Train vs avion : en France, le rail devient plus économique sur les trajets directs, mais l’aérien domine encore les liaisons européennes

Le train serait-il enfin en passe de devenir une alternative économique crédible à l’avion sur le territoire français ? Une étude récente, publiée par plusieurs associations de consommateurs et d’écologie des transports, montre que le train est désormais moins cher que l’avion sur de nombreuses liaisons domestiques directes, notamment sur les grands axes comme Paris–Lyon, Paris–Bordeaux ou encore Marseille–Nice.

Mais cette tendance s’inverse dès lors que l’on franchit les frontières. Sur les trajets européens, l’avion reste presque systématiquement plus rapide… et moins cher, malgré son impact environnemental bien plus lourd.


Le rail devient compétitif en France… mais sous conditions

L’étude s’est penchée sur plusieurs dizaines de liaisons directes opérées par la SNCF et les compagnies aériennes low-cost ou traditionnelles. Elle révèle qu’en 2025, le train est en moyenne 10 à 30 % moins cher que l’avion sur les lignes directes nationales, lorsque les billets sont réservés au moins 15 jours à l’avance.

  • Paris – Lyon : billets de train à partir de 25 €, contre 40–60 € pour l’avion.
  • Paris – Bordeaux : 30 € en train (TGV Inoui ou Ouigo), contre 55 € en moyenne en avion.
  • Paris – Marseille : autour de 35 € en TGV, contre 70 € en vol low-cost hors promotion.
  • Lyon – Nantes : 40 € en train, contre 60 € ou plus en avion.

🛤️ Ce qui fait la différence :

  • L’absence de frais annexes (bagages, transports vers/depuis les aéroports).
  • Les gares sont situées en centre-ville, réduisant le temps et le coût de l’acheminement final.
  • Les tarifs Ouigo, particulièrement attractifs.
  • Des politiques tarifaires plus flexibles à bord des TGV qu’en avion, avec moins de restrictions.

Mais ces conclusions sont valables sur les liaisons directes uniquement. En cas de correspondance, le train perd rapidement en compétitivité tarifaire et en confort.


Sur les trajets européens, l’avion reste dominant

Dès qu’il s’agit de voyager au-delà des frontières françaises, le rapport s’inverse radicalement. Sur des trajets comme Paris–Rome, Marseille–Barcelone ou Lyon–Berlin, l’avion reste souvent 2 à 3 fois moins cher que le train, tout en étant beaucoup plus rapide.

Quelques exemples de prix moyens (réservés un mois à l’avance) :

  • Paris – Barcelone : 50–70 € en avion (2h de vol), contre 120–160 € en train (7h).
  • Lyon – Milan : 40 € en avion (1h), contre 90 € en train (5h).
  • Marseille – Berlin : 60 € en avion (2h15), contre plus de 200 € en train avec une nuit sur place.

✈️ Pourquoi cette domination ?

  • Le réseau ferroviaire européen reste morcelé : horaires non synchronisés, tarifs non harmonisés, réservations complexes.
  • Les compagnies low-cost (Ryanair, EasyJet, Vueling) offrent des prix défiant toute concurrence, parfois moins chers qu’un repas au restaurant.
  • L’absence de taxation du kérosène et la TVA réduite sur les billets d’avion faussent la compétition.

Un déséquilibre dénoncé par les ONG et les institutions

De nombreuses organisations, comme Transport & Environment ou Réseau Action Climat, dénoncent ces incohérences. En France, l’aérien est responsable de près de 5 % des émissions nationales de CO₂, alors que le train – électrifié à plus de 90 % – est l’un des moyens de transport les plus propres.

« Tant que l’avion bénéficiera d’avantages fiscaux injustifiés, le train ne pourra pas concurrencer efficacement sur les trajets internationaux », déplore une représentante de T&E.

La Commission européenne travaille sur une réforme des subventions aux transports qui pourrait mettre fin à l’exonération de taxe sur le carburant aérien, mais les résistances politiques et industrielles sont encore fortes.


Des solutions en cours, mais un réseau européen à la traîne

Le renouveau du train passe par :

  • Le développement des lignes de nuit (NightJet, Trenitalia, Midnight Trains en projet).
  • L’interconnexion ferroviaire européenne via Rail Baltica, Rail Europe, ERTMS.
  • L’harmonisation des plateformes de réservation, actuellement trop fragmentées (chaque opérateur national a son propre système).
  • La création de tarifs transfrontaliers compétitifs, subventionnés par l’UE.

Mais ces chantiers prendront des années, alors que l’urgence climatique exige des actions immédiates.


Conclusion : le train gagne du terrain en France, mais reste pénalisé en Europe

La bonne nouvelle, c’est que le train redevient une alternative économiquement viable en France pour les liaisons directes. La politique tarifaire de la SNCF, notamment via Ouigo, y contribue. Mais à l’échelle européenne, l’avion reste le moyen le plus simple, le plus rapide et souvent le moins cher de voyager.

Si l’Union européenne veut véritablement verdir la mobilité du continent, elle devra rééquilibrer les règles du jeu en faveur du rail : taxation équitable, subventions intelligentes, et interopérabilité ferroviaire. Sans cela, l’avion continuera de voler trop haut, au détriment du climat.

carle
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