Google sur les produits Apple : la fin d’une alliance stratégique est-elle proche ?

Pendant des années, Google a été le moteur de recherche par défaut sur Safari, la messagerie Gmail a été omniprésente sur iPhone, et les utilisateurs d’iOS n’avaient presque pas à se poser de questions : l’écosystème Apple intégrait naturellement les services Google. Mais depuis plusieurs mois, une combinaison de facteurs juridiques, technologiques et économiques fait naître une question sérieuse : Google est-il en train de perdre sa place sur les appareils Apple ?


1. Une alliance de façade, mais un contrat colossal

Depuis plus de dix ans, Google paie chaque année des sommes astronomiques à Apple pour rester le moteur de recherche par défaut dans le navigateur Safari. Selon les révélations du procès antitrust américain, ce montant aurait atteint entre 18 et 20 milliards de dollars par an ces dernières années.

Ce contrat profite aux deux géants :

  • Google capte ainsi plus de 40 % du trafic mobile mondial de recherche.
  • Apple récolte une rente financière massive, sans avoir à gérer de moteur de recherche.

Cependant, cette alliance n’est pas basée sur une réelle coopération technologique. Apple et Google sont concurrents sur de nombreux fronts : la publicité, les services cloud, les cartes, les assistants vocaux, et plus récemment, l’intelligence artificielle.


2. Le procès antitrust contre Google menace l’accord avec Apple

Aux États-Unis, le Department of Justice (DoJ) a attaqué Google pour abus de position dominante. L’un des éléments centraux du procès : les accords exclusifs avec Apple, accusés de verrouiller le marché et d’empêcher l’émergence de moteurs de recherche alternatifs comme DuckDuckGo ou Bing.

Le procès a révélé que :

  • Apple avait refusé à plusieurs reprises de proposer un écran de choix de moteur de recherche.
  • Google versait des montants croissants pour « garder sa place » et éviter que ses concurrents ne prennent pied sur iOS.

Une décision définitive est attendue pour 2025–2026. Si le juge décide que Google a agi illégalement, il pourrait ordonner la fin de ces accords ou imposer à Apple d’intégrer un écran de choix au démarrage de Safari, comme cela existe déjà sur Android en Europe.


3. Apple prépare-t-elle son propre moteur de recherche ?

Depuis au moins 2018, Apple mène en secret un projet de développement d’un moteur de recherche maison, souvent surnommé « Apple Search » par les observateurs.

Les signes sont clairs :

  • Apple a recruté des anciens de Google Search et Bing.
  • Elle exploite depuis plusieurs années un crawler nommé Applebot, qui indexe déjà les sites pour alimenter Spotlight et Siri.
  • Elle a progressivement amélioré Spotlight sur macOS et iOS pour proposer des résultats enrichis, parfois sans passer par Safari ni Google.

Toutefois, développer un moteur de recherche grand public concurrent de Google est un projet colossal, nécessitant :

  • Une indexation massive du web,
  • Des algorithmes de pertinence sophistiqués,
  • Une infrastructure de serveurs planétaire.

C’est pourquoi, pour l’instant, Apple privilégie une autre voie : l’intelligence artificielle.


4. L’intelligence artificielle rebâtit les usages

Avec l’annonce d’Apple Intelligence en juin 2025, la firme de Cupertino a clairement montré sa volonté de réduire sa dépendance à Google. Désormais, les requêtes vocales, les questions de l’utilisateur à Siri ou dans Safari pourront être traitées par :

  • ChatGPT (via OpenAI), pour les utilisateurs qui l’activent manuellement,
  • Gemini (Google), optionnel également,
  • Perplexity AI, en cours de négociation.

Apple ne favorise plus un seul moteur, mais multiplie les options. Le moteur de recherche classique devient une brique parmi d’autres, et non plus l’unique porte d’entrée vers l’information.


5. L’Europe et le Royaume-Uni imposent déjà le changement

Le Royaume-Uni, par l’intermédiaire de son régulateur (CMA), a annoncé en juin 2025 vouloir imposer à Google un écran de choix du moteur de recherche sur tous les appareils Apple et Android à partir de 2026. Ce changement ferait disparaître la présence exclusive de Google.

De même, en Europe, la loi sur les marchés numériques (DMA) oblige déjà les entreprises dominantes à permettre aux utilisateurs de changer facilement de moteur et interdit certains accords d’exclusivité.

Si ces règles se généralisent dans le monde (États-Unis, Canada, Asie), la position dominante de Google pourrait fortement reculer sur iOS.


6. Ce que cela change pour vous, utilisateur

Aujourd’huiBientôt ?
Google est le moteur de recherche par défautUn écran de choix au premier lancement
Siri renvoie souvent vers GoogleSiri utilisera ChatGPT, Perplexity ou Apple Intelligence
Gmail et Google Maps restent populairesApple pousse Mail, Plans, Safari, et des outils IA natifs
Apple perçoit des milliards de GoogleUne perte compensée par ses propres services IA et pub ?

Il ne s’agit donc pas d’une suppression immédiate de Google, mais d’une transformation en profondeur de sa visibilité et de son accès direct sur iOS et macOS.


Conclusion : Google restera… mais sans privilège

Google ne disparaîtra pas du jour au lendemain des appareils Apple. Mais son statut de moteur par défaut, de partenaire privilégié et de premier réflexe pour la recherche d’informations est en train de s’éroder.

Entre la pression juridique, la stratégie IA d’Apple, l’arrivée de moteurs alternatifs (Perplexity, ChatGPT) et la volonté croissante d’indépendance, tout semble indiquer que le règne de Google sur l’iPhone touche à sa fin.

carle
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