Crise sociale en vue au Club Med : les syndicats tirent la sonnette d’alarme après le départ d’Henri Giscard d’Estaing

Le départ surprise d’Henri Giscard d’Estaing, président emblématique du Club Med depuis plus de 20 ans, a provoqué une onde de choc dans le secteur du tourisme… mais surtout au sein même de l’entreprise. Alors que les grandes lignes stratégiques semblent maintenues par la maison mère Fosun, les syndicats du Club Med s’alarment de conditions de travail dégradées, d’une perte de vision à long terme et d’un climat social en nette détérioration.

Un départ symbolique à un moment charnière

Henri Giscard d’Estaing, fils de l’ancien président de la République, incarnait depuis 2002 le renouveau d’un Club Med autrefois moribond. Sous sa direction, l’entreprise a radicalement changé de cap, ciblant une clientèle plus haut de gamme, tout en développant ses resorts à l’international, notamment en Asie.

Mais ce départ annoncé à l’été 2025 intervient dans un contexte particulier : la sortie de crise post-Covid, l’évolution des attentes des voyageurs, et les pressions croissantes du groupe chinois Fosun, propriétaire du Club Med depuis 2015. Si son successeur, Matthias Sutter, a été désigné pour assurer la transition, les représentants du personnel redoutent un changement de gouvernance davantage tourné vers la rentabilité immédiate que vers l’humain.


Une colère sourde qui monte dans les villages

« Henri Giscard d’Estaing n’était pas parfait, mais il avait une vision, un attachement à la culture Club Med, à la notion de G.O (Gentils Organisateurs), à l’expérience humaine… On a peur de perdre ça », confie un représentant syndical CGT.

Selon plusieurs syndicats, les remontées de terrain sont préoccupantes. Horaires à rallonge, pression sur la productivité, burn-out chez les saisonniers, suppressions de postes au siège, et une course effrénée à la performance commerciale : autant de signaux qui inquiètent.

Dans certains villages, les G.O travailleraient jusqu’à 60 heures par semaine, pour des salaires à peine supérieurs au SMIC, souvent logés en dortoirs, avec des pauses réduites. Le rêve de la « famille Club » s’estompe.


Le modèle Fosun dans le viseur

Depuis le rachat par Fosun, le Club Med s’est transformé en marque « premium internationale », avec une forte implantation en Chine et un accent mis sur la croissance. Si les investissements dans de nouveaux villages (au Canada, au Japon, en Afrique) continuent, la pression exercée sur les coûts de main-d’œuvre devient insoutenable selon les syndicats.

Certains craignent même un glissement du modèle Club Med vers une gestion plus impersonnelle, à la manière des grands groupes hôteliers asiatiques, où l’expérience client prime mais où les conditions de travail du personnel sont souvent mises de côté.


La gestion sociale sous tension

Les syndicats évoquent un dialogue social « de façade ». « Nous ne sommes pas écoutés, les réunions avec la direction sont creuses, on nous parle d’image, de branding, de luxe… mais jamais du quotidien des G.O et G.E (Gentils Employés) », résume une porte-parole CFDT.

Un préavis de grève est même envisagé pour la rentrée de septembre 2025, dans les villages français mais aussi dans les services supports. Une première depuis plusieurs années.


Des inquiétudes sur l’avenir du siège parisien

Autre sujet de tension : le sort du siège social du Club Med à Paris. Plusieurs services (RH, communication, informatique) ont déjà été partiellement transférés à Shanghai ou externalisés. Le départ d’Henri Giscard d’Estaing, qui faisait figure de « rempart » à ces délocalisations, pourrait accélérer le processus.

Les syndicats redoutent un démantèlement progressif du pôle décisionnel en France, avec un Club Med qui deviendrait une simple « marque » parmi d’autres dans le portefeuille de Fosun, sans autonomie réelle.


Une mobilisation en préparation

Les représentants syndicaux prévoient d’interpeller le ministère du Travail ainsi que les parlementaires. Objectif : faire pression sur Fosun pour qu’une charte sociale soit mise en place, garantissant des conditions de travail dignes, un dialogue renforcé et le maintien d’un ancrage français dans la gouvernance.

« Ce n’est pas juste une entreprise qui change de patron, c’est tout un modèle qui est en train de basculer », résume un ancien cadre du Club Med.


Conclusion : une page se tourne… mais à quel prix ?

Le départ d’Henri Giscard d’Estaing marque indéniablement la fin d’une ère pour le Club Med. Si le groupe reste en croissance et affiche des résultats solides, le malaise social grandissant pourrait bien ternir cette réussite économique. La balle est désormais dans le camp de la nouvelle direction, qui devra prouver que le Club Med peut rester une marque iconique… sans oublier celles et ceux qui la font vivre chaque jour.

carle
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