Il était une fois, dans une petite ville au rythme tranquille, un homme qui s’appelait Marc. Marc avait acheté son premier ordinateur portable au début des années 2010, un modèle qui, à l’époque, lui semblait être une véritable révolution : un écran lumineux, un clavier confortable, une batterie qui tenait plusieurs heures. Il s’en servait pour tout : écrire ses mails, gérer ses photos, écouter de la musique, travailler de temps en temps depuis chez lui. Ce compagnon fidèle avait vu défiler ses années d’étudiant, ses premiers emplois, puis sa vie de père de famille.
Mais voilà, en 2025, alors qu’il tentait simplement d’ouvrir son navigateur pour consulter ses relevés bancaires, l’ordinateur mettait de longues minutes à réagir. Les mises à jour de sécurité n’étaient plus disponibles, certains sites web refusaient même de s’ouvrir correctement, et la batterie ne tenait plus qu’une petite demi-heure. Pourtant, Marc ne voyait aucune raison de s’en débarrasser : il n’avait jamais été cassé, seulement ralenti par le poids des années.
Cette scène, banale et presque universelle, illustre une question qui touche chacun de nous : sommes-nous condamnés à toujours changer nos ordinateurs et nos smartphones ?
Le temps qui use, ou l’obsolescence technique
Le premier ennemi de Marc n’était pas le marketing ni la mode, mais bien le temps. La technologie avance à pas de géant. Chaque année, les processeurs deviennent plus rapides, les écrans plus définis, les logiciels plus puissants. Et si un appareil qui date de cinq ou six ans continue, en théorie, de fonctionner, il se retrouve vite dépassé par les exigences des applications modernes.
Marc se souvenait qu’au moment de l’achat, son portable ouvrait en un clin d’œil tous ses programmes. Aujourd’hui, il fallait attendre patiemment, regarder la petite roue tourner, accepter que tout prenne du temps. Le progrès, paradoxalement, avait transformé un outil autrefois performant en fardeau.
Et son smartphone ? Là encore, le constat était le même. Le téléphone qu’il avait acheté il y a quatre ans ne recevait plus de mises à jour logicielles. Certaines applications bancaires refusaient de fonctionner pour des raisons de sécurité. L’appareil photo, qui lui paraissait incroyable au moment de l’achat, donnait désormais des clichés ternes face aux nouveaux modèles vantés dans les publicités.
Ce phénomène porte un nom : l’obsolescence technique. Il ne s’agit pas de sabotage intentionnel, mais d’une conséquence inévitable de l’évolution technologique.
La frontière trouble avec l’obsolescence programmée
Marc, comme beaucoup de consommateurs, n’était pas dupe. Il avait souvent entendu parler d’« obsolescence programmée », cette idée selon laquelle les fabricants concevraient volontairement des produits voués à tomber en panne rapidement ou à devenir inutilisables pour pousser au renouvellement.
Son propre smartphone en était un exemple troublant. La batterie s’était fortement dégradée en seulement deux ans, et il s’était rendu compte que la remplacer relevait du parcours du combattant. L’appareil était collé, scellé, pensé pour décourager toute réparation maison. Le réparateur de quartier lui avait annoncé que la manœuvre coûterait presque autant qu’un modèle neuf d’entrée de gamme.
Le doute s’installait. Était-ce un hasard ? Ou une stratégie bien calculée pour inciter à racheter encore et encore ?
Quoi qu’il en soit, la conséquence était claire : les produits devenaient jetables, malgré leur prix élevé.
Le poids du marketing et du regard social
Mais au-delà des contraintes techniques et des batteries usées, il y avait aussi un autre facteur : le regard des autres.
Marc n’était pas obsédé par la mode, mais il constatait à quel point son entourage changeait de téléphone régulièrement. Ses collègues affichaient leurs nouveaux modèles aux écrans immenses et aux caméras multiples. Ses enfants réclamaient des smartphones plus récents pour ne pas être « à la traîne » à l’école.
Il se surprenait lui-même à envier, parfois, la fluidité des téléphones de ses amis. Les publicités, omniprésentes, finissaient par jouer sur ses émotions : « Prenez de plus belles photos », « Ne ratez pas l’avenir », « Passez au niveau supérieur ». Tout semblait conçu pour faire croire qu’un appareil vieux de trois ans était déjà une relique.
Ce n’était plus seulement une question de besoin, mais de désir et de pression sociale.
Réparer, prolonger, résister
Marc, pourtant, avait une autre philosophie. Avant de céder à la tentation du neuf, il aimait explorer des alternatives.
Il s’était renseigné sur le remplacement de batterie, sur l’installation de logiciels alternatifs comme Linux pour donner une seconde vie à son ordinateur. Il avait découvert le marché du reconditionné, où les smartphones étaient remis à neuf et vendus à des prix plus abordables.
Un jour, il tomba même sur l’exemple du Fairphone, un smartphone pensé pour être modulable et réparable. Il se dit alors que l’industrie pouvait fonctionner autrement, si seulement la demande des consommateurs allait dans ce sens.
Il réalisa que, derrière le rythme effréné de la consommation, il y avait un choix : celui de résister, de réparer, de conserver plus longtemps. Certes, ce choix demandait plus d’efforts et parfois un peu de sacrifices, mais il permettait de rompre le cercle infernal du renouvellement imposé.
Le coût caché de la nouveauté
Changer sans cesse d’appareils avait aussi un autre prix, plus invisible.
Marc lut un jour un article qui expliquait combien de ressources étaient nécessaires pour fabriquer un simple smartphone : des métaux rares extraits dans des conditions souvent dramatiques, des usines polluantes, une empreinte carbone énorme pour transporter chaque appareil d’un bout à l’autre du globe.
À ce moment, il comprit que chaque changement n’était pas seulement une question de portefeuille, mais aussi de planète.
Son vieil ordinateur, aussi lent soit-il, avait au moins le mérite d’exister déjà. Le garder, le réparer, c’était aussi un geste écologique.
Vers un futur différent ?
En discutant avec ses amis, Marc entendait de plus en plus souvent parler du droit à la réparation. L’Union européenne commençait à imposer aux constructeurs de rendre leurs produits plus durables et réparables. De nouveaux acteurs, comme Framework pour les ordinateurs portables, émergeaient avec l’idée de créer des machines modulaires, que l’on pouvait faire évoluer pièce par pièce.
Marc voyait là un espoir. Peut-être que ses enfants, lorsqu’ils deviendraient adultes, n’auraient plus besoin de jeter un appareil entier pour un simple problème de batterie. Peut-être qu’ils pourraient acheter un smartphone qu’ils garderaient dix ans, en changeant seulement quelques composants.
La conclusion de Marc
Un soir, en fermant son ordinateur fatigué, Marc se dit que la réponse à la question n’était pas si simple. Sommes-nous condamnés à toujours changer ?
En réalité, ce n’était pas une condamnation, mais un choix collectif. L’industrie pousse, le marketing influence, les logiciels exigent toujours plus. Mais en face, il existe des alternatives, des résistances, des innovations qui montrent une autre voie.
Marc ne se sentait pas obligé de céder à chaque fois. Il pouvait décider de garder plus longtemps, de réparer, de s’équiper différemment. Et il savait que si davantage de gens faisaient le même choix, l’industrie finirait par s’adapter.
Ce n’était pas une fatalité, mais une lutte de chaque instant, entre le confort de la nouveauté et la sagesse de la durabilité.
Et peut-être que, dans quelques années, ses enfants raconteront à leur tour une histoire similaire, en se souvenant de cette époque où l’on changeait de téléphone tous les deux ans, comme si c’était la norme.
















