SoftBank, le grand retour : grâce à ses paris sur Nvidia et OpenAI, le conglomérat japonais signe un profit historique

Un vent nouveau souffle sur SoftBank

Après des années de pertes, de doutes et de critiques, SoftBank Group vient de frapper un grand coup. Le conglomérat japonais dirigé par Masayoshi Son, connu pour ses investissements audacieux et souvent controversés, a enregistré une envolée spectaculaire de ses profits trimestriels, tirée par ses paris réussis sur Nvidia et OpenAI, deux acteurs incontournables de la révolution de l’intelligence artificielle.

Cette performance, qui marque un tournant majeur pour le groupe, est plus qu’un simple rebond financier : c’est la confirmation que la stratégie de recentrage sur l’IA et les semi-conducteurs porte enfin ses fruits.


Des années de turbulences à la renaissance

Pour comprendre la portée de ce retour en grâce, il faut se rappeler d’où vient SoftBank.
Pendant près d’une décennie, le groupe japonais a incarné une forme d’exubérance technologique, investissant des dizaines de milliards de dollars dans des startups du monde entier à travers son Vision Fund, un mastodonte de 100 milliards de dollars cofinancé par l’Arabie saoudite.

SoftBank voulait être le moteur de la “Singularité”, ce moment où l’intelligence artificielle dépasserait l’intelligence humaine. Mais le rêve s’est heurté à la réalité des marchés : la faillite de WeWork, les effondrements de valorisations de sociétés comme Klarna, OYO ou Coupang, et les hausses brutales de taux d’intérêt ont transformé les promesses en pertes abyssales.

Entre 2021 et 2023, SoftBank a accumulé plus de 40 milliards de dollars de pertes, suscitant les railleries de la presse financière et les inquiétudes des investisseurs.

Masayoshi Son, souvent décrit comme un visionnaire obstiné, a alors décidé de changer de cap. Il a réduit la voilure, vendu plusieurs participations non stratégiques, et recentré son empire sur un seul credo : l’intelligence artificielle.


L’IA, nouveau moteur du conglomérat

Depuis 2022, tout dans la stratégie de SoftBank converge vers un objectif clair : devenir le leader mondial de l’intelligence artificielle et des semi-conducteurs.
Ce repositionnement s’est appuyé sur trois leviers majeurs :

  1. Des investissements massifs dans Nvidia, le champion des puces graphiques.
  2. Une exposition stratégique à OpenAI et à l’écosystème de l’IA générative.
  3. La montée en puissance de Arm Holdings, sa filiale britannique de conception de processeurs, introduite en Bourse en 2023.

Ces trois paris se sont avérés gagnants.


Nvidia, la pépite qui a tout changé

Impossible de parler du succès de SoftBank sans évoquer Nvidia.
L’entreprise américaine est devenue en quelques années le cœur battant de la révolution de l’intelligence artificielle. Ses GPU (processeurs graphiques) sont utilisés par presque tous les modèles d’IA générative, de ChatGPT à Claude, en passant par Gemini et Mistral.

SoftBank, qui avait investi indirectement dans Nvidia via ses fonds technologiques et ses partenaires, a vu la valeur de sa participation s’envoler avec la flambée boursière du géant californien. En 2024, l’action Nvidia a bondi de plus de 250 %, propulsant sa capitalisation au-delà des 3 000 milliards de dollars, rivalisant avec Apple et Microsoft.

Ce coup de maître a permis à SoftBank d’enregistrer un profit trimestriel record, confirmant que la patience de Masayoshi Son avait fini par payer.


Une vente stratégique, pas un désengagement

Pourtant, la récente vente d’une partie de ses parts dans Nvidia a surpris les marchés. Beaucoup y ont vu un signe de prudence ou un besoin de liquidité.
En réalité, SoftBank n’a pas tourné le dos à l’IA : le groupe a simplement pris ses bénéfices pour réinvestir ailleurs, notamment dans Arm Holdings et dans plusieurs projets d’IA japonais.

