Un ordre de fermeture inédit au cœur d’un débat sur la sécurité nationale
En novembre 2024, le gouvernement fédéral canadien a ordonné à TikTok Technology Canada Inc. de cesser ses activités sur le territoire national, invoquant des risques pour la sécurité nationale liés à sa maison mère, ByteDance, basée en Chine . Toutefois, l’application reste accessible aux 14 millions d’utilisateurs canadiens, laissant planer l’incohérence d’un accès sans présence locale.
Shou Chew saisit Mélanie Joly : une demande de rendez‑vous en urgence
Le 2 juillet 2025, Shou Chew, PDG de TikTok, a adressé une lettre formelle à la ministre de l’Industrie, Mélanie Joly, sollicitant une rencontre en personne sous deux semaines pour réévaluer l’ordonnance d’Ottawa . Il qualifie cette mesure de « désuète et contre‑productive », prise « sous un autre gouvernement et à une autre époque », et ne correspondant plus aux réalités actuelles.
Les enjeux du face‑à‑face : emplois, créateurs et souveraineté numérique
Dans sa lettre, M. Chew alerte sur :
- La perte de plus de 350 emplois locaux si l’ordre est maintenu,
- L’arrêt imminent des investissements directs de TikTok au Canada,
- La fin du soutien aux créateurs de contenu canadiens et aux partenariats culturels (Prix Juno, TIFF…) .
Il souligne que TikTok Canada a collaboré avec Élections Canada, formé les forces de l’ordre aux demandes légales d’accès aux données, et servi d’interface locale pour répondre aux inquiétudes sur la protection des données.
La contestation judiciaire de TikTok Canada
Parallèlement, TikTok Canada a déposé, le 5 décembre 2024, une demande de révision judiciaire contre l’ordonnance fédérale, arguant qu’elle est « déraisonnable » et porte atteinte à son droit à l’équité procédurale . L’entreprise fait valoir qu’aucune preuve n’a été fournie démontrant une menace concrète pour la sécurité nationale et dénonce l’absence de dialogue préalable avec les autorités.
Un contexte international contrasté
Alors que le royaume‑Uni et d’autres alliés du Five Eyes ont pris des mesures similaires, le Canada devient le seul membre du groupe à exiger la fermeture de la filiale locale, sans bloquer l’accès à l’application . Aux États‑Unis, l’interdiction de TikTok a été repoussée à plusieurs reprises, et l’exécutif américain a choisi de prolonger les délais plutôt que de prononcer une interdiction totale.
Quelles issues possibles ?
- Rencontre et renégociation
Si Mélanie Joly accepte de recevoir Shou Chew, un compromis pourrait émerger : protocoles de sécurité renforcés, surveillance accrue des flux de données, création d’un centre de données canadien. - Maintien de l’ordonnance
En l’absence d’accord, TikTok continuera à contester la décision devant la Cour fédérale, tandis que le processus de liquidation (licenciements, vente d’actifs) se rapprochera de son point critique. - Solution législative
Le Parlement pourrait être amené à revoir la Loi sur Investissement Canada, clarifiant les conditions d’intervention pour les entreprises de technologie étrangère.
Conclusion : à la croisée des chemins
TikTok se trouve aujourd’hui face à un dilemme : soit accepter la fermeture de sa filiale canadienne et risquer de perdre un marché clé, soit convaincre Ottawa de réviser une décision qui met en péril des centaines d’emplois et l’écosystème créatif local. La balle est désormais dans le camp de Mélanie Joly, dont la réponse pourrait bien définir l’équilibre entre sécurité nationale, souveraineté numérique et participation économique d’entreprises technologiques étrangères au Canada.
















