Après plusieurs trimestres difficiles marqués par la désaffection des consommateurs et la montée en puissance des formats plus compacts, les hypermarchés Carrefour enregistrent un léger retour à la croissance en France au deuxième trimestre 2025. Cette évolution positive, bien que modeste, s’inscrit dans un contexte de reprise progressive de la consommation et de stabilisation de l’inflation alimentaire. Elle pourrait marquer un tournant pour le distributeur français qui cherche à relancer l’attractivité de ses grandes surfaces tout en poursuivant sa transformation digitale et stratégique.
Une croissance organique de +0,6 % : un signal encourageant
Carrefour a dévoilé le 23 juillet 2025 ses résultats financiers pour le deuxième trimestre de l’année. En France, le chiffre d’affaires des hypermarchés progresse de +0,6 % en données comparables, après avoir stagné voire décliné sur plusieurs périodes précédentes.
Ce léger rebond est interprété comme un signe de résilience, dans un contexte où les consommateurs restent prudents dans leurs dépenses. Plusieurs éléments expliquent cette progression :
- Ralentissement de l’inflation alimentaire, qui apaise la pression sur les prix et permet un regain de fréquentation.
- Efforts promotionnels renforcés pour attirer les ménages sensibles au pouvoir d’achat.
- Amélioration de l’offre produits frais et non-alimentaire, un des axes stratégiques de reconquête initiés par le PDG Alexandre Bompard.
Une performance contrastée selon les formats
Malgré ce sursaut des hypermarchés, la dynamique reste globalement contrastée au sein des différents formats de Carrefour :
- Les supermarchés et formats de proximité continuent de mieux performer, surfant sur la tendance structurelle du commerce de quartier et de la consommation locale.
- Le drive et le e-commerce alimentaire, bien qu’en léger ralentissement post-Covid, restent solides et bénéficient d’investissements continus en logistique et expérience client.
- L’activité non-alimentaire, longtemps en retrait, bénéficie d’une légère reprise, notamment grâce aux campagnes ciblées dans les rayons textile et électronique.
Une conjoncture qui reste incertaine
Carrefour évolue toujours dans un environnement économique délicat :
- Le pouvoir d’achat des ménages reste sous pression malgré la baisse de l’inflation. Les arbitrages en faveur de produits premiers prix ou MDD (marques de distributeur) se poursuivent.
- La concurrence des enseignes discount comme Lidl ou Aldi reste intense.
- Le coût de l’énergie et de la chaîne logistique pèse sur les marges.
- Les tensions sociales en interne autour des fermetures de magasins non rentables ajoutent un climat d’incertitude.
Malgré tout, Carrefour semble trouver un début de stabilisation dans ses activités cœur de métier.
Une stratégie « Carrefour 2026 » qui commence à porter ses fruits ?
Le plan stratégique « Carrefour 2026 » lancé par Alexandre Bompard vise notamment à :
- Réduire l’empreinte immobilière des hypermarchés, en redéfinissant les usages de certains espaces.
- Accélérer sur le digital avec des services omnicanaux et une présence accrue sur le e-commerce alimentaire.
- Développer les alliances internationales d’achats pour renforcer la compétitivité prix.
- Miser sur les produits locaux, bio et sur l’approvisionnement durable pour répondre aux attentes RSE des consommateurs.
Les premiers effets de ce plan semblent visibles, notamment dans l’amélioration de la satisfaction client et le redressement progressif de la fréquentation en magasin.
Performance globale du groupe : l’international tire les résultats
À l’échelle du groupe, Carrefour affiche une croissance globale du chiffre d’affaires de +3,2 % en organique au T2 2025. Ce dynamisme est largement porté par les performances à l’international, notamment :
- En Amérique latine, où le Brésil et l’Argentine affichent une croissance soutenue malgré les tensions monétaires.
- En Espagne et en Pologne, Carrefour tire profit de son positionnement prix agressif et d’une offre adaptée.
- Les résultats en Italie restent plus mitigés, affectés par la concurrence locale et les hausses de coûts logistiques.
Bilan et perspectives
La légère embellie des hypermarchés en France au deuxième trimestre ne marque pas une révolution, mais elle montre que le format, souvent jugé obsolète, peut encore séduire, à condition de s’adapter.
Carrefour devra confirmer cette tendance dans les trimestres à venir, en continuant d’ajuster son modèle aux nouvelles attentes des consommateurs : praticité, prix bas, digitalisation, et responsabilité environnementale.
Pour les investisseurs, cette stabilisation pourrait redonner confiance, même si le titre reste sensible à de nombreuses variables macroéconomiques. Pour Carrefour, la bataille pour rester un acteur majeur du commerce de demain est loin d’être terminée.

















