Microsoft licencie 9 000 employés et leur suggère… d’utiliser l’IA pour retrouver un emploi

Dans un geste qui fait polémique, Microsoft a annoncé une nouvelle vague de 9 000 licenciements, touchant principalement ses équipes liées au cloud, aux ventes, et à la division IA grand public. Si ces réductions d’effectifs interviennent dans un contexte où l’entreprise affiche une santé financière éclatante, ce n’est pas tant leur ampleur que la manière dont elles ont été accompagnées qui choque aujourd’hui.

L’un des cadres dirigeants de la firme aurait, selon plusieurs témoignages internes, encouragé les salariés concernés à « utiliser des prompts » dans Copilot ou ChatGPT pour rédiger leurs CV, lettres de motivation ou préparer leurs entretiens. Une déclaration qui alimente un sentiment de cynisme croissant à l’égard des grandes entreprises technologiques.


Un paradoxe difficile à ignorer : licenciements massifs et profits records

Depuis le début de l’année 2023, Microsoft a supprimé près de 28 000 emplois, en comptant cette nouvelle vague. Pourtant, durant la même période, le groupe a engrangé plus de 200 milliards de dollars de bénéfices, porté par la croissance de ses activités cloud (Azure), la vente de licences logicielles, et surtout ses investissements massifs dans l’intelligence artificielle.

L’entreprise est aujourd’hui l’un des actionnaires clés d’OpenAI, intégrant les modèles GPT dans ses produits phares comme Microsoft 365, Teams et Copilot. En clair : l’IA rapporte gros à Microsoft, tout en contribuant à la suppression de postes humains.


Des conseils jugés déshumanisants

Le message du cadre Microsoft, relayé en interne via un mail de « soutien », invite les employés à s’aider de l’IA pour rebondir plus vite sur le marché du travail. Il conseille notamment :

  • D’utiliser des prompts pour générer des CV adaptés à chaque offre
  • De s’appuyer sur les modèles d’IA pour simuler des entretiens
  • De tirer parti de LinkedIn (appartenant à Microsoft) et de ses outils boostés à l’IA pour réseauter

Pour beaucoup, ces conseils semblent déconnectés de la réalité humaine du licenciement. Les réactions ne se sont pas fait attendre, certains salariés dénonçant une approche « robotique et froide » du départ, avec peu d’accompagnement personnalisé, et un remplacement des RH par des assistants automatisés.


L’IA comme outil de transition… ou d’exclusion ?

Cette situation relance un débat crucial : l’IA est-elle un levier d’émancipation ou d’exclusion ?

Microsoft présente son IA comme un assistant puissant capable d’aider chacun à aller plus vite, à mieux s’exprimer, à se réinventer. Mais dans un contexte où cette même IA contribue à automatiser des tâches jadis assurées par des humains, notamment dans les domaines de la vente, du marketing, du support ou même du développement logiciel, l’invitation à « s’en servir pour retrouver un emploi » prend un goût amer.


Des précédents dans la tech américaine

Microsoft n’est pas seule dans cette approche. D’autres entreprises comme Google, Meta, Amazon ou IBM ont également procédé à des vagues de licenciements tout en continuant à investir massivement dans l’IA générative. Certains experts estiment que nous assistons à une mutation du marché de l’emploi qualifié, où l’automatisation de la connaissance est désormais une réalité.

Selon une étude de McKinsey, jusqu’à 30 % des tâches de bureau pourraient être automatisées d’ici 2030, avec des conséquences majeures sur les métiers de la tech, de la finance, de la rédaction et du support client.


Conclusion : entre vision futuriste et malaise social

Le contraste est saisissant : alors que Microsoft se positionne comme le leader mondial de l’intelligence artificielle appliquée, elle réduit drastiquement ses effectifs humains. Le recours à des outils comme Copilot pour « faciliter le départ » des employés soulève des questions éthiques, économiques et sociales profondes.

Ce nouvel épisode s’ajoute à une série d’événements qui illustrent la tension entre progrès technologique et responsabilité sociale. Il est probable que les entreprises devront, dans les années à venir, repenser leur manière de communiquer, d’accompagner les transitions et d’humaniser leur gestion de l’innovation.

carle
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