Transition énergétique : l’AIE anticipe un plateau de la demande pétrolière autour de 2030, porté par l’explosion des renouvelables

L’Agence internationale de l’énergie (AIE) vient de publier son rapport World Energy Outlook 2025, et les signaux qu’elle envoie sont forts : selon son scénario médian, la demande mondiale de pétrole pourrait se stabiliser vers 2030. Cette perspective marque un moment crucial dans la transition énergétique, à un moment où les sources renouvelables, notamment solaires et éoliennes, montent en puissance.

Ce basculement n’est pas uniquement une question d’écologie : il dessine un avenir énergétique différent, avec des conséquences majeures pour les producteurs de pétrole, les consommateurs, mais aussi les décideurs politiques. Pour le grand public, cela signifie que l’ère du “toujours plus de pétrole” pourrait toucher à sa fin, ou du moins à une pause.

Dans cet article, nous décortiquons les principaux enseignements du rapport de l’AIE, expliquons les moteurs de cette transformation et analysons les enjeux à court et moyen terme.


I. Vers un pic ou un plateau : les prévisions de l’AIE

L’un des points les plus marquants du World Energy Outlook 2025 est la projection sur le long terme de la demande pétrolière. Dans son scénario central, baptisé STEPS (Stated Energy Policies Scenario), l’AIE estime que la demande pétrolière atteindra environ 102 millions de barils par jour (mb/j) autour de 2030, avant d’amorcer un lent déclin.

Cette projection contraste avec les décennies précédentes pendant lesquelles la demande affichait une croissance quasi constante. Aujourd’hui, plusieurs facteurs convergent pour ralentir cette dynamique.


II. Les moteurs de la stabilisation

1. L’électrification des transports

L’un des moteurs principaux identifiés par l’AIE est l’adoption croissante des véhicules électriques (VE). Selon leurs projections :

  • Les ventes d’EVs continuent de croître fortement.
  • D’ici 2035, les véhicules électriques devraient représenter une part très importante des ventes de voitures, particulièrement en Europe et en Asie, réduisant ainsi la demande de carburants fossiles.
  • L’AIE estime que les VE pourraient “déplacer” plusieurs millions de barils par jour de consommation pétrolière.

2. L’essor très rapide des énergies renouvelables

Autre pilier de cette transition : la croissance spectaculaire des renouvelables, en particulier solaire et éolien.

  • Dans le scénario STEPS, l’électricité produite à partir des énergies renouvelables pourrait couvrir toute la demande énergétique additionnelle à partir des années 2030.
  • La part des renouvelables dans la production d’électricité pourrait dépasser 50 % d’ici 2035, selon l’AIE.
  • Ce basculement favorise une “ère de l’électricité”, où l’usage de l’électricité augmente beaucoup plus vite que la demande énergétique globale.

3. L’efficacité énergétique et l’évolution des usages

L’AIE souligne également que l’efficacité énergétique jouera un rôle déterminant :

  • Les gains d’efficacité sont projetés à +2,2 % par an jusqu’en 2035 dans le scénario STEPS, en partie grâce à l’électrification et à des usages plus sobres.
  • Certains secteurs, particulièrement les transports et l’électricité, verront des “substitutions” importantes : moins de pétrole, plus d’énergie électrique “propre”.

III. Des trajectoires contrastées selon les scénarios

Le rapport de l’AIE ne donne pas un seul avenir, mais propose plusieurs scénarios selon les hypothèses de politiques énergétiques. Voici les principaux :

  • STEPS (politiques actuelles) : demande de pétrole qui plafonne autour de 2030, puis décline lentement.
  • CPS (Current Policies Scenario) : la demande de pétrole pourrait continuer à croître au-delà de 2030 si certaines politiques sont maintenues, bien que plus modérément.
  • Scénario “Net Zero by 2050” (NZE) : une baisse beaucoup plus marquée des énergies fossiles, avec un développement très rapide des technologies bas-carbone.

Selon l’AIE, dans le STEPS, le pic pétrolier n’est pas brutal : ce serait d’abord un plateau, plus qu’un effondrement, illustrant une “transition progressive mais structurée”.


IV. Les implications pour l’offre pétrolière

1. Surcapacité possible de production

Alors que la demande ralentit, l’AIE note un risque de surplus de l’offre pétrolière :

  • La capacité de production pourrait dépasser la demande, entraînant un déséquilibre sur le marché.
  • Ce “overhang” de l’offre pourrait exercer une pression à la baisse sur les prix, selon l’AIE.
  • Pour 2050, l’agence estime que certains actifs pétroliers pourraient devenir moins rentables, en raison d’un affaiblissement de la demande à long terme.

