Malgré un premier trimestre spectaculaire, Nvidia anticipe une baisse de régime pour les mois à venir. En cause : les restrictions américaines sur les exportations de puces vers la Chine, un marché pourtant crucial pour le géant des semi-conducteurs. Décryptage d’une annonce qui secoue les marchés… mais pas la confiance des investisseurs.
Des résultats record… qui précèdent un avertissement
Le 28 mai 2025, Nvidia a publié ses résultats financiers pour le premier trimestre fiscal. Les chiffres sont impressionnants : un chiffre d’affaires de 44,1 milliards de dollars, en hausse de 69 % sur un an, et un bénéfice ajusté de 81 cents par action, au-dessus des prévisions. Sa division dédiée aux centres de données, moteur de croissance grâce à l’essor de l’IA générative, a généré 39,1 milliards de dollars à elle seule.
Mais cette euphorie a été vite tempérée par les prévisions pour le trimestre suivant.
Deuxième trimestre : un vent contraire venu de Chine
Nvidia prévoit un chiffre d’affaires de 45 milliards de dollars (±2 %), quand les analystes tablaient sur 45,9 milliards. Un écart relativement modeste, mais symbolique. Selon Jensen Huang, PDG de Nvidia, les nouvelles restrictions américaines sur les exportations de puces vers la Chine ont provoqué une perte potentielle de 8 milliards de dollars de revenus.
Ces restrictions touchent notamment la puce H20, dernière encore autorisée à l’exportation jusqu’en 2024. Elle représentait un pont stratégique vers le marché chinois, qui pèse environ 12,5 % du chiffre d’affaires global de Nvidia.
Des clients chinois qui anticipent, mais une ligne de crédit en sursis
Pour compenser, Nvidia a pu enregistrer 4,6 milliards de dollars de commandes chinoises au premier trimestre, passées avant la mise en application des restrictions. Mais l’effet rattrapage est temporaire, et la société prévoit déjà une baisse sensible des volumes à destination de ce marché dans les mois à venir.
Blackwell, la nouvelle arme de Nvidia
Malgré tout, Nvidia n’abandonne pas sa trajectoire ambitieuse. Le groupe mise sur l’architecture Blackwell, nouvelle génération de GPU présentée comme plus puissante, plus efficiente, et pensée pour les besoins toujours croissants des IA génératives et des modèles de fondation. Les premières livraisons sont attendues d’ici la fin de l’année.
Selon Huang, sans les restrictions commerciales, le chiffre d’affaires du deuxième trimestre aurait pu approcher les 53 milliards de dollars. Une déclaration qui souligne à quel point la politique extérieure américaine influence aujourd’hui le destin économique des géants de la tech.
Les investisseurs restent confiants
Fait étonnant : malgré cette prévision revue à la baisse, l’action Nvidia a progressé de 4 % dans les échanges post-marché. Preuve que les investisseurs restent confiants dans la capacité du groupe à croître, grâce à des relais de croissance solides : IA, cloud, gaming, automobile…
Nvidia reste le roi incontesté de l’IA, mais son trône est bousculé par des vents géopolitiques de plus en plus puissants. Si la Chine devient un marché interdit, la diversification et l’innovation devront suffire à maintenir le cap. À court terme, la prudence est de mise ; à long terme, l’entreprise garde toutes ses cartes.

















