Seize mois après la reprise du groupe Casino par le milliardaire tchèque Daniel Křetínský, l’enseigne historique française semble enfin sortir la tête de l’eau. Après plusieurs années de difficultés financières, de dettes abyssales et de pertes de parts de marché, Casino affiche de premiers signes de redressement et de croissance, grâce à un plan de restructuration ambitieux et un recentrage stratégique sur les formats les plus rentables.
Une reprise sous haute tension en 2024
En mars 2024, le consortium mené par Daniel Křetínský, associé à Fimalac et Attestor, avait pris le contrôle de Casino à la faveur d’un plan de sauvetage validé par le tribunal de commerce de Paris. L’opération comprenait :
- 1,2 milliard d’euros injectés pour recapitaliser le groupe.
- Une réduction massive de la dette, passée de 7,4 milliards à environ 2,6 milliards d’euros.
- La cession de 419 magasins hypermarchés et supermarchés à Auchan, Carrefour et Intermarché, afin de recentrer le groupe sur ses enseignes de proximité (Monoprix, Franprix, Naturalia, Spar, Petit Casino).
Cette stratégie, appelée Renouveau 2028, visait à reconstruire Casino autour de ses formats les plus performants et à adopter un modèle basé largement sur la franchise, moins coûteux en capital.
Des résultats enfin encourageants
Seize mois plus tard, les efforts commencent à porter leurs fruits. Si le chiffre d’affaires a reculé en 2024 à 8,5 milliards d’euros, l’entreprise a réduit drastiquement ses pertes. Le cash-flow libre, qui était encore de –327 millions d’euros, est passé à –81 millions dès le premier trimestre 2025.
Surtout, l’EBITDA ajusté, indicateur clé de rentabilité, est estimé à 126 millions d’euros en 2024, avec un objectif ambitieux de 920 millions d’euros à l’horizon 2028. Cette amélioration progressive témoigne de la viabilité du nouveau modèle économique basé sur la proximité et le digital via Cdiscount.
Une transformation en profondeur
Le Casino « nouvelle génération » veut rompre avec les erreurs du passé :
- Abandon progressif du modèle hypermarché, jugé trop lourd et peu rentable.
- Accent mis sur la franchise, qui limite les investissements directs et renforce la présence locale.
- Développement du commerce en ligne, en s’appuyant sur Cdiscount et la livraison urbaine.
La nouvelle direction, emmenée par Philippe Palazzi, met également l’accent sur la compétitivité prix et l’innovation commerciale pour regagner la confiance des consommateurs.
Des défis encore importants
Malgré ces progrès, Casino reste en position fragile :
- Ses parts de marché sont tombées à environ 3 % en France, loin derrière Carrefour, Leclerc ou Intermarché.
- L’image prix de ses enseignes demeure problématique, avec une perception de tarifs plus élevés que la concurrence.
- Les analystes n’excluent pas qu’une nouvelle recapitalisation soit nécessaire si la croissance ne s’accélère pas dans les deux prochaines années.
Vers un redressement durable ?
La trajectoire engagée semble toutefois prometteuse. Le recentrage sur des formats de proximité rentables et la réduction massive de la dette donnent à Casino les moyens de se reconstruire. Si les objectifs fixés dans le plan Renouveau 2028 sont atteints, le groupe pourrait retrouver une rentabilité solide et redevenir un acteur majeur de la distribution en France.

















