BDR Thermea délocalise en Turquie et en Slovaquie : colère et écœurement chez les salariés français

C’est un sentiment de trahison qui domine chez les salariés du groupe BDR Thermea. Malgré des années de concessions — reports de primes, travail les samedis, flexibilité sur les horaires — les employés français du fabricant de pompes à chaleur apprennent que leur usine va progressivement cesser ses activités, au profit de sites implantés en Turquie et en Slovaquie.

« On avait accepté de repousser des primes, de travailler le samedi, pour sauver l’emploi ici. Et au final, c’est nous qu’on sacrifie », confie un ouvrier en poste depuis 17 ans sur le site de Mertzwiller (Bas-Rhin), l’un des plus emblématiques du groupe en France.

Une décision aux allures de coup de massue

Le groupe BDR Thermea, qui regroupe des marques comme De Dietrich, Chappée ou Brötje, a justifié cette décision par des impératifs de compétitivité, invoquant des coûts de production trop élevés en France. Mais pour les syndicats, cette justification ne tient pas : l’entreprise affiche de solides résultats financiers et bénéficie même de subventions publiques dans le cadre de la transition énergétique.

« On nous parle de transition verte, de souveraineté industrielle, et dans le même temps on laisse partir une production stratégique vers des pays à bas coût », dénonce un représentant de la CFDT.

Les salariés dénoncent un double discours

BDR Thermea avait pourtant multiplié les signaux rassurants au cours des dernières années. Plusieurs plans d’investissement avaient été annoncés pour moderniser les lignes de production, et les salariés avaient été appelés à faire des efforts importants pour préserver la compétitivité du site.

« Ce qu’on vit, c’est un mépris total. On nous a menti. Ils ont profité de notre engagement pour gagner du temps avant d’activer leur plan de délocalisation », s’indigne une technicienne de maintenance.

Une perte de savoir-faire industriel ?

La délocalisation d’une partie de la production vers la Turquie et la Slovaquie interroge également sur le maintien d’un savoir-faire industriel stratégique en France. Alors que le pays cherche à relocaliser certaines filières, la filière des pompes à chaleur — en plein essor avec les enjeux de transition énergétique — semble suivre le chemin inverse.

Selon des experts du secteur, cette décision pourrait avoir un impact à long terme sur la capacité française à maîtriser sa production énergétique propre, en pleine période de tension sur les prix et d’objectifs climatiques ambitieux.

Un avenir incertain

À ce jour, aucune solution concrète n’a été proposée aux salariés concernés. La direction évoque un « plan d’accompagnement social », mais les syndicats redoutent un plan social sec.

Des mobilisations locales sont en préparation, et des élus locaux commencent à interpeller le gouvernement. La ministre de l’Industrie a été saisie du dossier. Pour les salariés, l’espoir réside désormais dans une réaction politique à la hauteur des enjeux : maintenir l’emploi, la production et l’expertise en France.

carle
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