Masayoshi Son l’a expliqué sans détour lors d’une conférence à Tokyo :

« Je n’ai pas vendu Nvidia parce que je n’y crois plus. J’ai vendu pour avoir la puissance de feu nécessaire à la prochaine révolution. »

Cette déclaration résume parfaitement l’état d’esprit du milliardaire japonais : toujours voir plus loin.


OpenAI, le pari sur l’intelligence artificielle générative

L’autre grand levier de croissance de SoftBank est son exposition à OpenAI, la société derrière ChatGPT.
Même si SoftBank ne détient pas de parts directes dans OpenAI, elle est liée à l’écosystème à travers ses participations dans des startups partenaires, des fonds secondaires et des initiatives communes.

Masayoshi Son a d’ailleurs affirmé en 2024 être en discussions avancées pour collaborer directement avec OpenAI sur le développement de solutions d’intelligence artificielle embarquées dans des robots et des appareils connectés.
Le conglomérat travaille aussi sur un projet baptisé “AI Revolution”, qui vise à utiliser les technologies d’OpenAI pour automatiser des secteurs entiers : logistique, finance, santé, éducation.

Cette orientation confirme la volonté de SoftBank de ne plus être seulement un investisseur, mais un acteur à part entière de la révolution de l’IA.


Arm Holdings, la nouvelle pépite du groupe

Si Nvidia et OpenAI représentent le futur, Arm Holdings en est la colonne vertébrale.
Cette société britannique, rachetée par SoftBank en 2016 pour 32 milliards de dollars, conçoit des architectures de processeurs utilisées par 95 % des smartphones dans le monde.

Depuis son introduction en Bourse en 2023, Arm a vu sa valorisation exploser, portée par la demande croissante en puces dédiées à l’IA.
SoftBank détient toujours plus de 90 % du capital d’Arm, ce qui lui garantit un contrôle total et un potentiel de croissance gigantesque.

Masayoshi Son a un plan clair : faire d’Arm le “cœur cérébral” de l’intelligence artificielle mondiale, non seulement dans les smartphones, mais aussi dans les data centers, les voitures autonomes et les robots.
En d’autres termes, l’ADN de l’IA passera par Arm.


Un changement de culture en interne

Longtemps critiqué pour son management désordonné et ses investissements risqués, SoftBank semble avoir entamé une véritable mutation culturelle.
Les équipes du Vision Fund, autrefois dispersées entre Londres, San Francisco et Tokyo, ont été réorganisées. Les priorités sont désormais claires : rentabilité, discipline et cohérence stratégique.

Ce changement est visible jusque dans les déclarations de Masayoshi Son, connu pour ses envolées lyriques. Là où il promettait autrefois de “conquérir l’avenir”, il parle désormais de “construire patiemment le futur”.
Un virage pragmatique, mais sans renoncer à l’audace.


Les marchés saluent la transformation

Les résultats financiers ont logiquement dopé l’action SoftBank, qui a grimpé en flèche à la Bourse de Tokyo. Les investisseurs, longtemps échaudés par la volatilité du groupe, redécouvrent un SoftBank plus prévisible, plus solide et plus ambitieux.

Le retour aux profits a aussi permis à Masayoshi Son de restaurer sa crédibilité auprès des grands fonds internationaux.
Certains analystes n’hésitent plus à comparer la trajectoire actuelle de SoftBank à celle d’Alphabet ou Amazon à leurs débuts : des géants capables d’absorber des risques colossaux pour bâtir les infrastructures du futur.


Mais les défis restent nombreux

Pour autant, tout n’est pas rose. La dépendance de SoftBank à la valorisation de quelques géants technologiques représente un risque non négligeable.
Si le marché de l’IA connaissait un ralentissement brutal ou une bulle spéculative, le groupe pourrait à nouveau se retrouver fragilisé.

