Le paysage automobile français connaît un bouleversement inattendu en ce premier semestre 2025. Pour la première fois depuis plusieurs années, Renault a pris l’avantage sur Stellantis en termes de volumes de ventes sur le marché national. Une performance d’autant plus remarquable qu’elle intervient dans un contexte de ralentissement global des immatriculations, marqué par la baisse des ventes de véhicules thermiques et l’ajustement du marché aux nouvelles réglementations environnementales.
Ce retournement de situation vient souligner la pertinence de la stratégie commerciale de Renault, tandis que Stellantis, bien qu’encore en tête en valeur absolue sur certains segments, enregistre un recul notable sur plusieurs de ses marques phares.
Une remontée inattendue de Renault
Entre janvier et juin 2025, Renault a immatriculé plus de 148 000 véhicules particuliers sur le marché français, selon les dernières données consolidées, représentant une hausse d’environ 3,6 % par rapport à la même période de l’année précédente. Ce chiffre propulse le groupe à une part de marché de 27 %, en hausse de 2,8 points. À titre de comparaison, Stellantis recule à environ 30,2 %, contre plus de 33 % un an plus tôt.
Bien que Stellantis reste en tête en nombre d’immatriculations cumulées, la dynamique est clairement à l’avantage de Renault, qui bénéficie d’un effet de rattrapage couplé à une gamme renouvelée et bien calibrée pour répondre à la demande actuelle des consommateurs.
Un marché en contraction mais favorable aux hybrides
Le marché automobile français dans son ensemble n’est pas à la fête : sur les six premiers mois de l’année, les immatriculations globales ont chuté d’environ 8 % par rapport à 2024. Cette contraction s’explique par :
- le durcissement des critères d’accès au bonus écologique,
- le repli du pouvoir d’achat,
- et un attentisme général des consommateurs face à la montée en puissance des motorisations électrifiées.
Dans ce contexte, les véhicules hybrides ont tiré leur épingle du jeu, au détriment des moteurs 100 % thermiques. Renault a su capitaliser sur cette tendance grâce à ses modèles E-Tech (Clio, Captur, Arkana…), très prisés pour leur compromis entre autonomie, prix et sobriété énergétique. En face, Stellantis, plus orienté vers les modèles 100 % électriques, n’a pas encore totalement converti ses volumes thermiques en gains électrifiés.
Renault : une stratégie produit payante
Le succès de Renault repose sur plusieurs piliers :
- Une gamme hybride cohérente : Les modèles E-Tech sont devenus des références sur le segment B et C, alliant consommation maîtrisée, fiabilité et prix d’appel compétitif.
- Une politique de remises ciblées : Le constructeur a multiplié les offres promotionnelles sur les versions hybrides, notamment en concessions régionales.
- Le lancement réussi de la nouvelle Scénic E-Tech électrique, qui attire une clientèle familiale sensible à l’autonomie et au confort.
- Un service après-vente modernisé, avec une montée en puissance des services connectés et des garanties étendues.
Ces éléments ont contribué à redorer l’image de la marque, après plusieurs années de stagnation et de restructuration interne.
Stellantis en difficulté sur plusieurs fronts
Stellantis reste un acteur incontournable, avec des marques comme Peugeot, Citroën, Fiat ou Opel. Toutefois, plusieurs signaux d’alerte se manifestent :
- Baisse des ventes thermiques sur des modèles-clés comme la Peugeot 308 ou la Fiat Tipo.
- Un calendrier de renouvellement produit ralenti, notamment sur le segment des SUV compacts, très concurrentiel.
- Une communication encore floue sur la stratégie à long terme concernant l’hybridation, au moment où la demande semble basculer vers ce type de motorisation.
Seule la Citroën ë-C3 tire son épingle du jeu, avec de bonnes performances sur le segment des citadines électriques à prix abordable.
L’électrique, nouveau terrain d’affrontement
Sur le segment 100 % électrique, Stellantis conserve l’avantage grâce à ses volumes consolidés, mais Renault se rapproche avec une montée en puissance de ses modèles E-Tech électriques et la future R5 électrique, attendue pour la rentrée. Les enjeux de 2025 se joueront largement sur ce terrain, alors que la part des BEV (véhicules 100 % électriques) continue de croître lentement mais sûrement.
Un affrontement relancé pour le second semestre
La bataille commerciale entre Renault et Stellantis s’annonce féroce sur la deuxième moitié de l’année. D’un côté, Renault pourrait continuer à profiter de sa dynamique et du succès commercial de ses modèles hybrides. De l’autre, Stellantis devra réagir rapidement pour enrayer l’érosion de ses parts de marché, notamment en lançant de nouveaux modèles et en redynamisant ses marques secondaires (Fiat, DS, Opel…).
Conclusion : Renault revient dans la course, Stellantis sous pression
Le premier semestre 2025 marque une inflexion majeure sur le marché automobile français. Après des années de domination relative, Stellantis voit son avance s’effriter face à un Renault en pleine renaissance. Si la tendance se confirme, la guerre des parts de marché pourrait s’inverser durablement, sur fond de transition énergétique et d’évolution rapide des attentes des consommateurs.

















