Carmat au bord de la faillite : chute en Bourse, appel aux dons, et incertitude sur l’avenir du cœur artificiel français

La biotech française Carmat, pionnière mondiale dans la fabrication de cœurs artificiels implantables, traverse une crise d’une ampleur inédite. À la suite de nouvelles alertes financières, l’entreprise a vu son action s’effondrer en Bourse, et s’est résolue à lancer un appel aux dons auprès du grand public, un geste désespéré pour tenter de survivre à court terme.


Un effondrement brutal en Bourse

Le 21 juin 2025, l’action Carmat s’est écroulée de plus de 60 % en une seule séance, atteignant 0,28 €, un seuil historiquement bas. Ce mouvement de panique fait suite à une annonce redoutée : l’entreprise pourrait ne plus être en mesure de faire face à ses obligations financières dès la fin du mois si elle ne parvient pas à réunir une trésorerie minimale.

Cet effondrement reflète la perte de confiance des marchés, qui doutent désormais de la capacité de Carmat à assurer la continuité de son activité. En moins de deux ans, la valeur boursière de la société a fondu de près de 90 %, malgré une technologie médicalement révolutionnaire.


Une situation financière critique

D’après les documents publiés par l’entreprise, Carmat a besoin d’au moins 3,5 millions d’euros d’ici le 30 juin 2025 pour ne pas être déclarée en cessation de paiements. Pire encore, 20 millions d’euros supplémentaires seront nécessaires d’ici décembre 2025 pour financer les activités jusqu’à fin d’année, et 35 millions sur 12 mois pour assurer la viabilité de l’entreprise.

Faute d’investisseurs ou de soutien public immédiat, la société a décidé d’ouvrir une plateforme en ligne pour collecter des dons, dans une tentative inédite dans le secteur des medtechs. Ce financement participatif a permis de rassembler un peu plus de 8 000 € en trois jours, ce qui reste très loin des sommes nécessaires.


Une innovation médicale de portée mondiale

Carmat n’est pas une entreprise comme les autres. Fondée en 2008 avec le soutien d’Airbus Group, la société développe Aeson, un cœur artificiel implantable destiné aux patients en insuffisance cardiaque terminale. Ce dispositif, biomimétique et totalement autonome, a été conçu pour remplacer durablement le cœur humain en attendant une greffe.

Lancé après plus d’une décennie de recherches et d’essais cliniques, Aeson est aujourd’hui le seul cœur artificiel biventriculaire en circulation commercialisé en Europe. Il est considéré comme une avancée médicale majeure et suscite un intérêt croissant à l’international.

Pourtant, l’industrialisation et la commercialisation à grande échelle s’avèrent extrêmement coûteuses. Et malgré les efforts de rationalisation, la société peine à transformer ses avancées technologiques en revenus suffisants.


L’absence de soutien public, une source de tension

L’appel aux dons lancé par Carmat a relancé le débat sur le manque de soutien public aux technologies de rupture. De nombreux professionnels de santé, chercheurs et industriels s’interrogent : comment une entreprise stratégique, porteuse d’une innovation médicale de rang mondial, peut-elle être abandonnée à un tel sort ?

Certains parlementaires appellent déjà à une intervention de l’État ou de la Banque Publique d’Investissement (BPI), rappelant que le secteur médical représente un enjeu de souveraineté. La Direction Générale de la Santé, pour sa part, n’a pas encore pris position officiellement sur le sujet.


Quelles issues possibles pour Carmat ?

Trois scénarios se dessinent à l’heure actuelle :

  1. Un repreneur privé ou institutionnel injecte des capitaux rapidement, permettant à Carmat de poursuivre son développement sans interruption.
  2. L’entreprise entre dans une procédure de redressement judiciaire avec recherche de solutions, tout en suspendant temporairement ses activités.
  3. En cas d’échec total à lever les fonds, Carmat dépose le bilan début juillet, entraînant la liquidation de ses actifs, y compris ses brevets et technologies.

Une faillite aux conséquences lourdes

Une éventuelle faillite de Carmat aurait des répercussions bien au-delà des actionnaires. Elle signerait :

  • La disparition du seul fabricant européen de cœur artificiel opérationnel ;
  • L’arrêt potentiel des essais cliniques en cours dans plusieurs pays ;
  • Un précédent inquiétant pour les biotech françaises à forte intensité capitalistique.

En conclusion

Carmat se trouve aujourd’hui à un carrefour historique, entre réussite scientifique et désastre économique. L’issue dépendra de la capacité des acteurs publics, privés et citoyens à se mobiliser dans l’urgence.

Le cas Carmat soulève une question fondamentale : peut-on innover en France dans le domaine médical de pointe, sans une structure de financement solide et durable ?

carle
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