SFR, filiale d’Altice France, traverse une période financière difficile. Sa maison-mère est lourdement endettée, avec une dette qui atteignait près de 24 milliards d’euros à son pic. Malgré un accord récent avec ses créanciers qui a permis de ramener la dette nette à 15,5 milliards d’euros, le groupe doit encore trouver des solutions pour alléger son fardeau financier.
Patrick Drahi, propriétaire d’Altice, a déjà engagé plusieurs cessions d’actifs, dont des centres de données, la filiale fibre XpFibre et certaines activités médias. La prochaine étape concerne les tours télécoms de SFR, infrastructures jugées non stratégiques mais à forte valeur marchande.
La mise en vente d’Infracos : un actif clé
SFR détient, via une coentreprise avec Bouygues Telecom, Infracos, qui gère environ 3 500 points hauts (pylônes et toits terrasses) situés en zones rurales. Cette société pourrait être valorisée entre 800 millions et 1 milliard d’euros selon les estimations du marché, soit environ 300 000 euros par site.
La vente de ces infrastructures constituerait une source immédiate de liquidités pour SFR, tout en permettant au futur acquéreur de générer des revenus stables grâce aux contrats de location à long terme avec les opérateurs télécoms.
Qui pourrait racheter ces tours ?
Le marché des tours télécoms est particulièrement attractif pour les fonds d’investissement en infrastructures et les sociétés spécialisées comme Cellnex ou Phoenix Tower International. Ces acteurs voient dans ces actifs des revenus réguliers, peu sensibles aux cycles économiques.
Après la vente, SFR et Bouygues Telecom resteraient locataires de ces tours, garantissant un flux de revenus stable au futur acquéreur tout en permettant aux opérateurs de réduire leurs coûts de propriété.
Une stratégie plus large de désendettement et de restructuration
La cession d’Infracos s’inscrit dans un plan plus global. Selon plusieurs sources, Orange, Bouygues Telecom et Free envisagent même un morcellement de SFR, chacun rachetant une partie des actifs (abonnés, infrastructures, fréquences). Ce scénario permettrait d’éviter les obstacles réglementaires qu’une acquisition unique pourrait poser en matière de concurrence.
Pour Patrick Drahi, ce plan pourrait générer jusqu’à 23 milliards d’euros, dont 15 milliards seraient utilisés pour rembourser la dette, et lui permettre de conserver une plus-value sur sa participation de 55 % dans le groupe.
Les risques et les enjeux
- Un endettement toujours élevé : malgré les cessions, Altice reste exposée à des échéances financières importantes d’ici 2027‑2028.
- Des pertes d’abonnés inquiétantes : SFR a déjà perdu près de deux millions d’abonnés depuis fin 2022, affaiblissant sa position sur le marché.
- Un cadre réglementaire complexe : toute vente partielle ou morcellement du groupe devra obtenir l’accord de la Commission européenne et de l’Arcep pour garantir une concurrence saine.
Perspectives
La vente des tours télécoms représente pour SFR une bouffée d’oxygène financière, mais elle illustre surtout l’urgence pour Altice France de restructurer son modèle. Si le projet de morcellement aboutit, il pourrait profondément reconfigurer le marché télécom français, qui passerait de quatre à potentiellement trois grands opérateurs, avec une redistribution des parts de marché.

















