Vers la fin du plafond journalier des titres-restaurant ? Les montent au front

Depuis des années, les titres-restaurant sont un outil apprécié des salariés comme des employeurs. Offrant un pouvoir d’achat supplémentaire pour les repas quotidiens, ils permettent également aux entreprises de bénéficier d’exonérations fiscales. Toutefois, ce système simple en apparence cache une complexité croissante et des inégalités d’usage de plus en plus visibles. En 2025, un bras de fer s’installe entre les restaurateurs, le gouvernement, les enseignes de grande distribution et les représentants des salariés. En cause : le plafond journalier fixé à 25 euros pour l’utilisation des titres au restaurant, que les professionnels souhaitent voir supprimé ou fortement revalorisé.


Une mesure temporaire devenue permanente… mais pas pour les restaurants

Depuis l’automne 2022, les pouvoirs publics ont élargi temporairement l’usage des titres-restaurant aux produits alimentaires non transformés dans les grandes surfaces, en réaction à l’inflation. Cette mesure, plébiscitée par les salariés, a permis d’acheter des pâtes, des fruits, de la viande ou encore des conserves avec des titres-restaurant. Le gouvernement a confirmé sa pérennisation après 2026, ce qui représente une transformation profonde du dispositif initialement conçu pour consommer des repas prêts à manger, notamment au restaurant.

Mais cette extension a aussi entraîné des effets collatéraux négatifs pour les professionnels de la restauration. Beaucoup de Français ont privilégié les courses alimentaires plutôt que les repas pris hors domicile. Selon l’Association Française des Maîtres Restaurateurs (AFMR), la part de l’utilisation des titres-restaurant dans la restauration est passée de plus de 40 % à moins de 30 %, générant un manque à gagner de 1,5 milliard d’euros pour le secteur depuis 2022.


Les restaurateurs demandent la fin du plafond de 25 €

Le plafond journalier d’utilisation des titres-restaurant, aujourd’hui fixé à 25 €, est au cœur du débat. Les restaurateurs dénoncent une règle qui limite les dépenses dans leurs établissements, surtout dans un contexte d’inflation où le prix moyen d’un menu dans un restaurant de gamme intermédiaire dépasse facilement cette somme. Alain Fontaine, président de l’AFMR, réclame la suppression pure et simple du plafond dans les restaurants, ou du moins une revalorisation significative, tout en maintenant le plafond actuel pour les achats en supermarchés.

Il explique :

« Les Français ont le droit de se faire plaisir au restaurant sans avoir à sortir leur carte bancaire pour compléter. Beaucoup ont un solde de titres-restaurant important, pourquoi ne pas leur permettre de tout utiliser d’un coup dans un bon établissement ? »


Un double plafond : solution miracle ou casse-tête administratif ?

Le gouvernement étudie plusieurs pistes. L’une d’elles serait la mise en place d’un double plafond : par exemple, 25 € pour les restaurants et 15 € pour les supermarchés, ou encore une différenciation basée sur le taux de TVA. Cette solution aurait l’avantage d’inciter à la consommation dans les restaurants tout en maintenant une possibilité d’usage pour les courses alimentaires.

Mais cette piste soulève des objections juridiques et techniques. Véronique Louwagie, ministre déléguée au Commerce, estime qu’une telle mesure pourrait être jugée inégalitaire et donc retoquée par le Conseil d’État. En outre, les éditeurs de titres-restaurant (comme Edenred ou Swile) devraient revoir l’ensemble de leurs systèmes informatiques pour adapter les seuils, ce qui pourrait prendre plusieurs mois, voire années.


Une réforme globale en préparation

Face aux tensions croissantes entre les différents acteurs du dispositif, le gouvernement s’est engagé à repenser complètement le système des titres-restaurant à partir de 2025. Les chantiers à l’étude incluent :

  • La suppression ou l’adaptation du plafond journalier
  • La dématérialisation complète des titres d’ici 2027, déjà amorcée avec la généralisation des cartes et applications mobiles
  • L’extension de l’utilisation aux dimanches et jours fériés
  • La création de « paniers éligibles » pour mieux encadrer les produits pouvant être achetés en grande surface avec les titres
  • Une meilleure répartition des commissions entre restaurateurs, émetteurs et employeurs

Ces réformes, promises pour le 1er janvier 2026, seront soumises à une concertation tripartite : gouvernement, syndicats patronaux, syndicats de salariés.


Ce que cela change pour les Français

Pour les salariés :

  • Une suppression du plafond au restaurant offrirait plus de flexibilité, notamment pour les repas festifs, les sorties en famille ou les voyages professionnels.
  • En revanche, si le plafond baisse pour les supermarchés, cela pourrait réduire leur pouvoir d’achat alimentaire, dans un contexte économique encore tendu.

Pour les restaurateurs :

  • Une revalorisation ou suppression du plafond représenterait une bouffée d’oxygène, notamment pour les établissements indépendants qui ont vu leur fréquentation baisser ces dernières années.
  • Cela pourrait aussi permettre de mieux concurrencer les offres de plats préparés en grande surface.

Pour les enseignes de distribution :

  • Elles risqueraient de perdre une part du chiffre d’affaires générée par les titres-restaurant, devenue conséquente depuis 2022.

Conclusion : un équilibre difficile à trouver

Le débat sur les titres-restaurant révèle les tensions structurelles entre consommation de proximité, soutien aux restaurateurs locaux et maintien du pouvoir d’achat des salariés. La réforme qui s’annonce devra répondre à une équation complexe, sans faire de perdants. Une chose est sûre : le dispositif ne peut plus rester figé, au risque de perdre son efficacité sociale et économique.

carle
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