Depuis des décennies, Le Relais est un acteur emblématique de la collecte et du recyclage textile en France. Mais aujourd’hui, l’entreprise d’insertion tire la sonnette d’alarme : son modèle économique est gravement fragilisé. En cause, la montée en puissance de la fast fashion, une surproduction textile sans précédent et une chute de la qualité des vêtements donnés.
Alors que les Français continuent de déposer leurs habits dans les fameuses bornes blanches et vertes estampillées Le Relais, le contenu de ces bennes ne vaut plus grand-chose. « On ne gagne plus rien sur le recyclage », déplore l’association, autrefois florissante grâce à la valorisation des vêtements de seconde main. Le tri et la revente, qui finançaient historiquement les postes d’insertion et les structures logistiques, ne permettent plus aujourd’hui de couvrir les coûts.
Un modèle économique en péril
Le Relais s’inscrit dans une démarche d’économie sociale et solidaire : ses revenus issus de la collecte textile permettent d’employer des personnes en situation d’exclusion professionnelle. Mais cette équation est de moins en moins viable. En 2024, l’entreprise a vu son chiffre d’affaires chuter de près de 20 % dans certaines zones, et les centres de tri doivent redoubler d’efforts pour trier des vêtements de plus en plus dégradés, parfois inutilisables dès leur réception.
« On nous donne désormais des habits qui ont une durée de vie de quelques semaines. Ils ne tiennent pas deux lavages », explique un responsable de centre. Résultat : seuls 2 à 5 % des textiles collectés sont aujourd’hui revendables dans les boutiques Ding Fring (le réseau de friperies du Relais). Le reste part au recyclage industriel ou, pire, à l’incinération.
La fast fashion, un fléau pour la filière
Le phénomène n’est pas nouveau, mais il a pris une ampleur considérable ces cinq dernières années. Des géants comme Shein, Temu, Primark ou encore Zara inondent le marché de vêtements à très bas prix, souvent issus de matières synthétiques peu recyclables, et conçus pour être portés seulement quelques fois. Cette logique de renouvellement permanent pousse à l’achat compulsif et à l’abandon rapide des vêtements.
Conséquence : la qualité des dons diminue, les coûts de tri explosent, et la revalorisation devient quasiment impossible. Le modèle circulaire de l’économie du textile s’effondre.
Une crise systémique
Outre la baisse de la qualité, Le Relais doit aussi faire face à la baisse des débouchés internationaux. Autrefois, les vêtements collectés en bon état pouvaient être exportés vers l’Afrique ou l’Europe de l’Est. Mais plusieurs pays ont décidé de restreindre ou d’interdire l’importation de fripes, en raison de leurs propres filières locales à soutenir, ou pour des raisons environnementales.
Parallèlement, les coûts de fonctionnement des structures de collecte (carburant, personnel, logistique) continuent d’augmenter. À cela s’ajoute la pression foncière sur les entrepôts, et la complexité croissante de la gestion des déchets textiles qui ne peuvent pas être recyclés.
Un appel à consommer autrement
Face à cette situation critique, Le Relais lance un appel aux citoyens : consommer moins et mieux. L’organisation plaide pour un changement de paradigme dans nos habitudes vestimentaires : acheter des vêtements durables, réparer quand c’est possible, favoriser les circuits de seconde main, et éviter les achats impulsifs dictés par les algorithmes.
Elle encourage également les marques à repenser leur modèle. Certaines initiatives émergent, comme les labels « slow fashion », les textiles recyclables ou les programmes de reprise. Mais pour Le Relais, il faut aller plus loin : « Tant que les vêtements seront conçus pour être jetables, le recyclage ne suffira pas. »
Vers une régulation plus stricte ?
Le gouvernement français, de son côté, a commencé à prendre des mesures, notamment par l’intermédiaire de l’éco-organisme Refashion et du principe du « pollueur-payeur ». Les marques de textile sont désormais contraintes de contribuer à la gestion de leurs déchets. Mais Le Relais estime que ces contributions restent insuffisantes face à l’ampleur du problème.
Certains plaident pour une taxe sur les vêtements ultra bon marché, ou pour l’instauration d’un label de durabilité textile. D’autres appellent à interdire les campagnes publicitaires incitant à la surconsommation.
Une mission sociale en danger
Au-delà de l’enjeu environnemental, c’est la mission sociale du Relais qui est directement menacée. L’entreprise permet à des milliers de personnes en situation d’exclusion (chômeurs de longue durée, anciens détenus, personnes sans logement stable) de retrouver une activité et de reconstruire leur vie. Si le modèle économique s’effondre, c’est tout un pan de l’insertion sociale qui vacille.
Pour continuer à exister, Le Relais envisage de réduire le nombre de ses bornes, de concentrer ses activités sur des territoires stratégiques, et de développer de nouvelles filières locales de valorisation textile. Mais sans une prise de conscience collective, la pression pourrait bien être trop forte.

















