sur les modèles rentables comme la Mégane E-Tech ou la R5 électrique, et une séparation claire des activités avec le projet Ampere dédié au 100 % électrique.
Mais malgré ces succès, des tensions internes et des désaccords sur la gouvernance du groupe (notamment autour de l’Alliance Renault-Nissan et du rôle de l’État français) auraient précipité son départ. Selon plusieurs sources industrielles, Luca de Meo ne se sentait plus pleinement soutenu, ni par son conseil d’administration, ni par certains actionnaires historiques.
Pourquoi Kering ?
Le choix de Kering peut surprendre : pourquoi un dirigeant automobile passerait-il dans l’univers du luxe ? En réalité, ce n’est pas si incohérent. De Meo a débuté sa carrière chez Renault, avant de passer par Toyota Europe, Fiat, puis le groupe Volkswagen (notamment à la tête de Seat). Il y a développé une expertise reconnue en matière de branding, de design et de repositionnement de marque – des qualités clés dans le secteur du luxe.
Son arrivée chez Kering intervient dans un contexte difficile pour le groupe, qui souffre d’un net ralentissement de la croissance de Gucci, sa marque phare. En recrutant de Meo, François-Henri Pinault espère sans doute injecter un vent nouveau, plus proche des logiques industrielles, pour relancer l’innovation, le design produit et peut-être même repenser les modèles de distribution.
Quelles conséquences pour Renault ?
Le départ de de Meo laisse Renault à un moment critique. Le groupe s’apprête à introduire en bourse Ampere, sa filiale électrique, et prépare le lancement de modèles clés comme la R5 E-Tech. Le conseil d’administration doit désormais trouver un successeur capable de maintenir le cap stratégique initié par de Meo.
Plusieurs noms circulent déjà en interne, mais aucun ne semble faire consensus. Un retour de Thierry Bolloré semble improbable, tandis que Gilles Le Borgne, directeur de l’ingénierie, ou Fabrice Cambolive, directeur général de la marque Renault, sont évoqués pour une transition rapide.
En résumé
- Luca de Meo quitte Renault après 4 ans à sa tête.
- Il rejoint Kering pour piloter une nouvelle stratégie de redressement.
- Son départ crée une incertitude sur l’avenir stratégique de Renault, notamment autour du projet Ampere.
- Kering mise sur son sens du branding et de l’innovation produit pour relancer ses marques de luxe.
Le départ de Luca de Meo est à la fois une perte majeure pour Renault et une prise audacieuse pour Kering. Le monde de l’industrie et du luxe retient son souffle : le prochain chapitre de ce dirigeant au parcours hors-norme s’annonce décisif, tant pour l’avenir du groupe de François-Henri Pinault que pour l’équilibre du paysage automobile européen.

















