EDF, le géant français de l’électricité, a officiellement mis un terme à un projet particulièrement controversé : la construction d’une centrale hydroélectrique au cœur du désert saoudien, dans le cadre pharaonique de la ville futuriste Neom. Ce retrait marque un tournant stratégique majeur pour l’entreprise, et met en lumière les limites de l’exportation à tout prix du savoir-faire énergétique français, surtout dans des contextes géopolitiques et environnementaux aussi sensibles.
Un projet hors-norme aux allures de science-fiction
Ce projet, appelé officieusement « STEP Neom », visait à créer une station de transfert d’énergie par pompage (STEP) dans une région désertique totalement artificialisée, censée devenir l’épicentre du futur saoudien : Neom. La STEP devait stocker l’énergie solaire et éolienne de jour en pompant de l’eau dans des réservoirs en altitude, pour la turbiner la nuit en période de demande.
Mais dès ses premiers pas, le projet a attisé les critiques :
- Infrastructures massives à construire dans un environnement aride.
- Utilisation de l’eau dessalée par pompage longue distance (plus de 150 km depuis la mer Rouge).
- Impact environnemental potentiellement désastreux dans une zone désertique vierge.
- Et surtout : utilisation des ressources énergétiques pour un tourisme ultra-luxueux, et non pour les besoins fondamentaux des populations.
⚠️ Tensions internes : un rejet massif de la part des salariés
L’une des raisons majeures de l’abandon réside dans une fronde silencieuse, mais puissante, à l’intérieur même d’EDF. Plusieurs syndicats, notamment FO, ont tiré la sonnette d’alarme dès 2022 via un signalement éthique.
Une consultation interne menée par le Centre d’ingénierie hydraulique a révélé un malaise profond :
- 78 % des ingénieurs ont estimé que ce projet allait à l’encontre des valeurs de l’entreprise.
- 73 % considéraient que l’installation bénéficierait davantage aux intérêts touristiques du régime saoudien qu’à la population.
Un salarié témoigne anonymement :
« On nous a présenté ce chantier comme une opportunité technologique. Mais en interne, tout le monde savait que ça n’avait aucun sens écologique. »
D’autres évoquent une ambiance pesante :
« Refuser de travailler sur le projet, c’était se griller. On vous faisait comprendre que vous n’étiez pas « coopératif ». »
🌐 Les critiques externes : écocide, aberration, incohérence stratégique
L’affaire a également choqué en dehors des murs d’EDF. Sur les réseaux sociaux et dans certains cercles scientifiques, la STEP de Neom a été qualifiée d’écocide maquillé en innovation. Des voix s’élèvent :
- Des urbanistes et climatologues dénoncent l’incongruité d’un barrage au milieu du désert.
- Des militants des droits humains rappellent que la ville de Neom a été construite au prix d’expropriations et d’arrestations massives de Bédouins.
- Des spécialistes en transition énergétique fustigent l’incohérence : prôner la sobriété énergétique en France et promouvoir un gaspillage énergétique géant à l’étranger.
Un ingénieur déclare :
« EDF ne peut pas se présenter comme champion du climat et construire une machine à ski en plein désert. »
💰 Un retrait aussi stratégique que politique
En mettant fin au projet, EDF cherche à :
- Éteindre la contestation interne et restaurer un climat de confiance.
- Préserver son image publique de champion de la transition énergétique et de la sobriété.
- Réaffirmer ses priorités internationales, en se concentrant sur les projets renouvelables vraiment utiles.
Désormais, l’entreprise réoriente ses efforts vers deux projets solaires majeurs en Arabie saoudite, jugés plus cohérents avec son savoir-faire et ses engagements climatiques.
Une erreur de pilotage industriel ?
L’affaire pose une question plus large : comment un géant aussi structuré qu’EDF a-t-il pu investir autant de ressources dans un projet aussi controversé ?
Plusieurs analystes évoquent une forme d’aveuglement stratégique, encouragée par la perspective de contrats pharaoniques et le prestige d’un partenariat avec la monarchie saoudienne.
Un cadre d’EDF confie :
« L’idée n’était pas absurde d’un point de vue technique. Mais personne n’a voulu voir que c’était un non-sens stratégique, social, politique et climatique. »
🧭 Quelles leçons pour EDF et la filière énergétique française ?
Cette décision de retrait est saluée par de nombreux observateurs comme un acte de lucidité tardif mais nécessaire. Elle rappelle plusieurs enseignements :
- Le devoir de vigilance éthique n’est pas accessoire, surtout à l’étranger.
- L’adhésion des salariés est indispensable dans tout projet d’envergure.
- La transition énergétique ne peut être crédible que si elle respecte les principes qu’elle promeut : utilité sociale, durabilité environnementale, transparence.
une page tournée dans la douleur, mais avec lucidité
En renonçant à construire une centrale hydroélectrique dans le désert de Neom, EDF évite un désastre d’image et marque une volonté de retour à une forme de cohérence stratégique et écologique. Ce revirement montre aussi la capacité de l’entreprise à s’adapter aux alertes internes et aux signaux faibles.
Mais il pose aussi une question cruciale pour l’avenir : jusqu’où les géants de l’énergie sont-ils prêts à aller pour décrocher des marchés internationaux, même les plus discutables ?

















