Shein face à la loi anti-fast fashion : entre lobbying occulte et pression politique

Alors que la France tente de réguler l’impact environnemental de l’industrie textile, une tempête politique et médiatique s’abat sur le géant chinois Shein. Accusée d’avoir manœuvré en coulisses pour affaiblir la future loi anti-fast fashion, la marque est dans le viseur des associations, des politiques, et bientôt, peut-être, de la justice.


Une loi ambitieuse… vidée de sa substance ?

Adoptée à l’unanimité par l’Assemblée nationale en mars 2024, la proposition de loi contre la fast fashion entendait frapper fort :

  • un malus environnemental de plusieurs euros par vêtement,
  • l’interdiction de la publicité pour les articles à bas coût,
  • une limitation de l’impact carbone par entreprise.

Mais au moment de son passage au Sénat, les défenseurs du texte tirent la sonnette d’alarme : le projet aurait été vidé de ses principales dispositions. Selon Les Amis de la Terre, l’affaiblissement du texte serait directement lié aux pressions exercées par Shein en coulisses.


Lobbying non déclaré et réseaux politiques

Le cœur de l’affaire ? Des actions de lobbying non déclarées menées par Shein pour influencer le contenu final de la loi. La marque aurait :

  • fait appel à Christophe Castaner, ancien ministre de l’Intérieur devenu lobbyiste,
  • approché plusieurs parlementaires sans inscrire ses démarches au registre de la Haute Autorité pour la transparence de la vie publique (HATVP),
  • cherché à délégitimer les ONG écologistes dans ses argumentaires.

Le tout sans en informer officiellement les institutions. Les Amis de la Terre ont d’ailleurs déposé un signalement à la HATVP pour que ces pratiques soient formellement examinées.


La stratégie européenne de Shein

Au-delà de la France, Shein a mis en place une stratégie de défense à l’échelle européenne, embauchant l’ex-commissaire européen Günther Oettinger pour défendre ses intérêts à Bruxelles. Elle cherche notamment à contrer les initiatives de l’UE visant à imposer des standards environnementaux et de traçabilité aux vêtements importés.

Pour verdir son image, Shein multiplie les promesses :

  • 15 millions d’euros investis dans l’amélioration des conditions de travail chez ses fournisseurs,
  • des audits « indépendants » (souvent contestés),
  • un objectif de 31 % de polyester recyclé d’ici 2030.

Mais pour beaucoup, cela ressemble davantage à une opération de communication qu’à un réel tournant écologique.


Une méthode qui inquiète les institutions

Le cas Shein pose une question cruciale : peut-on encore légiférer librement face à des multinationales capables d’orienter le débat législatif ? La pression économique, l’influence politique, et l’absence de transparence sont ici réunies dans un cocktail explosif.

Le Sénat est désormais sous surveillance. Plusieurs sénateurs de gauche comme de droite dénoncent des tentatives d’influence inacceptables. Et dans les couloirs de la République, certains évoquent déjà une réécriture du texte à l’Assemblée pour rétablir son esprit initial.


Une bataille décisive pour l’avenir de la mode éthique

Ce bras de fer dépasse la seule marque Shein. Il incarne une lutte plus large entre industrie mondialisée et transition écologique. Le textile est l’un des secteurs les plus polluants au monde, et la fast fashion repose sur un modèle économique basé sur la surproduction, l’exploitation, et le gaspillage.

La loi française, même amoindrie, pourrait devenir un précédent pour d’autres pays européens. C’est précisément ce que Shein redoute, elle qui prépare son introduction en bourse et ne veut pas d’un cadre trop contraignant pour ses marges.


Shein ne se contente plus d’inonder les réseaux sociaux de ses vêtements bon marché : la marque tente aussi de peser sur les lois qui pourraient la freiner. Si les accusations portées par les ONG se confirment, elles pourraient marquer un tournant dans la façon dont la France encadre le lobbying étranger. En attendant, la loi fast fashion arrive devant le Sénat… et l’opinion publique reste, elle, en alerte.

carle
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