2. Investissements et stratégie des producteurs

Face à cette situation, plusieurs implications stratégiques émergent :

  • Les investissements dans de nouveaux gisements pétroliers pourraient ralentir, car les besoins futurs peuvent être satisfaits par des champs existants.
  • Certains producteurs pourraient diversifier leur portefeuille : investir dans le gaz naturel liquéfié (LNG), les énergies renouvelables, ou des solutions de “carburants du futur”.
  • Le rôle du pétrole dans certains usages (aviation, pétrochimie) restera clé, même si la demande globale se stabilise. L’AIE prévoit que les liquides continuent à être utilisés pour la pétrochimie.

V. Enjeux pour le climat et les émissions de CO₂

Le rapport de l’AIE montre que cette stabilisation de la demande pétrolière pourrait avoir des effets positifs sur les émissions de gaz à effet de serre, même si elle ne suffit pas à garantir les objectifs climatiques les plus ambitieux.

  • Dans le scénario STEPS, les émissions mondiales de CO₂ atteindraient un pic à court terme, puis déclineront lentement.
  • Le déploiement massif des renouvelables, combiné à l’efficacité énergétique, contribue à limiter la croissance des émissions.
  • Toutefois, l’AIE avertit : sans des politiques plus agressives (vers le scénario NZE), les réductions d’émissions risquent d’être insuffisantes pour atteindre les cibles de long terme des accords climatiques.

VI. Conséquences géopolitiques et économiques

Une stabilisation ou un léger déclin de la demande pétrolière aura des implications géopolitiques importantes.

  • Pays producteurs de pétrole : certains pourraient voir leurs revenus diminuer ou devoir revoir leur modèle économique.
  • Pays importateurs : pourraient bénéficier de prix du pétrole moins élevés, mais devront aussi investir plus dans les infrastructures renouvelables.
  • Marché du travail et de l’investissement : des changements de cap stratégiques seront nécessaires : passation vers l’énergie propre, adaptation des compétences, redéploiement des investissements.

VII. Les défis et les incertitudes

Malgré les projections, plusieurs questions restent ouvertes :

  1. Durabilité des politiques
    Les scénarios reposent sur des politiques “annoncées ou existantes”. Si certaines décisions sont remises en cause, les trajectoires peuvent fortement varier.
  2. Secteurs d’usage difficile à décarboner
    Le transport aérien, maritime, la pétrochimie : ces segments ont encore une forte demande en liquides fossiles.
  3. Dépendance aux investissements
    Le passage aux renouvelables et le déploiement de l’électricité (réseaux, stockage) nécessitent des investissements colossaux.
  4. Risque de surproduction
    Si la production continue à croître alors que la demande plafonne, cela pourrait créer des marchés excédentaires prolongés et fragiliser certains producteurs.

VIII. Ce que cela signifie pour les citoyens et les gouvernements

Pour les gouvernements :

  • Il devient crucial de soutenir les infrastructures renouvelables (réseaux électriques, stockage).
  • Il faut encourager l’électrification (transport, industrie) via des politiques incitatives.
  • Une planification stratégique s’impose pour gérer la transition de l’économie pétrolière vers des secteurs plus durables.

Pour les entreprises :

  • Les compagnies pétrolières doivent anticiper un monde où la demande pourrait cesser de croître.
  • Les entreprises énergétiques “traditionnelles” peuvent investir dans les solutions bas-carbone pour rester pertinentes.
  • Les acteurs des renouvelables ont une opportunité énorme : la demande d’électricité verte pourrait fortement augmenter.

Pour les citoyens :

  • L’adoption des véhicules électriques pourrait devenir non seulement un choix écologique, mais aussi économique à long terme.
  • Il peut être intéressant de soutenir ou investir dans des solutions énergétiques renouvelables (panneaux solaires, efficacité énergétique) dans sa propre maison.
  • Les comportements de consommation énergétique (chauffage, transport, usage domestique) peuvent évoluer pour suivre cette transition.

Conclusion

Le rapport World Energy Outlook 2025 de l’AIE dessine un tournant majeur : la demande mondiale de pétrole pourrait se stabiliser vers 2030, principalement grâce à l’électrification des transports et à l’essor des énergies renouvelables.

Ce n’est pas la “fin du pétrole” du jour au lendemain, mais un plateau historique, qui pourrait inaugurer une ère plus équilibrée entre les énergies fossiles et les énergies propres. Pour les producteurs comme pour les consommateurs, c’est un appel à l’adaptation : vers plus d’investissement dans les renouvelables, vers des politiques énergétiques audacieuses, et vers un modèle énergétique plus durable.

À l’heure où le monde se prépare à la COP et débat de l’avenir du climat, ces projections montrent que la transition est bien entamée — mais qu’elle nécessitera encore des efforts, des investissements et des choix courageux.

carle
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