Dieselgate : Renault dans la tourmente judiciaire après Volkswagen, Peugeot et Citroën – un procès pour « tromperie aggravée » en vue

Le scandale du Dieselgate, qui ébranle l’industrie automobile depuis bientôt dix ans, continue de faire tomber les masques. Après Volkswagen, Peugeot et Citroën, c’est désormais Renault qui se retrouve dans le viseur de la justice française. Le 25 juin 2025, le parquet de Paris a requis un procès pour « tromperie aggravée » contre le constructeur au losange. Si le juge d’instruction suit ces réquisitions, cela marquera une nouvelle étape spectaculaire dans l’éclatement d’un dossier aux multiples ramifications, mêlant fraude technologique, tromperie sur la marchandise et atteinte potentielle à la santé publique.


Une affaire aux racines profondes

Tout commence en 2015, lorsqu’éclate l’affaire dite du Dieselgate. Volkswagen est accusé d’avoir installé un logiciel truqueur permettant à ses moteurs diesel de respecter les normes anti-pollution uniquement lors des tests officiels, alors qu’en conduite réelle, les émissions d’oxydes d’azote (NOx) explosent les seuils autorisés. L’affaire fait tâche d’huile en Europe, où les autorités environnementales commencent à surveiller de plus près les pratiques des constructeurs.

C’est dans ce contexte qu’une enquête judiciaire est ouverte en France dès 2017, visant notamment les principaux constructeurs vendant des véhicules diesel. En 2021, Renault est mis en examen. Aujourd’hui, près de huit ans plus tard, le parquet estime qu’il y a matière à procès.


Que reproche-t-on à Renault ?

L’accusation est lourde : tromperie aggravée et mise en danger de la vie d’autrui. Selon les enquêteurs, Renault aurait mis en place, entre 2009 et 2017, un système de calibrage moteur intelligent, permettant à ses modèles diesel de répondre artificiellement aux tests anti-pollution.

Plus précisément, les moteurs Euro 5 et Euro 6 auraient été conçus pour réduire les émissions de NOx uniquement dans des conditions de test réglementaires, et non dans la vie réelle. Ainsi, des modèles populaires comme les Renault Captur, Clio, Mégane ou Scenic auraient pu émettre jusqu’à 10 fois plus de polluants sur route qu’en laboratoire.

Ce dispositif aurait concerné près de 900 000 véhicules, représentant un chiffre d’affaires estimé à 16,85 milliards d’euros.


La défense de Renault

Renault rejette catégoriquement les accusations. Dans un communiqué officiel, le constructeur affirme :

  • N’avoir jamais utilisé de logiciel truqueur comparable à celui de Volkswagen ;
  • Avoir respecté toutes les normes françaises et européennes en vigueur au moment de l’homologation ;
  • S’appuyer sur une jurisprudence favorable : en avril 2024, la Cour de cassation avait jugé que certaines techniques d’optimisation moteur ne relevaient pas de la tromperie.

La marque au losange dénonce également une lecture partielle du droit européen de la part du parquet, et se dit « confiante dans l’issue de la procédure ».


Des centaines de parties civiles

La procédure judiciaire contre Renault est d’autant plus sensible qu’elle implique déjà 381 parties civiles, parmi lesquelles figurent des collectivités locales (comme Paris, Lyon ou Grenoble), des associations de défense de l’environnement et plusieurs centaines de particuliers estimant avoir été trompés.

Les dommages potentiels ne sont pas seulement financiers : certains plaignants invoquent des problèmes de santé liés à la pollution urbaine, aggravée par les émissions excessives des véhicules concernés.


Une série noire pour l’industrie automobile

Ce nouvel épisode renforce la pression judiciaire sur l’ensemble du secteur automobile français. En mars 2025, le parquet avait déjà requis un procès contre Volkswagen, suivi en juillet par une demande similaire visant PSA (Peugeot-Citroën). L’objectif affiché : traiter équitablement tous les constructeurs soupçonnés d’avoir utilisé des stratégies similaires pour contourner les exigences environnementales.

Pour l’État français, il s’agit aussi de restaurer la confiance des consommateurs, écornée par des années de révélations et de soupçons sur la sincérité des tests d’homologation.


Les enjeux environnementaux en toile de fond

Derrière la question judiciaire se cache un débat plus large sur la responsabilité environnementale des grandes entreprises. Le Dieselgate a mis en lumière le décalage entre la norme et la réalité, révélant que certains véhicules « propres » sur le papier étaient en réalité de gros pollueurs.

Dans un contexte de transition énergétique accélérée, où les ventes de véhicules thermiques doivent être progressivement interdites d’ici 2035 en Europe, ces pratiques apparaissent comme des obstacles majeurs à la lutte contre la pollution.


Quelle suite pour Renault ?

Le juge d’instruction chargé du dossier devra désormais décider ou non d’un renvoi en procès, à la lumière des éléments présentés. Si procès il y a, il pourrait se tenir courant 2026, et durera probablement plusieurs mois, compte tenu du nombre de plaignants et de la complexité technique des débats.

Renault encourt des sanctions financières lourdes, mais aussi une atteinte considérable à sa réputation, dans un marché de plus en plus exigeant sur les questions de transparence et de durabilité.


En résumé

Élément cléDétail
Constructeur viséRenault
MotifTromperie aggravée (calibrage trompeur des moteurs diesel)
Véhicules concernés≈ 900 000 (2009–2017), Euro 5 & 6
Parties civiles381 (collectivités, ONG, particuliers)
Réponse de RenaultConteste toute infraction et s’appuie sur la jurisprudence
Prochaine étapeDécision du juge d’instruction sur un éventuel procès en 2026

Conclusion :
L’affaire Dieselgate continue de faire trembler les fondations de l’industrie automobile. Après PSA et Volkswagen, Renault se retrouve à son tour exposé à un procès d’ampleur. Si les accusations se confirment, les conséquences seront à la fois judiciaires, économiques et symboliques. Une nouvelle ère de transparence et de responsabilité environnementale semble inévitable pour un secteur en pleine mutation.

carle
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