Une légende du verre en péril… puis sauvée de l’intérieur
L’histoire de Duralex, entreprise emblématique du patrimoine industriel français, aurait pu se terminer dans l’anonymat d’une liquidation judiciaire. Fondée en 1945 à La Chapelle-Saint-Mesmin, près d’Orléans, la marque est célèbre pour ses verres trempés ultra-résistants, devenus cultes dans les cantines scolaires comme dans les foyers.
Mais depuis plusieurs années, l’entreprise était en grande difficulté : baisse des commandes, explosion des coûts énergétiques, manque d’investissements… Jusqu’à ce que les salariés eux-mêmes décident de reprendre les rênes de leur destin.
Une reprise par les salariés : un pari audacieux
En avril 2025, alors que l’entreprise est au bord du dépôt de bilan, un collectif de salariés, soutenus par des investisseurs locaux, décide de monter un plan de reprise inédit. Le projet, structuré sous forme de SCOP (Société Coopérative et Participative), vise à redonner à Duralex son indépendance, sa stabilité, et surtout, une vision industrielle de long terme.
Avec l’appui de la Région Centre-Val de Loire, de la Banque des Territoires et d’un groupe de mécènes industriels, le plan est validé par le tribunal de commerce. 120 salariés sur 150 s’engagent personnellement dans l’aventure, devenant à la fois employés et copropriétaires de leur outil de travail.
« On a refusé de voir mourir ce qui fait notre fierté. Duralex, c’est plus qu’une usine, c’est un symbole », confie Jean-Marc Lemoine, ouvrier depuis 25 ans devenu administrateur de la SCOP.
Une stratégie tournée vers l’excellence et le Made in France
Dès les premiers mois, les salariés-coopérateurs mettent en œuvre un plan de redressement ambitieux. Objectif : transformer Duralex en un « bijou industriel français », misant sur la qualité, l’innovation et la durabilité.
Les grandes lignes du projet :
- Modernisation des lignes de production grâce à des investissements dans des fours plus économes en énergie.
- Revalorisation de la marque : nouveaux packagings, storytelling autour de l’authenticité et du savoir-faire français.
- Ouverture à de nouveaux marchés : notamment le haut de gamme, l’hôtellerie de luxe et l’export vers l’Asie.
- Lancement d’une collection signature, en collaboration avec de jeunes designers français.
« On ne veut plus être simplement “le verre des cantines”. On veut devenir le Hermès du verre trempé », explique avec enthousiasme Claire Dupuis, responsable marketing.
Une reprise qui inspire d’autres industries
Le cas Duralex suscite un véritable engouement médiatique et politique. Le ministre de l’Économie a salué cette reprise comme « un exemple de courage et d’intelligence collective », tandis que plusieurs syndicats appellent à repenser les modèles de gouvernance industrielle, en s’inspirant de cette réussite coopérative.
Certaines entreprises en difficulté étudient déjà le modèle SCOP comme solution de sauvetage. La Fédération des SCOP indique avoir reçu trois fois plus de sollicitations depuis le rachat de Duralex.
Un avenir prometteur mais encore fragile
Si les premiers résultats sont encourageants (hausse des commandes, relance de l’export, reconnaissance dans la presse internationale), les défis restent nombreux :
- L’instabilité des prix de l’énergie
- La concurrence asiatique
- La nécessité de moderniser encore plus rapidement les installations
Mais la motivation est intacte. « On n’a pas racheté Duralex pour faire des profits immédiats. On l’a rachetée pour qu’elle vive encore dans 50 ans », résume un salarié.
Conclusion : un souffle nouveau pour l’industrie française
L’histoire de Duralex est celle d’une résilience collective. À l’heure où de nombreuses usines ferment en France, cette renaissance portée par les salariés eux-mêmes prouve qu’un autre modèle industriel est possible, fondé sur l’humain, la transmission et la fierté du savoir-faire local.
Duralex, autrefois synonyme de verre incassable, devient aujourd’hui le symbole d’un espoir incassable pour l’industrie française.

















