Alors que les tensions commerciales avec les États-Unis se durcissent et que les marges s’effritent sur leur marché intérieur, les grands constructeurs chinois de véhicules électriques (VE) revoient leur stratégie à l’international. Et désormais, tous les regards se tournent vers l’Europe. Dans un contexte de transition énergétique, de besoins industriels croissants et de demande de véhicules propres, le Vieux Continent représente un nouveau terrain de jeu stratégique. Mais cette offensive chinoise ne se fera pas sans heurts ni concurrence.
Une redirection forcée par les tensions avec les États-Unis
Depuis le relèvement spectaculaire des droits de douane américains sur les véhicules chinois – atteignant parfois plus de 100 % – les constructeurs chinois n’ont eu d’autre choix que de chercher de nouveaux débouchés. Les États-Unis, autrefois envisagés comme une destination commerciale d’avenir, sont désormais pratiquement inaccessibles pour les marques comme BYD, SAIC ou Geely.
La conséquence est claire : l’Europe, bien que moins accessible que par le passé en raison de nouvelles régulations protectionnistes, reste une destination prioritaire, à la fois en termes de taille de marché, de niveau de pouvoir d’achat et d’engagement en faveur de la mobilité électrique.
Un marché européen en forte croissance
En dépit d’un ralentissement global de la croissance automobile, la part de marché des véhicules électriques et hybrides ne cesse de croître sur le continent européen. Début 2025, les véhicules électriques représentaient déjà plus de 15 % des nouvelles immatriculations, tandis que les hybrides avoisinaient les 35 %. Cette dynamique est particulièrement forte dans des pays comme la Norvège, les Pays-Bas, l’Allemagne ou la France.
Les marques chinoises y voient une occasion unique d’imposer leurs modèles, souvent bien positionnés en prix, et technologiquement compétitifs.
Des investissements massifs dans l’appareil industriel européen
Conscients des barrières commerciales croissantes, les groupes chinois ont décidé de localiser une partie de leur production sur le sol européen afin de contourner les droits de douane et gagner en crédibilité.
- BYD a ouvert une usine en Hongrie et envisage déjà une seconde unité de production, potentiellement en Turquie. L’objectif est de répondre à la demande locale sans passer par l’importation directe depuis la Chine.
- Chery envisage la construction d’un site de production au Royaume-Uni et a officialisé un projet d’usine en Espagne en partenariat avec EV Motors.
- Leapmotor, grâce à son alliance avec Stellantis, assemble ses véhicules en Pologne, avec des perspectives d’extension à d’autres marchés.
- CATL, géant chinois des batteries, projette de déployer en Europe sa technologie d’échange rapide de batteries, en plus de ses usines déjà présentes en Allemagne et en Hongrie.
L’Europe devient ainsi un relais industriel et logistique clé pour ces marques, leur permettant de s’ancrer durablement dans le tissu économique local.
Des ventes en hausse, une concurrence accrue
Les résultats commencent déjà à se faire sentir : en avril 2025, BYD a devancé Tesla en volume de ventes de véhicules électriques en Europe. En mai, le groupe SAIC (maison-mère de MG) a vendu deux fois plus de véhicules que la firme d’Elon Musk.
L’objectif est désormais clair : atteindre au moins 12 % de parts de marché sur le continent d’ici 2030, ce qui représenterait près de 830 000 véhicules vendus par an.
Le positionnement tarifaire, souvent inférieur de 20 à 30 % par rapport aux concurrents européens, allié à une technologie jugée désormais comparable, voire supérieure, dans certains cas, permet à ces marques d’attirer un public de plus en plus large.
Des freins persistants : régulations, perception et géopolitique
Mais cette stratégie d’expansion ne se fait pas sans difficultés :
- Pressions politiques : l’Union européenne a annoncé en 2024 des droits anti-subventions pouvant atteindre 48 % sur certains modèles importés de Chine. Ces mesures visent à éviter une concurrence jugée déloyale et à protéger les constructeurs locaux.
- Méfiance des consommateurs : bien que les modèles soient compétitifs, les marques chinoises pâtissent parfois d’un déficit d’image. La confiance accordée aux marques traditionnelles (Renault, Volkswagen, Peugeot…) reste importante.
- Concurrence européenne et coréenne : les constructeurs européens accélèrent la transition électrique, et les marques coréennes (Hyundai, Kia) continuent de croître avec des produits bien établis.
Une transformation à surveiller de près
La stratégie des constructeurs chinois en Europe repose sur trois piliers : implantation industrielle, innovation technologique et alliances locales. Grâce à cette approche, ils espèrent contourner les limitations actuelles tout en construisant des marques solides sur le long terme.
Les mois à venir seront décisifs. L’évolution des régulations européennes, les réponses industrielles des concurrents et la capacité des marques chinoises à séduire les consommateurs joueront un rôle déterminant dans la réussite – ou l’échec – de cette nouvelle offensive.
Conclusion
Les constructeurs chinois de véhicules électriques tournent désormais leurs efforts vers l’Europe, considérée comme la région la plus ouverte et la plus stratégique dans le contexte actuel. Entre investissements locaux, alliances industrielles et percée commerciale déjà amorcée, cette présence ne fait que commencer. Mais elle se heurte aussi à de nombreux obstacles économiques, politiques et culturels. L’Europe est devenue le principal champ de bataille de la transition électrique mondiale.

















