À l’aube de cette rentrée 2025, la France se prépare à un mois de septembre qui s’annonce électrique. Entre appels au blocage total, mouvements sectoriels, revendications salariales et contestations politiques, le pays pourrait connaître un automne social précoce, avec des conséquences visibles dans les transports, l’éducation, la santé, mais aussi dans des secteurs moins attendus comme la chimie, le commerce ou les pharmacies.
La date du 10 septembre s’impose déjà comme un marqueur majeur, suivie de près par le 18 septembre, journée interprofessionnelle portée par l’intersyndicale. En toile de fond, un climat social tendu, nourri par la hausse des prix, la réforme des retraites toujours contestée par certains corps de métier, et le sentiment, chez de nombreux travailleurs, que leurs préoccupations sont reléguées au second plan.
Un contexte de rentrée déjà sous tension
La rentrée 2025 ne partait déjà pas sous les meilleurs auspices. Dans les écoles, les syndicats enseignants alertaient dès fin août sur des postes vacants, des classes surchargées et une absence de moyens matériels suffisants. Dans les hôpitaux, les services d’urgence fonctionnent au ralenti, certains ayant dû fermer des lits faute de personnel. Les usagers des transports, eux, craignaient un automne de galères, avec des préavis de grève déjà déposés dans le ferroviaire et l’aérien.
« On a l’impression que tous les problèmes s’accumulent en même temps », confie Marc, cheminot depuis 17 ans. « Entre les salaires qui stagnent, les conditions de travail qui se dégradent et les services publics qui reculent, il y a de quoi être en colère. »
C’est dans ce climat que s’inscrit un calendrier de mobilisations bien rempli, qui commence bien avant le fameux 10 septembre.
29 août : une prérentrée enseignante militante
Traditionnellement, la prérentrée est un moment réservé aux réunions pédagogiques, à l’organisation des classes et à la préparation de l’année scolaire. Mais cette année, plusieurs syndicats, notamment le SNES-FSU, ont choisi d’y intégrer un volet revendicatif.
Des assemblées générales ont été organisées dès le 29 août pour dresser un état des lieux des besoins : enseignants non remplacés, baisse des dotations horaires, et inquiétudes sur la réforme du lycée professionnel.
« Nous voulons que la rentrée soit visible comme un acte politique », explique Julie, professeure de lettres dans l’Essonne. « On ne peut pas continuer à faire comme si tout allait bien alors que nos établissements sont au bord de la rupture. »
Cette mobilisation s’inscrit dans un plan d’action qui pourrait s’étaler sur tout le mois de septembre, avec des rendez-vous hebdomadaires.
10 septembre : le grand appel à “tout bloquer”
Le 10 septembre concentre toutes les attentions. Né d’un appel citoyen largement relayé sur les réseaux sociaux, le mouvement “Bloquons tout” se veut radical : un arrêt complet du pays, à l’image de certaines grèves générales historiques. L’initiative, d’abord portée par des collectifs informels, a peu à peu reçu le soutien de syndicats structurés, notamment dans la chimie (CGT Chimie), le commerce, les transports aériens (Sud Aérien, CGT Air France) et ferroviaires (Sud-Rail).
Transports : un secteur clé dans la paralysie annoncée
Dans le ferroviaire, Sud-Rail a annoncé sa volonté de bloquer l’ensemble du trafic. Si la CGT-Cheminots n’a pas encore officialisé sa participation à cette date précise, de nombreux militants locaux prévoient de rejoindre le mouvement.
Dans l’aérien, des préavis déposés chez Air France et dans certaines compagnies régionales laissent craindre des annulations massives. Les aéroports de Roissy et d’Orly pourraient être des points névralgiques de la journée.
« Ce ne sera pas juste une grève symbolique, prévient un agent au sol à Orly. On veut que tout s’arrête, y compris les livraisons, les accès aux terminaux et les vols intérieurs. »
Commerce, chimie et autres secteurs
La CGT Commerce prévoit un rassemblement devant le ministère du Travail dès 9h30. Dans la chimie, les revendications portent sur les salaires et la suppression de jours de carence jugés pénalisants pour les travailleurs exposés à des produits dangereux.
