Vers la fin des colis chinois ? La France se mobilise contre Temu, AliExpress et consorts
La guerre commerciale entre la France et les géants chinois du e-commerce entre dans une nouvelle phase. Alors que des millions de colis à bas prix en provenance de Chine inondent chaque mois les boîtes aux lettres françaises, le gouvernement, les douanes et les fédérations du commerce passent à l’offensive. Objectif : freiner, voire stopper, l’essor fulgurant de plateformes comme Temu, AliExpress ou Shein. Une bataille aux enjeux économiques, sanitaires et environnementaux.
📦 Une déferlante de colis à moins de 5 euros
Chaque jour, ce sont des centaines de milliers de petits paquets qui arrivent sur le sol français depuis la Chine, principalement via des plateformes ultra-low-cost comme Temu, AliExpress ou Shein. Grâce à des prix cassés, des promotions permanentes, une livraison quasi gratuite et l’absence de taxation douanière sur les colis de moins de 150 euros, ces géants séduisent massivement les consommateurs. Selon La Poste, près de 22 % des colis qu’elle traite proviendraient désormais de ces sites.
Mais derrière cette façade bon marché, de nombreux problèmes se cachent : concurrence jugée déloyale, contournement des normes européennes, produits dangereux, absence de garanties, opacité fiscale, et impact écologique dramatique.
🛑 Une riposte coordonnée et inédite
Face à cette situation jugée « explosive », plus de 230 enseignes et 16 fédérations du commerce, regroupées autour du Conseil du Commerce de France (CDCF) et de la Confédération des Commerçants de France (CCF), ont décidé de hausser le ton. Dans une lettre ouverte adressée au gouvernement, ces organisations exigent :
- Le déréférencement immédiat de Temu, AliExpress et Shein des moteurs de recherche, comme cela avait été fait pour la plateforme Wish en 2021.
- Le blocage potentiel de ces sites en cas de manquements répétés aux normes européennes.
- La mise en place d’un cadre fiscal équitable, avec une taxation adaptée des envois transfrontaliers.
- Des contrôles douaniers renforcés, notamment à l’aéroport de Roissy où transitent la majorité des colis concernés.
⚠️ Des produits dangereux et hors normes
Le constat est alarmant : entre 85 % et 95 % des produits vendus par ces plateformes seraient non conformes à la réglementation européenne, selon plusieurs études relayées par la DGCCRF. Pire encore, près de 66 % seraient potentiellement dangereux pour la santé ou la sécurité des consommateurs (jouets, cosmétiques, vêtements inflammables, faux chargeurs, etc.).
À cela s’ajoutent des méthodes de marketing agressives, des conditions de retour opaques, une traçabilité absente, et une saturation des services postaux.
💶 Une taxe à venir dès 2026 sur les petits colis
Pour rétablir une forme de justice fiscale et soutenir les contrôles douaniers, le gouvernement prévoit d’instaurer une taxe sur les petits colis importés (<150 €) dès 2026. Cette “redevance de traitement” ne serait pas directement payée par les consommateurs, mais par les importateurs ou les plateformes elles-mêmes. Elle financerait notamment des moyens humains et technologiques pour filtrer plus efficacement les envois à risque.
Par ailleurs, une réforme à l’échelle européenne est en préparation pour supprimer complètement l’exemption de TVA sur ces produits dès 2028.
👗 La fast fashion dans le viseur législatif
Une proposition de loi contre la fast fashion est également en cours d’examen à l’Assemblée nationale et au Sénat. Elle vise :
- À interdire la publicité ciblée pour les produits à obsolescence rapide.
- À imposer des pénalités financières en cas de non-respect des normes ou de pratiques commerciales trompeuses.
- À exiger une information plus transparente sur l’impact environnemental de chaque article vendu.
- À limiter la fréquence de mise en ligne de nouvelles collections.
Si cette loi passe, cela pourrait fortement limiter la croissance de Temu, Shein et AliExpress, dont le modèle repose sur la nouveauté constante et le prix ultra-compétitif.
🛍️ Le commerce français sous pression
Les petits commerçants et enseignes locales dénoncent une concurrence qu’ils jugent “quasi déloyale”. Leurs charges sont plus élevées, leurs obligations plus nombreuses, et leurs marges beaucoup plus faibles. Face à des produits vendus 70 à 90 % moins chers en ligne, ils peinent à rester compétitifs. Beaucoup appellent à un « électrochoc politique et réglementaire » pour rétablir l’équilibre.
🔍 Quels impacts pour les consommateurs ?
Pour les acheteurs français, ces mesures pourraient se traduire par :
- Une disparition partielle ou totale des plateformes chinoises des résultats de Google, Bing ou autres.
- Des prix légèrement plus élevés, si les plateformes répercutent la future taxe.
- Un accès plus limité à certains produits, jugés dangereux ou interdits.
- Mais aussi : plus de sécurité, plus de transparence et moins de pollution numérique et logistique.
📅 Prochaines étapes à suivre
- Automne 2025 : Décision de la DGCCRF sur d’éventuels blocages ou suspensions d’accès.
- Début 2026 : Entrée en vigueur de la taxe sur les petits colis.
- 2027-2028 : Harmonisation européenne sur la TVA et renforcement de la réglementation douanière.
🧾 En conclusion
Ce plan d’action contre les géants du e-commerce chinois marque une rupture majeure dans la régulation du commerce en ligne. Il s’agit d’un bras de fer inédit entre souveraineté économique, protection des consommateurs, lutte contre la fraude et transition écologique. Si Temu, AliExpress et Shein ne s’adaptent pas aux nouvelles exigences françaises et européennes, leur avenir sur le marché hexagonal pourrait bien être compromis.

















