C’est une étape que beaucoup d’acteurs européens de la tech n’ont pas encore franchie. Quobly, la deeptech française spécialisée dans les processeurs quantiques à base de silicium, vient de poser les fondations d’une véritable industrialisation de ses technologies. Avec l’ouverture de nouvelles installations à Grenoble, un partenariat stratégique avec STMicroelectronics et une feuille de route ambitieuse vers les 100 puis le million de qubits, Quobly incarne désormais l’avant-garde française du quantique industriel.
Et si le premier ordinateur quantique vraiment industriel et scalable naissait en France ?
Une ambition industrielle assumée : produire à grande échelle des puces quantiques en silicium
Avec l’inauguration de ses nouvelles installations au sein du bâtiment BHT3 à Grenoble début 2025, Quobly bascule d’une phase de prototypage à une vraie montée en puissance industrielle. Le nouveau site permet :
- 50 fois plus de capacités de traitement de wafers qu’en phase préindustrielle,
- une accélération par 10 des cycles de test,
- et un réduction par 3 du cycle de développement complet (conception > fabrication > validation).
Cette infrastructure ultra-moderne est dédiée à la fabrication de puces quantiques en silicium FD-SOI sur tranche 300 mm, avec des équipements partagés en lien avec l’écosystème local (CEA-Leti, STMicroelectronics, Soitec…).
Ce changement d’échelle permet à Quobly de viser la fabrication régulière de processeurs quantiques complets — condition essentielle pour passer du laboratoire à l’industrie.
STMicroelectronics entre dans la danse : un partenariat stratégique structurant
En décembre 2024, Quobly a annoncé un partenariat stratégique avec le géant franco-italien STMicroelectronics. Objectif : adapter les procédés industriels de ST (FD-SOI 28 nm) aux besoins de la technologie quantique de Quobly. Cette collaboration ouvre la voie à une production fiable et répétable de puces quantiques, et à terme à une compatibilité avec les standards de fabrication actuels de l’électronique classique.
Ce partenariat est une première en Europe : une startup quantique s’allie avec un poids lourd de la microélectronique pour co-développer l’ordinateur quantique industriel à base de silicium. Un modèle que les États-Unis expérimentent déjà via Intel et IBM, mais qui manquait encore en Europe.
La feuille de route commune vise :
- 100 qubits physiques opérationnels dès 2027,
- une montée progressive jusqu’à 1 million de qubits physiques à l’horizon 2031,
- et la mise en place d’une chaîne de production compatible avec les exigences du quantique tolérant aux fautes (fault-tolerant quantum computing).
Le pari technologique : les qubits silicium, un choix stratégique
Contrairement à d’autres approches quantiques (qubits supraconducteurs, photons, ions piégés), Quobly a choisi de miniaturiser le quantique dans une technologie bien connue : le silicium. Les avantages sont multiples :
- Compatibilité avec les fonderies existantes,
- densité de qubits élevée,
- consommation énergétique maîtrisée,
- intégration possible avec l’électronique classique.
Ces caractéristiques rendent le silicium particulièrement attractif pour l’industrialisation du quantique. Quobly travaille sur des qubits de type « spin » dans des boîtes quantiques (quantum dots), déjà validés expérimentalement avec des taux de fidélité supérieurs à 99 % et des temps de cohérence prometteurs.
La clé pour franchir le cap industriel réside désormais dans la capacité à fabriquer ces qubits à grande échelle, de manière reproductible, tout en intégrant les systèmes de contrôle classiques sur la même puce.
Une deeptech ancrée dans un écosystème d’excellence à Grenoble
L’installation de Quobly au BHT3, au cœur de la Presqu’île scientifique de Grenoble, n’est pas un hasard. L’entreprise bénéficie d’un écosystème unique en Europe, mêlant recherche publique de haut niveau (CEA-Leti, CNRS, Inria), industriels majeurs (ST, Soitec, Applied Materials) et accès à des infrastructures de classe mondiale comme les lignes de production 300 mm de ST ou le synchrotron ESRF.
Ce positionnement géographique permet à Quobly de bénéficier de cycles de développement ultra-rapides, grâce à une proximité physique et intellectuelle avec tous les acteurs de la chaîne de valeur.
Une ambition européenne face à la domination américaine et chinoise
Alors que les géants américains (Google, IBM, Intel) et chinois (Baidu, Alibaba, Origin Quantum) investissent des milliards dans leurs propres architectures, l’Europe cherche encore son champion du quantique industriel. Avec cette nouvelle étape, Quobly pourrait bien devenir ce champion, soutenu notamment par :
- le fonds Quantonation,
- Bpifrance via le Plan Quantique national,
- et des projets européens comme Horizon Europe et EuroHPC.
La souveraineté technologique en matière quantique est désormais un enjeu géopolitique majeur, tant les applications concernées touchent des domaines critiques : cryptographie, simulation chimique, optimisation industrielle, climat, intelligence artificielle…
En résumé : Quobly veut faire de la France un leader du quantique industriel mondial
| Objectif stratégique | État d’avancement |
|---|---|
| Fabrication industrielle | BHT3 opérationnel à Grenoble |
| Partenariat industriel | Co-développement avec STMicroelectronics |
| Architecture scalable | Qubits en silicium FD-SOI |
| Roadmap technologique | 100 qubits en 2027, 1M en 2031 |
| Souveraineté européenne | Soutien de l’État, BPI, Quantonation |
Conclusion : la France peut-elle devenir le berceau du quantique de demain ?
Avec sa technologie fondée sur le silicium, son ancrage industriel, et une roadmap claire vers le fault-tolerant, Quobly incarne une vision réaliste et ambitieuse du quantique industriel européen. Reste à franchir les prochaines étapes : valider un processeur 100 qubits, démontrer la correction d’erreurs, et convaincre les industriels que le quantique peut sortir du laboratoire et devenir un outil de production.
Mais une chose est certaine : la course est lancée, et Quobly n’est plus simplement un outsider — c’est désormais un acteur central de l’avenir quantique de l’Europe.

