Fait notable : certains secteurs non directement liés à des infrastructures stratégiques envisagent également de se joindre au blocage. Des groupes de livreurs, des collectifs de soignants précaires et même des associations étudiantes préparent des actions locales.
18 septembre : l’unité syndicale en marche
Si le 10 septembre est porté par un appel plus spontané et hétérogène, le 18 septembre marque le retour en force des grandes confédérations syndicales. L’intersyndicale (CFDT, CGT, FO, CFE-CGC, CFTC, Unsa, FSU, Solidaires) appelle à une grève interprofessionnelle nationale.
L’objectif : peser sur le gouvernement avant la présentation du budget 2026, dénoncer des mesures jugées injustes, et réclamer une revalorisation générale des salaires.
Un mouvement structuré
Contrairement au 10 septembre, cette journée devrait être très organisée, avec des cortèges dans toutes les grandes villes. Les transports publics seront à nouveau touchés :
- Ferroviaire : l’UNSA et la CFDT Cheminots appellent à la grève, même si certaines fédérations privilégient des arrêts limités.
- RATP : tous les syndicats majoritaires prévoient de participer, ce qui pourrait entraîner une paralysie quasi totale des métros et bus en Île-de-France.
- Aérien : le SNCTA, syndicat des contrôleurs aériens, participera également, ce qui pourrait provoquer un ralentissement du trafic, même en dehors des compagnies mobilisées.
Pharmacies : une mobilisation longue durée
En parallèle des grandes dates, les pharmacies ont annoncé leur propre calendrier de grève. Dès le 18 septembre, certaines officines baisseront le rideau, dénonçant la baisse des marges sur les médicaments génériques. Cette décision, selon les syndicats de pharmaciens, menace l’équilibre économique de nombreuses petites pharmacies, en particulier en zones rurales.
À partir du 27 septembre, le mouvement pourrait s’intensifier avec des fermetures chaque samedi.
Pour Nathalie, pharmacienne dans la Creuse, « c’est une question de survie. On ne parle pas seulement d’économie, mais d’accès aux soins. Si on ferme, certains patients devront faire 30 ou 40 kilomètres pour trouver leurs médicaments. »
Une dynamique de convergence ou un risque de dispersion ?
Si la succession des dates peut donner l’impression d’une mobilisation continue, certains observateurs craignent que la multiplication des appels ne fragilise la convergence des luttes. Les syndicats réformistes, par exemple, privilégient la date du 18 septembre, plus institutionnelle, tandis que les courants plus radicaux misent sur le 10 septembre pour créer un choc.
Dans l’histoire sociale française, les grands mouvements ont souvent reposé sur une articulation entre initiatives spontanées et organisation syndicale. Mais cette alchimie est difficile à trouver, surtout dans un contexte où les réseaux sociaux accélèrent la circulation des mots d’ordre, parfois au détriment de la coordination.
Et après ?
Septembre 2025 pourrait n’être qu’un prélude. Plusieurs fédérations envisagent déjà d’autres journées d’action en octobre si leurs revendications ne sont pas entendues. Les secteurs de la santé, de l’énergie et de l’éducation pourraient rejoindre le mouvement à plus grande échelle.
Certains craignent aussi un durcissement des modes d’action : blocages d’entrepôts logistiques, occupations de lieux publics, voire coupures ciblées dans les réseaux électriques, comme cela avait été observé lors de précédentes mobilisations.
Conclusion : un mois qui pourrait marquer la rentrée sociale
Avec deux grandes dates nationales, des mouvements sectoriels persistants et un climat général d’insatisfaction, septembre 2025 s’annonce comme un test pour le gouvernement. Sa capacité à désamorcer la colère sociale ou, au contraire, à la laisser se développer, déterminera peut-être le ton du reste de l’année politique.
Pour les usagers, les salariés et les entreprises, il faudra s’armer de patience… et peut-être revoir ses plans de déplacements, d’achats et de services dans les semaines à venir.

















