La transition énergétique et la montée en puissance des mobilités électriques – qu’il s’agisse de voitures, de vélos ou de trottinettes – s’accompagnent d’un nouvel enjeu majeur : le risque incendie. Si la technologie des batteries lithium‑ion a révolutionné le transport, elle présente aussi des dangers spécifiques, parfois méconnus du grand public. Les sapeurs‑pompiers, les assureurs et les fabricants alertent : la vigilance doit être accrue, et les comportements à risque évités pour prévenir des accidents potentiellement graves.
Une technologie révolutionnaire… mais sensible
Les engins électriques utilisent presque exclusivement des batteries lithium‑ion, reconnues pour leur densité énergétique élevée. Cette caractéristique leur permet de stocker beaucoup d’énergie dans un format compact, rendant possibles des véhicules légers et des voitures électriques performantes sur de longues distances.
Mais cette densité énergétique est aussi source de vulnérabilité. Une batterie endommagée, mal chargée ou soumise à une surchauffe peut entrer en réaction chimique incontrôlable, ce que les experts appellent le « thermal runaway ». Ce phénomène provoque une montée en température rapide et peut entraîner un embrasement soudain, difficile à éteindre, voire une explosion dans des cas extrêmes.
Les batteries peuvent également être sensibles aux surtensions, à l’humidité excessive ou à un stockage inadapté. Même une petite imperfection, un choc ou un défaut de fabrication peut suffire à déclencher un incident. Cette sensibilité nécessite des précautions accrues, tant pour les usagers que pour les services d’urgence.
La multiplication des incidents
Les incidents liés aux batteries électriques connaissent une hausse notable. Au Royaume-Uni, par exemple, 211 incendies impliquant des vélos et trottinettes électriques ont été recensés en 2024, contre seulement deux en 2017. En France, si les statistiques précises manquent, les assureurs et les services de prévention constatent une augmentation des feux liés aux engins électriques légers.
Cette tendance inquiète particulièrement les sapeurs‑pompiers, qui doivent adapter leurs méthodes d’intervention pour faire face à ce nouveau type de risque. La nature chimique du feu et l’intensité des flammes imposent des protocoles spécifiques et des précautions accrues pour les équipes d’intervention.
Les défis spécifiques pour les sapeurs-pompiers
Les incendies de batteries électriques posent plusieurs défis uniques :
- Intensité du feu : la réaction chimique produit une chaleur très élevée, rendant le feu plus difficile à contrôler qu’un incendie classique.
- Risque de reprise : une batterie peut se rallumer même après extinction apparente, ce qui nécessite une surveillance prolongée.
- Accès compliqué : les packs batteries sont souvent logés dans des zones difficilement accessibles, comme sous le châssis des voitures électriques ou dans les compartiments des trottinettes.
- Toxicité des fumées : la combustion des batteries dégage des fumées toxiques, dangereuses pour les intervenants et les habitants.
Ces facteurs expliquent pourquoi les sapeurs-pompiers recommandent désormais des précautions particulières, tant pour l’usage quotidien que pour la conception des espaces de stationnement ou de recharge.
Les engins les plus exposés
Trottinettes et vélos électriques
Ces engins légers sont souvent stockés et chargés dans des espaces résidentiels, comme des appartements, des couloirs ou des caves. Leur taille compacte et le fait qu’ils soient facilement transportables les exposent à des manipulations plus risquées. Les batteries contrefaites ou de faible qualité représentent un risque majeur. L’usage de chargeurs non compatibles ou la surcharge prolongée sont des facteurs aggravants.
Voitures électriques
Même si les voitures électriques ne sont pas statistiquement plus sujettes aux incendies que les véhicules thermiques, les feux qui les concernent présentent des spécificités. Les batteries volumineuses et intégrées à la structure du véhicule rendent l’extinction complexe et nécessitent souvent des moyens techniques spécifiques. Les incendies en parkings fermés ou souterrains sont particulièrement dangereux en raison de la concentration des véhicules et de la ventilation limitée.
Les lieux critiques
Les incendies surviennent souvent dans des zones où les engins électriques sont chargés ou stockés :
- Appartements et couloirs d’immeubles : des incidents se sont produits lorsque les trottinettes sont laissées en charge dans des espaces confinés.
- Caves et parkings souterrains : les voitures électriques ou plusieurs engins chargés simultanément peuvent représenter un risque d’embrasement collectif.
- Espaces publics et parkings non ventilés : l’accumulation de batteries défectueuses peut créer un incendie difficile à maîtriser.
Les experts soulignent l’importance de créer des zones dédiées et sécurisées pour la recharge et le stationnement, ainsi que la nécessité d’informer les usagers sur les bonnes pratiques.
Facteurs aggravants et bonnes pratiques
Facteurs aggravants :
- Batteries de mauvaise qualité ou contrefaites
- Chargeurs non conformes
- Stockage dans des lieux non ventilés ou non prévus à cet effet
- Chocs ou endommagement des batteries
- Installation électrique domestique inadéquate
Bonnes pratiques recommandées :
- Utiliser exclusivement le chargeur fourni par le fabricant ou certifié
- Charger dans un espace ventilé, éloigné des matériaux combustibles
- Ne pas laisser un engin en charge sans surveillance prolongée
- Vérifier l’état de la batterie après un choc et éviter les batteries modifiées
- Dans les immeubles, réserver des zones de recharge sécurisées et informer les résidents des risques
Les mesures réglementaires et préventives
Les autorités françaises et européennes commencent à encadrer ce risque. La DGCCRF a émis plusieurs alertes concernant les batteries et les chargeurs non conformes, notamment pour les trottinettes et vélos électriques. Les assureurs ont également engagé des campagnes de tests pour mieux mesurer les risques d’incendie dans les parkings ou les lieux de stockage collectifs.
De plus en plus de règlements internes de copropriétés interdisent la recharge ou le stockage des engins électriques dans les parties communes non prévues à cet effet. Les recommandations des sapeurs-pompiers insistent sur l’importance de la formation, de l’information et de la prévention pour limiter le risque d’incendie.
Une transition énergétique sécurisée
Si la mobilité électrique représente un progrès écologique majeur, elle s’accompagne de responsabilités nouvelles pour les usagers et les collectivités. La sécurité des batteries, la vigilance dans les lieux de recharge et le respect des consignes sont essentiels pour prévenir des accidents graves.
Les sapeurs-pompiers, les assureurs et les fabricants insistent sur le fait que la majorité des incidents pourraient être évités par des gestes simples : choisir des équipements certifiés, respecter les temps de charge, ne pas surcharger les batteries et aménager des espaces sécurisés.
Conclusion
La montée en puissance des engins électriques transforme notre mobilité, mais elle impose une nouvelle culture de sécurité. Les incendies liés aux batteries lithium‑ion, bien que rares, présentent des caractéristiques uniques et des risques spécifiques qui nécessitent attention et préparation.
Pour les usagers, adopter les bonnes pratiques est crucial : charger correctement, stocker de manière sûre et vérifier l’état des batteries. Pour les sapeurs-pompiers, c’est un défi opérationnel qui nécessite des protocoles adaptés et une vigilance constante.
La mobilité électrique est l’avenir, mais son adoption réussie passe par la sécurité, la prévention et l’information. Ignorer ces risques pourrait transformer un outil écologique en source d’accidents graves. La vigilance collective et la responsabilité individuelle sont donc plus que jamais nécessaires pour garantir un usage sûr et durable de ces nouvelles mobilités.

















