« Ils ont vidé nos comptes » : la cryptoarnaque CBEX fait des ravages en Afrique, des milliers d’épargnants ruinés par une plateforme frauduleuse

Une vague de désespoir déferle depuis plusieurs semaines dans plusieurs pays d’Afrique francophone, où des milliers de personnes affirment avoir été victimes d’une arnaque d’envergure autour de la plateforme CBEX, une supposée place de marché crypto promettant des rendements hors du commun. Derrière cette promesse de richesse rapide se cache ce que les victimes qualifient désormais de « cauchemar financier », certains ayant perdu jusqu’à leurs dernières économies.


CBEX : une plateforme aux promesses trop belles pour être vraies

CBEX, qui se présentait comme une plateforme de trading spécialisée dans les cryptoactifs, s’est implantée très rapidement dans plusieurs pays comme le Cameroun, la Côte d’Ivoire, le Bénin, le Togo, la RDC et le Sénégal, en attirant des dizaines de milliers d’épargnants avec une promesse simple : multiplier son argent grâce à des investissements en cryptomonnaies prétendument automatisés et sans risque.

Les utilisateurs étaient incités à investir via une application ou un site web en apparence bien construit, avec des graphiques, des performances flatteuses et des gains simulés visibles en temps réel. Le bouche-à-oreille, les groupes WhatsApp, les influenceurs locaux et des « coachs crypto » ont contribué à la viralité du système.

« On m’a dit que je pouvais doubler mon capital en un mois, que tout était sécurisé par la blockchain. J’ai investi 2 millions de francs CFA… aujourd’hui, tout a disparu. » — témoignage d’un jeune entrepreneur ivoirien.


Le piège se referme : retraits bloqués, site inaccessible

Après plusieurs semaines de fonctionnement et de paiements partiels pour rassurer les premiers investisseurs, les retraits ont progressivement été bloqués, les délais se sont allongés, et la plateforme a commencé à afficher des messages d’erreurs. Dans de nombreux cas, les fonds ont tout simplement disparu du portefeuille des utilisateurs, sans explication ni support client.

Depuis fin juin 2025, le site de CBEX est devenu inaccessible dans plusieurs pays. Les groupes Telegram ou WhatsApp animés par les supposés « formateurs » ont été supprimés, et les administrateurs ont coupé tout contact.


Une organisation suspectée d’escroquerie pyramidale

Pour les experts en cybersécurité et en finance, les indices d’une fraude de type Ponzi sont flagrants : rendements fixes garantis, forte incitation à parrainer de nouveaux membres, absence de transparence sur la provenance des gains, impossibilité de tracer les fonds. Il s’agirait selon eux d’un système frauduleux international, déguisé sous une façade technologique et crypto, mais reposant en réalité sur l’argent des nouveaux entrants pour payer les anciens, jusqu’à l’effondrement final.

Le mode opératoire rappelle fortement d’autres arnaques du passé comme MTI (Mirror Trading International) ou Trust Investing, qui avaient également ciblé massivement les populations africaines.


Des vies brisées, des économies évaporées

Les témoignages affluent depuis plusieurs pays. Certains ont investi leurs fonds de retraite, d’autres ont vendu leurs biens ou contracté des emprunts pour miser sur CBEX, convaincus par des vidéos de prétendus coachs crypto ou de bénéficiaires exhibant des captures d’écran de « gains ». Beaucoup n’avaient aucune connaissance des cryptoactifs, mais ont été séduits par les discours de « réussite rapide » et « d’indépendance financière ».

« Mon frère a mis l’argent destiné à ses frais de scolarité. Il n’a plus rien. Il ne dort plus. » — témoignage recueilli à Cotonou.


Silence radio des autorités… pour l’instant

Dans plusieurs pays, les victimes commencent à se regrouper pour porter plainte collectivement, mais les autorités financières tardent à réagir officiellement. Il faut dire que ces plateformes ne sont souvent pas enregistrées localement, échappent à toute régulation, et s’abritent derrière des serveurs étrangers ou des identités fictives.

Des appels à la vigilance ont toutefois été lancés par certaines agences nationales comme la COBAC (Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale) ou la BRVM (Bourse régionale des valeurs mobilières), qui dénoncent la prolifération d’arnaques aux cryptoactifs non régulés.


Les cryptoactifs, eldorado ou far west pour l’Afrique francophone ?

L’Afrique subsaharienne est aujourd’hui l’un des terrains de jeu privilégiés des escroqueries numériques, en particulier dans le domaine des cryptomonnaies. Faute de cadres réglementaires clairs, d’éducation financière suffisante et d’une présence institutionnelle forte, des millions d’internautes deviennent des proies idéales pour des systèmes frauduleux déguisés en opportunités technologiques.


Conclusion

L’affaire CBEX est un nouvel exemple douloureux des risques liés aux plateformes non vérifiées dans l’univers des cryptoactifs. Elle souligne l’urgence pour les États africains de :

  • Renforcer les régulations et contrôles,
  • Lancer des campagnes de sensibilisation massive,
  • Et surtout, protéger les citoyens contre des arnaques qui exploitent à la fois la naïveté, le manque d’information et le rêve d’un avenir meilleur.
carle
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