La réorganisation de Vivendi, orchestrée par la famille Bolloré, a bouleversé le paysage médiatique et financier français. L’éclatement du groupe en plusieurs entités cotées devait libérer de la valeur pour les actionnaires. Pourtant, plusieurs mois après cette opération, la confiance des marchés reste fragile, entre déception face aux performances boursières et attentes quant aux prochains mois.
Une scission approuvée mais mal accueillie en Bourse
Fin 2024, les actionnaires de Vivendi avaient approuvé massivement le plan de scission du groupe. Cette opération a donné naissance à quatre entités distinctes : Canal+, Havas, Louis Hachette Group et une holding regroupant les participations résiduelles.
L’objectif affiché par la famille Bolloré était clair : mettre fin au « conglomérat discount », ce phénomène où la valeur globale d’un groupe diversifié est inférieure à la somme de ses parties. Mais sur les marchés, l’effet a été inverse : les nouvelles sociétés ont vu leur valeur chuter dès leurs premières cotations, avec notamment Canal+ en recul de près de 31 % depuis janvier 2025.
Les critiques s’intensifient contre la gouvernance
Face à ces déconvenues, plusieurs investisseurs institutionnels ont élevé la voix. Les fonds CIAM et Phitrust ont pointé du doigt un manque de transparence dans la gouvernance et des mécanismes contournant les règles de protection des minoritaires. Selon eux, la famille Bolloré, actionnaire de référence, a exercé un contrôle de fait sans déclencher l’obligation légale d’une offre publique de rachat (OPR) destinée aux actionnaires minoritaires.
En avril 2025, la Cour d’appel de Paris a donné raison à ces critiques en demandant à l’Autorité des marchés financiers (AMF) de réexaminer la situation. Deux mois plus tard, l’AMF a exigé de Bolloré qu’il dépose un projet d’OPR sous six mois, une décision qui a immédiatement fait bondir l’action de Vivendi de plus de 10 %.
Les investisseurs oscillent entre prudence et optimisme
Cette décision réglementaire a redonné un souffle d’optimisme aux marchés. Beaucoup espèrent que l’OPR permettra de rétablir un climat de confiance et d’offrir une sortie équitable aux actionnaires minoritaires.
Cependant, les analystes restent prudents : les nouvelles sociétés issues de Vivendi doivent encore prouver leur solidité opérationnelle. Canal+, en pleine expansion internationale avec le rachat en cours de MultiChoice, devra démontrer sa capacité à générer de la croissance. Havas et Louis Hachette, de leur côté, devront trouver un modèle attractif et rentable pour convaincre les investisseurs.
Une stratégie encore floue pour les entités séparées
Si Yannick Bolloré reconnaît être « déçu » par les performances boursières, il continue de défendre la scission comme une décision créatrice de valeur à long terme. Mais les marchés réclament désormais des plans stratégiques clairs, avec des objectifs chiffrés et une meilleure lisibilité pour les investisseurs.
Le défi majeur sera de démontrer que la séparation des entités n’est pas seulement une opération financière mais un véritable levier de croissance pour chacune d’elles.
Quelles perspectives pour la suite ?
Les prochains mois seront décisifs. Trois éléments clés détermineront l’avenir de Vivendi et de ses filiales :
- La formalisation de l’OPR par la famille Bolloré, qui pourrait apaiser les tensions avec les minoritaires.
- Les résultats financiers des nouvelles entités, notamment Canal+, Havas et Louis Hachette, qui devront convaincre de leur capacité à se développer de manière autonome.
- La gouvernance, qui devra être clarifiée afin de rassurer les investisseurs sur l’équité de traitement et la transparence des décisions.
Conclusion
La scission de Vivendi restera comme l’une des opérations les plus marquantes de l’histoire récente des médias français. Si elle visait à libérer de la valeur pour les actionnaires, elle a surtout provoqué méfiance et volatilité boursière.
L’issue de cette saga dépendra désormais de la capacité des entités à prouver leur indépendance et leur rentabilité, mais aussi de la manière dont Bolloré respectera ses engagements vis-à-vis des actionnaires minoritaires. Entre espoir et prudence, le second semestre 2025 s’annonce crucial pour l’avenir du groupe éclaté.

