De plus, les tensions géopolitiques entre les États-Unis et la Chine, notamment autour des semi-conducteurs, menacent la fluidité de la chaîne d’approvisionnement mondiale.
Or, Arm, Nvidia et OpenAI opèrent tous sur des marchés où la réglementation et la sécurité nationale deviennent des sujets sensibles.

SoftBank devra donc naviguer avec prudence, tout en maintenant sa vitesse d’innovation.


Masayoshi Son, le retour du visionnaire

À 68 ans, Masayoshi Son semble avoir retrouvé l’énergie de ses débuts.
Ce fils d’immigrés coréens devenu l’un des hommes les plus puissants du Japon a toujours eu une conviction inébranlable : le futur appartient à ceux qui osent rêver grand.

Déjà en 1995, il prédisait que “l’Internet allait changer l’humanité”. En 2010, il affirmait que “les robots remplaceraient les travailleurs”.
Aujourd’hui, il parle d’un monde “guidé par l’intelligence artificielle et la compassion numérique”.

Ses paris peuvent sembler fous, mais l’histoire lui a souvent donné raison. Son investissement initial de 20 millions de dollars dans Alibaba, à la fin des années 1990, vaut encore aujourd’hui plusieurs dizaines de milliards.


Un SoftBank 2.0 en construction

Le groupe entre dans une nouvelle phase : celle de la maturité stratégique.
Masayoshi Son ne veut plus seulement être un investisseur ou un spéculateur, mais un architecte de l’avenir technologique.
Il parle désormais d’un “SoftBank 2.0”, centré sur trois axes :

  1. IA générative : développement et intégration de modèles dans tous les secteurs.
  2. Semi-conducteurs : via Arm et ses alliances industrielles.
  3. Robotique intelligente : notamment à travers ses filiales de recherche en automatisation et humanoïdes.

Cette vision s’inscrit dans une logique de long terme : faire de SoftBank le catalyseur mondial de l’intelligence artificielle ubiquitaire — présente dans chaque objet, chaque service, chaque décision.


Le Japon, futur hub de l’IA ?

SoftBank veut aussi repositionner le Japon au cœur de la révolution technologique mondiale.
Alors que les États-Unis et la Chine dominent la scène de l’IA, le groupe de Masayoshi Son espère faire de Tokyo une “Silicon Valley asiatique”, en attirant les talents, les capitaux et les startups.

Pour cela, SoftBank investit massivement dans la formation, la recherche et les infrastructures cloud locales.
Des collaborations avec des universités japonaises et des entreprises comme Toyota ou NTT sont déjà en cours pour intégrer des systèmes d’IA dans la mobilité, les communications et la santé.


Le regard des analystes : entre admiration et prudence

Les experts saluent la renaissance du groupe, mais tempèrent leur enthousiasme.
Pour eux, SoftBank reste un géant fragile, dépendant de l’humeur des marchés et du charisme de son fondateur.
Cependant, ils reconnaissent que le recentrage sur l’IA et les semi-conducteurs redonne au groupe une identité claire et cohérente, ce qui manquait cruellement ces dernières années.

« SoftBank a retrouvé sa vision, et cette fois, elle est alignée avec la réalité technologique mondiale », résume un analyste de Bloomberg.


Conclusion : le pari du siècle

L’histoire de SoftBank est celle d’une montagne russe financière et humaine : des triomphes éclatants, des chutes vertigineuses, puis une renaissance inattendue.
Mais cette fois, le pari de Masayoshi Son semble solidement ancré dans une tendance de fond : l’essor irréversible de l’intelligence artificielle.

Avec ses investissements dans Nvidia, OpenAI et Arm, le conglomérat japonais ne se contente plus d’accompagner la révolution technologique : il en est l’un des piliers.

S’il réussit à transformer ses profits records en innovation durable, SoftBank pourrait bien redevenir, dans la décennie à venir, l’un des empires technologiques les plus influents du monde.

Et pour Masayoshi Son, ce serait une douce revanche sur toutes les crises traversées — la preuve qu’en affaires comme en science, la foi dans le futur finit toujours par payer.

carle
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